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FAIT DU JOUR Le Salon de l’agriculture : quelles retombées pour les producteurs au bout d’un an ?

Jessica du réseau "Bienvenue à la Ferme", Mickaël Fabre, éleveur de taureaux, Patrick Viala, Rémy Dupret, viticulteur, et Éric Vezinet, castanéiculteur (photo Corentin Corger)

L'essentiel des agriculteurs et producteurs gardois présents au Salon international de l'agriculture 2019 l'étaient déjà l'année dernière. L'occasion de leur demander de potentiels effets ressentis d'une telle manifestation au plan individuel.

400 000€ en 2018, 300 000 € en 2019 : le Département investit pour que les producteurs gardois soient représentés au plus grand salon agricole du monde. En un an est-il possible de mesurer les retombées ? C'est ce que nous avons tenté de déceler auprès des différents producteurs gardois. "Lucrativement rien du tout, ni pendant ni après", répond catégoriquement Éric Vezinet, le fameux castanéiculteur d'Aujac. L'agriculteur évoque la spécificité de sa bière à la châtaigne : "Ici on n'a pas à faire à un public de professionnels mais de promeneurs. C'est un salon festif". 

Il vend sa mixture au prix de quatre euros, davantage consommée sur place qu'achetée à emporter. Le Cévenol pointe dans un second temps les bienfaits de cette exposition : "La seule chose que ça nous amène, c'est un peu de reconnaissance. Moi je viens des pieds du mont Lozère et on est rarement mis en lumière." L'homme vante la possibilité d'échanger avec le grand public et d'expliquer le côté artisanal de sa production. "Un Français voulait que je lui livre des palettes en Suède, mais je ne suis pas une multinationale", conclut-il.

Pour Mickaël Fabre, éleveur de taureaux à Gajan, la première réponse est similaire : "Les retombées directes, je n'en ai point vues". Pas d'augmentation croissante du chiffre d'affaires mais néanmoins, "une commande de terrines et de saucissons sur Paris. Mais ça n'a pas changé ma vie". Aucun impact direct mais l'opportunité de se faire connaître et de faire goûter de la charcuterie de taureaux à de nombreux novices. "Il y en a qui repasse ensuite derrière pour en acheter", explique t-il. La force du salon c'est de pouvoir déguster sur place et de repartir avec son produit sous le bras, grâce à la bonne configuration de la Bodegard.

Ça commence doucement

Anne-Marie Riboulet, éleveur de taureaux AOP de Camargue, entourée de ses deux compères, Rémy et Éric (photo Corentin Corger)

Avant de profiter pécuniairement de cette exposition, les agriculteurs en sont au début de l'échelle dans une démarche de faire découvrir les produits gardois. "Je ne viens pas pour moi mais pour faire connaître les appellations gardoises", commente Anne-Marie Riboulet, agricultrice à Vauvert qui produit biologiquement du taureau AOP de Camargue et du riz IGP de Camargue. Cette présence dans la capitale est bénéfique pour entretenir sa clientèle locale et lui permettre "de découvrir les autres producteurs pour attirer les gens jusqu'à chez nous". C'est le résumé de leur mission : que ceux qui ont goûté à l'échantillon viennent ensuite dans le Gard.

Les producteurs ont raison de vouloir surfer sur un tourisme de plus en plus alimentaire. "J'ai eu des gens qui voyagent en camping-car et qui m'ont dit qu'en descendant dans le Sud on passera dans le Gard", se réjouit Rémy Dupret, viticulteur à Vauvert. Une première présence "qui n'a pas eu d'impact" sur ses vente des Costières de Nîmes. Mais un nouvel élément en 2019 lui permet de changer la donne : "Cette année, on a le temps de discuter avec la clientèle. J'ai pu prendre deux, trois contacts pour des futures commandes", explique t-il après trois jours à répéter les aller-retour entre les tables et le comptoir. Des contacts établis notamment, à Saint-Omer dans le Nord de la France : "L'an passé, j'étais reparti avec zéro cartes de visite dans la poche", complète Rémy Dupret. Les contacts vont sans doute augmenter d'années en années, preuve que pour s'imposer au salon cela demande beaucoup de temps.

Au moins dix ans ?

Pour en ressentir les effets, l'agriculteur Mickaël Fabre préconise une réflexion à long terme : "Quand j'échange avec mes collègues du Cantal, eux ça fait dix ans qu'ils sont là et qu'ils entretiennent des relations avec les médias. Il faut prolonger l'initiative dans le temps". C'est certainement cela la clé de la réussite, une présence assidue des producteurs gardois pour créer une habitude avec le consommateur et obtenir des nouveaux marchés.

"Il faut revenir plusieurs fois. Au minimum pendant 10 ans", confirme déterminée Anne-Marie Riboulet. Ils sont tous à peu près d'accord pour pérenniser ce rendez-vous à long terme, "faire un "one shot" ça ne sert à rien. Les gens faut qu'ils te voient chaque année", conclut Rémy Dupret. Du temps pour fidéliser la clientèle, se faire connaître aux quatre coins de la France et pouvoir en mesurer les retombées économiques. Chers élus du Département, vous savez ce qui vous reste à faire...

Corentin Corger

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