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FAIT DU JOUR ReSeaclons collectionne les premières mondiales

Un espoir pour la Méditerranée et une fierté pour le territoire.

ReSeaclons c'est transformé des déchets récupérés dans la mer en objets recyclés

Ce projet expérimental porté par l'Institut marin du Seaquarium du Grau-du-Roi démarré il y a huit mois a livré ses résultats. Plus qu'un succès, c'est un espoir et une belle idée qui collectionne les premières mondiales et va non seulement s'inscrire dans le temps mais aussi faire des petits dans la région et au-delà. Décryptage et explications avec Pauline Constantin qui dirige l'Institut marin.

Tout a commencé il y a 8 mois lorsque Xavier, consultant environnement à la Grande-Motte décide de se rendre à l'Institut marin pour chercher des solutions à la pollution de la mer par les plastiques et ses conséquences désastreuses sur les animaux marins. Il n'arrive pas les mains vides puisqu'il a pris contact avec Trivéo une société installée dans la « Plastics Vallée » dans l'Ain, un site qui regroupe la plus forte concentration d'entreprises spécialisées dans le plastique en Europe.

Trivéo travaille sur le brevet d'une innovation mondiale, le recyclage de cinq sortes de plastiques ensemble. Dit comme ça, ce pourrait ne pas être très impressionnant. Mais il faut savoir que jusqu'à aujourd'hui, on savait recycler seulement deux sortes de plastiques sur les dix existantes : les bouteilles et le polypropylène n°6, qui font des fils très solides. Les autres sont incinérées ou enfouis, ce qui représente un pis-aller en terme de préservation. Sans aucun adjuvant, recycler un mélange de plastiques hétérogènes représente donc un véritable progrès.

Une première mondiale !

Des petits pots rigolos que l'on acquiert surtout pour faire un geste militant. Mais ceci n'est que la phase 1, le fabricant ne cesse d'améliorer le procédé

Ces « petits pots », première forme conçue par le procédé, permettent de montrer qu’il est enfin possible de recycler un mélange de plastiques hétérogène. Mais en phase 1, la matière obtenue n'est pas encore propre à être utilisée pour autre chose que de la décoration.

Avant la fabrication, il y a la collecte. Au Grau-du-Roi, l’Institut marin du seaquarium met en place une organisation qui s'appuie sur de nombreux partenaires. Quatre sites de collecte sont définis avec les acteurs collecteurs. Le plus gros étant celui du port de pêche avec quatre bacs de 360 litres et quatre bacs de 660 litres remplis par les pêcheurs volontaires. Les marins pêcheurs répondent présent avec enthousiasme. Quinze chalutiers sur 17 participent ainsi que 25 petits métiers. Les agents du service environnement et  plages de la ville du Grau-du-Roi effectuent une période test de deux semaines pendant la période estivale.

Il en résulte une collecte importante et un potentiel intéressant de valorisation. À Port-Camargue, les déchets flottants du plan d’eau sont récupérés à l’épuisette par l’éco-barge Cleaner Blue du port. Le projet suscite également un engouement important de 16 associations locales (de Palavas aux Saintes Maries de la Mer), qui organisent des ramassages citoyens pour nettoyer les plages, digues, berges, fossés avec des sacs réutilisables estampillés ReSeaclons, en les rapportant au Seaquarium (point de collecte).

Une plateforme logistique, gérée par les agents de la Communauté de Communes Terre de Camargue (CCTC), est mise à la disposition du projet. Cet espace couvert de 70 m² dans une déchetterie permet le tri et le stockage des déchets plastiques collectés. Ses agents s'investissent et assurent la levée des bacs de collecte et l’acheminement au centre de tri et de stockage.

Dans le même temps, ReSeaclons mène une action de sensibilisation du public visant à provoquer des changements de comportement citoyens et à amener un autre regard sur l’usage du plastique.

Un projet qui mobilise

80 % des déchets rejetés en mer sont des plastiques

En 8 mois plus de 700 kg de plastique, répondant au cahier des charges de l’entreprise Trivéo, sont envoyés au recyclage pour la recherche et le développement du procédé et l’élaboration de « petits pots ». Ce premier retour d’expérience, permet d’entrevoir une collecte globale annuelle de 1,5 tonnes de déchets plastiques sur le Grau-du-Roi basé sur un coût humain et matériel faible, qui repose sur des moyens déjà opérationnels.

