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FAIT DU JOUR Le mode de gouvernance et les projets de la CCPU sous le feu des critiques

Les maires Daniel Boyer, Nicole Perez, Didier Kielpinski, Guy Crespy et Bernard Rieu (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Ils dénoncent « une gestion clanique » et des grands projets, comme le centre culturel l’Ombrière ou la ZAC des Sablas, inadaptés et réalisés sans concertation, et comptent se faire entendre.

Cinq maires, membres de la Communauté de communes du Pays d’Uzès (CCPU), montent au créneau, une seconde fois : Didier Kielpinski (Garrigues-Sainte-Eulalie), Bernard Rieu (Vallabrix), Daniel Boyer (Aigaliers), Nicole Perez (Flaux) et Guy Crespy (Sanilhac-Sagriès) s’étaient déjà exprimés publiquement au printemps dernier, après avoir voté contre le budget de l’intercommunalité. Déjà à l’époque le mode de fonctionnement de la CCPU et l’Ombrière étaient dénoncés. Résultat ? « La réaction immédiate du président (Jean-Luc Chapon, le maire d'Uzès, ndlr) a été de vouloir nous exclure des réunions de commissions permanentes, mais le droit l’a vite ramené à la raison », explique Nicole Perez.

Alors aujourd’hui, les cinq élus se refont entendre. Car à part la mise en place des fonds de concours qu’il ont proposé « pour rééquilibrer l’investissement de l’intercommunalité entre la ville centre et les autres communes, Uzès captant l’immense majorité des investissements », affirme Nicole Perez, rien n’a changé depuis le printemps. Car pour le maire de Flaux c’est clair : « L’assemblée communautaire n’est qu’une chambre d’enregistrement » et « ne laisse pas la place aux débats les plus élémentaires et aux propositions. » « On n’écoute pas, on avance », ajoute le maire de Vallabrix, Bernard Rieu.

La ZAC des Sablas, « un projet suranné »

Les élus en veulent pour preuve la gestion des grands projets de la CCPU. Pas la piscine, abandonnée au début du mandat intercommunal du président Jean-Luc Chapon - une décision que nos cinq maires n’ont toujours pas digérée - mais la ZAC des Sablas, à Montaren, et l’Ombrière, à Uzès. Au sujet de la ZAC des Sablas, « nous sommes dans l’attente de la décision du préfet », glisse en préambule le maire de Sanilhac-Sagriès, Guy Crespy, qui dénonce « un projet mal engagé » après une première enquête publique négative, à laquelle une seconde enquête publique a succédé avec le résultat inverse. « On nous refait le coup de la constitution européenne », estime l'élu en citant le référendum de 2005. Une manœuvre qui servirait à faire passer « un projet suranné, digne des années 1970, poussé par des promoteurs privés. »

Pour mémoire, il s’agit de l’extension de la zone commerciale de Montaren, ce qui contribuerait, d’après Guy Crespy, « à désertifier les centres-villes et à étouffer les petits commerçants. » Et l’élu de dénoncer l’absence de concertation et l’absence d’intérêt général du projet « mal dissimulée par un dossier bâclé », avec notamment la présence d’une maison médicale. Seulement, « pourquoi localiser ce projet dans une zone où il n’y a aucun transport public alors qu’à l’hôpital général il y a des locaux disponibles et que l’hôpital a un projet de maison médicale ? », demande Guy Crespy.

À la place de ce projet, les cinq maires proposent de relancer une concertation, de favoriser l’implantation d’entreprises dans les communes ou encore de préserver les terres agricoles, le terrain des Sablas présentant « un sol en surface proche de la nappe aquifère », note le maire de Sanilhac-Sagriès. « Un feu-vert du préfet serait contradictoire à ses propos sur la nécessité de limiter l’artificialisation des sols », ajoute Bernard Rieu, mettant ainsi la pression sur le représentant de l’État dans le Gard, qui doit trancher dans les quinze prochains jours.

« Ça va être un gouffre ce truc »

Autre dossier dénoncé par les cinq maires : l’Ombrière. « Un projet démesuré », estime Didier Kielpinski, avant de rappeler que ses camarades et lui ne sont pas opposés à la culture, même si la Communauté de communes n’a pas pris cette compétence. Mais il s’agit d’une histoire de gros sous : « Nous avons un chiffrage qui donne 5 à 6 millions d’euros d’investissement. Moi je table plutôt sur 8 millions, en comptant les frais d’études et d’architecte. »

Pire, côté fonctionnement, « Jean-Luc Chapon donne le chiffre de 50 000 euros par an, mais pour moi il faut compter au moins 650 000 euros, c’est le minimum », poursuit-il, avant de rappeler que le projet de piscine avait fait long feu « en raison de son coût de fonctionnement de 450 000 euros par an. » Et le maire de Garrigues d'en conclure : « Ça va être un gouffre ce truc. Que va-t-il rester pour investir ? »

Ancien membre fondateur du collectif qui avait attaqué le projet par le passé, agissant désormais comme simple citoyen, Jacques Bizet ne dit pas autre chose. Cet habitant de Saint-Quentin-la-Poterie, qui se départit de tout esprit partisan, reconnaît que le projet a connu « des avancées dignes de respect à défaut d’éloge. » Cependant, lui aussi tique sur « l’absence de concertation » et sur le coût du fonctionnement de la future salle, dont les travaux sont en cours et doivent se prolonger encore un an.

« Dès le début, j’ai fait des calculs sur le budget de fonctionnement prévisionnel, et en m’appuyant sur de nombreux documents j’en arrivais à 1 million d’euros par an, net de toute recette », avance-t-il. L’homme demande sans cesse des documents à la CCPU, sans réponse autre qu’une offre : « La consultation de certains documents, en la présence du directeur général des services (Christophe Vieu, ndlr), sans possibilité de faire de copie, raconte-t-il. Ce n’est pas sérieux ! Je refuse. » Quant à ses demandes de rendez-vous avec Jean-Luc Chapon, « on ne m’a jamais répondu. On ostracise. » Il évoque une seule rencontre à la CCPU, avec des élus et des agents, « une pure réunion alibi. »

Jacques Bizet (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Depuis, Jacques Bizet a saisi la Commission d’accès aux documents administratifs, qui a rendu un avis favorable à sa demande en septembre dernier, pour l’heure non suivie d’effet. Jacques Bizet a donc saisi le tribunal administratif en novembre dernier, mais le délai moyen de jugement est de 18 mois. D’ici là, l’Ombrière sera sortie de terre, et probablement inaugurée. « Je me rends bien compte que ce centre culturel se fera comme ils en ont envie, mais quoi qu’il en soit je tiens à maintenir l’objectif, éclairer les citoyens sur la manière dont il est conçu, développé et géré », lance-t-il, avant d’estimer que dans l’Uzège, « nous avons une démocratie à visée purement électoraliste, et rien d’autre. »

Guy Crespy estime quant à lui faire face à « une gestion clanique » et Didier Kielpinski à de la « maltraitance politique. » Mais au-delà de leur simple cas, les cinq maires craignent qu’in fine, ce qu’ils dénoncent ne finisse par une augmentation des impôts : « On n’aura pas d’autre choix. »

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

La réponse de Jean-Luc Chapon : sollicité, le président de la CCPU estime que les propos tenus par les cinq maires sont « des polémiques gratuites menées par des gens qui votent contre tout. » Et l’élu d’affirmer que « ce sont des gens qui ont été évincés du pouvoir. Ils ne sont pas vice-présidents et depuis votent contre tout. Ils sont aigris. » Sur la ZAC des Sablas, « c’est quand Nicole Perez était présidente (de la Communauté de communes de l’Uzège, ancêtre de la CCPU, ndlr) qu’elle a acheté 2 millions d’euros de terres agricoles. Nous avons hérité des Sablas où il y aurait peut-être eu une piscine, mais comme le terrain n’est toujours pas agréé, la piscine ne serait pas là. »

Concernant l’Ombrière, « nous n’avons eu aucun vote contre », rappelle Jean-Luc Chapon, qui indique n’avoir « recruté personne » pour le futur centre culturel, « mais nous recruterons deux personnes. » Le président estime le fonctionnement « non pas à 50 000 mais à 150 000 euros, et ce sera fonction de ce que nous aurons envie de produire. » Alors la somme de 650 000 euros avancée par ses opposants est « absurde, ridicule. » Et Jean-Luc Chapon de rappeler que « pour le moment, l’Ombrière est payée entièrement sur l’autofinancement, sans emprunt. » Le président de la CCPU conclut en estimant que « ce qu’ils (les cinq maires) disent, c’est pour faire du vent. Ils ne peuvent qu’exister qu’à travers la critique. Je suis habitué et je les plains. »

Etiquette

Thierry Allard

31 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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2 réactions sur “FAIT DU JOUR Le mode de gouvernance et les projets de la CCPU sous le feu des critiques”

  1. Des maires qui se plaignent que le conseil communautaire ne soit qu’une chambre d’enregistrement des décisions prises par le « roi de l’agglo » !!!!! Il devrait venir faire un tour au conseil communautaire de Nîmes. Le président et les vice-présidents ne répondent même plus aux questions qui sont posées pendant le conseil, et tout décidé à l’avance. Un exemple : au cours du CC du 3 décembre il a fallu voter un fonds de concours pour la remise en état thermique de l’école de Redessan. Ceux qui vont au festival du Cinéma en plein air de Redessan se rappellent qu’en août, les travaux étaient bien avancés, et que le panneau de chantier mentionnait déjà l’agglo comme financeur du projet. Et ceux qui habitent Redessan ont pu constater que les travaux été finis pour la rentrée scolaire, 3 mois avant l’attribution du fonds de concours. Le soutien financier de l’agglo avait donc été accordé à Mme le maire de Redessan près de 6 mois avant le vote.

    1. Le conseil de l’Agglo d’Ales ne vaut guère mieux : tout est voté à la vite par des élus qui ne connaissent pas les dossiers. Ils suivent aveuglément le tandem Roustan-Rivenq . Avec de tels caciques la démocratie n’est plus représentative puisque les élus ne représentent pas la diversité des opinions. Sur des sujets contestés largement par des citoyens , aucun élu ou presque ne relaie cette contestation et ne cherche à la comprendre. Il y a trop d’intérêts particuliers camouflés sous le soi disant intérêt général , attractivité et l’emploi. La réalité est bien éloignée de ces grands mots et laissent place à des maux environnementaux.
      Heureusement qu’il y a des citoyens bénévoles pour prendre en compte l’intérêt général .
      Bravo aussi à ces quelques élus courageux…. c’est si rare.

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