Le projet a reçu un accueil favorable du public ainsi qu’un engouement bénévole qui a poussé l’Institut marin du seaquarium à construire une vraie campagne de sensibilisation. En ses murs mais aussi hors des murs en interaction avec les citoyens. Il a également sollicité We Océan pour une opération de sensibilisation originale de « port en port » avec leur voilier.

Le suivi mis en oeuvre durant cette phase pilote permet de caractériser les déchets collectés (nature, poids, volume, provenance, répartition géographique en mer…). Les observations confirment les dires des pêcheurs : plus de 80% des déchets marins collectés sont constitués de plastique. Parmi ces déchets on retrouve à plus de 65% des bouteilles et flacons, puis des emballages alimentaires. Ces données pourront être partagées avec les scientifiques et exploitées dans le cadre de recherches approfondies.

Financements et investissements

ReSeaclons bénéficie du soutien de soutiens et en particulier de celui de la commune où il a vu le jour

Le projet porté par l’Institut Marin du Seaquarium a bénéficié des fonds européens FEAMP et ceux de la Région Occitanie grâce à l’appui du Groupe d’Action Local pour la Pêche et l’Aquaculture (GALPA) Vidourle-Camargue. Le projet a reçu le soutien d’un vote citoyen lors de l’appel à projet du ministère de la Transition écologique et solidaire « Mon projet pour la planète » (44 lauréats retenus sur 1200 projets). L’Agence de l’environnement et la maîtrise de l’énergie (ADEME) a ainsi financé la réalisation de la partie communication et sensibilisation du projet. Le tout représentant environ 61 000 €.

Les investissements matériels globaux représentent 8 000 € TTC et englobent l’achat de bacs, de sacs, d’une table de tri, d’équipements de protection et d’autres petits matériels… Les investissements pour les outils de communication et de sensibilisation s’élèvent à 30 000 € TTC et ont permis de réaliser le plan de communication, des outils visuels, une exposition photo, le film de restitution et le guide de restitution et un emploi a été créé.

Un nouveau modèle économique

Une réunion sur le tri chez Trivéo, un projet pilote ce n'est pas seulement une idée

Le projet pilote séduit. ReSeaclons va devenir une association indépendante. Elle est en phase de signature d'une convention de partenariat avec la communauté de communes Terres de Camargue dans le cadre de la compétence de cette dernière en matière de gestion des déchets. Elle continuera de bénéficier du soutien de la municipalité du Grau-du-Roi, de la Région et de L'État.

"Chaque acteur et partenaire est fortement impliqué, confie Pauline Constantin "et tous font de gros efforts qui vont du bénévolat des entreprises, aux aides publiques en passant par les tarifs préférentiels des différents prestataires et investissements de Trivéo." Nous avons peu travaillé sur la phase de commercialisation" avoue la jeune femme, "mais ce qui se dessine est que les bénéfices de la vente des produits recyclés seront partagés au prorata des investissements entre les différents partenaires." Un modèle économique industriel participatif, lui aussi unique.

L'avenir s'annonce donc sous les meilleurs auspices. Trivéo vient tout juste de recevoir une nouvelle machine permettant de fabriquer les petits pots en plus grande quantité mais surtout pense pouvoir sortir des éco-cup pour la saison estivale avec un doublage en amidon de maïs totalement biodégradable qui permettra de les utiliser comme verre. "Nous avons demander à Trivéo de réaliser une série pour l'Institut marin, à l'effigie des animaux marins à la protection desquels le Seaquarium  est engagé". Mais surtout, le projet fait des adeptes. " Les Saintes-Marie-de-la-Mer ont déjà débuté la collecte. Nous sommes contactés pour la mise en place de Réseaclons sur la grande façade littorale de la Région Occitanie. Nous avons aussi des contacts avec les profs de l'Hérault, la communauté de communes du Pays de l'O et même l'Italie et l'Écosse", se réjouit la directrice de l'Institut marin.

Un enthousiasme que Pauline modère en concluant, "chaque jour, ce sont 700 tonnes de déchets qui sont rejetés dans la Méditerranée. Nous ne sommes pas une solution miracle mais elle peut contribuer à changer les mentalités et les façons de faire. L'idéal serait de ne plus rien jeter dans la mer pour sortir de ce cercle infernal."

Véronique Palomar-Camplan

La vidéo de la restitution du projet pour tout savoir

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Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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