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NÎMES Le quartier Valdegour sans bus et sans espoir

Depuis un incident en date du 22 octobre, les lignes de bus 3 et 8 ne circulent plus dans le quartier Valdegour après 18h30.

Le message affiché sur les arrêts de bus de Valdegour depuis octobre (Photo Kelly Peyron)

Le 22 octobre dernier, en début de soirée, trois bus de la société Tango avaient été caillassés par une cinquantaine d’individus encapuchonnés dans le quartier Valdegour.

Et comme il s'agissait là du énième incident de ce genre, une décision radicale a été prise : à l'avenir les bus du réseau Tango ne desserviraient plus les arrêts de bus dans le quartier Valdegour à partir de 18h30. Cinq mois plus tard, la population se sent toujours prise en otage.

" On ne demande rien de plus que d'être traité comme les autres habitants de la ville de Nîmes ", souffle Nacira, habitante du quartier et présidente de l'association " Pour nos aînés " à Valdegour. Depuis que le quartier n'est plus desservi et que le bus dépose les usagers à l'entrée de celui-ci, les habitants sont dans l'obligation de terminer leur trajet à pied : " Nos enfants ont dû rentrer à pied tout l'hiver, dans le froid... Et il y a aussi des personnes âgés, des personnes qui ont déjà du mal à marcher ", raconte Nacira avec regret.

"C'est déjà pas très sécurisant pour nos enfants ! Mais imaginez toutes ces femmes, souvent âgés, avec leurs courses ou leur déambulateur, c'est inhumain ! ", peste-t-elle. Nacira tient à préciser qu'elle ne remet pas en cause la réalité des incidents qui ont eu lieu. Cependant, elle ne trouve pas normal qu'un quartier entier soit pris en otage à cause de jeunes irrespectueux : " On ne dit pas que ce n'est pas arrivé... Mais après cinq mois, les bus auraient dû reprendre leur trajet initial ".

" On ne pleure pas sur notre propre sort "

Le chemin (photo de gauche) qu'empruntent les habitants pour se rendre au Lidl juste en face du quartier, à droite (Photo Kelly Peyron)

Mais ce n'est pas le seul problème que rencontrent les habitants du quartier avec les bus. Depuis la mise en place de la ligne T1, la plupart des bus ont connu un changement de trajet. Initialement, les habitants prenaient la ligne E pour se rendre à Lidl, le seul commerce de proximité. Mais avec les nouveaux trajets, le supermarché n'est plus desservi. " Nous devons descendre par cette colline pour nous rendre au magasin. Avec les sacs de courses, ce n'est pas l'idéal... On a vraiment peur que quelqu'un finisse par tomber. La plupart de nos personnes âgées doivent attendre que leurs enfants leur ramènent à manger. Elles ont perdu toute leur autonomie. Elles se sentent presque inutiles ", raconte-t-elle, déconcertée.

Les habitants demandent à ce que la ligne 3 poursuive son trajet jusqu'au Lidl, afin qu'ils puissent faire leurs courses comme avant : "On a testé le trajet en voiture. Et ça rallongerai le trajet seulement de trois minutes pour les bus. Quand on se plaint, on nous dit tout simplement qu'on n'a qu'à déménager ou que ça coûte trop cher ", s'énerve Nacira la porte-parole improvisée, accompagnée de plusieurs femmes.

Toutes expliquent avoir hésité à garder le silence, ne voulant pas attiser la haine ou engendrer des amalgames. " On ne pleure pas sur notre propre sort, on demande juste de la considération... Je paye des impôts comme tout le monde, j'ai le droit d'avoir les mêmes services que les autres ", poursuit Nacira. À ce jour, pour se rendre au Lidl les habitants doivent emprunter deux bus. Une complication évitable d'après eux.

" Où sont passés les pierres et les bancs ? "

Sur la première photo, les murets de pierres ont été retirés, sur la deuxième photo, l'amas de pierres présent depuis trois semaines et sur la troisième photo, les traces des bancs enlevés (Photo Kelly Peyron)

Président de comité de quartier et de défense des locataires, Mohammed Jaffal se joint au groupe de femmes. Lui aussi n'est pas sans reste de récriminations. Il y a quelques mois des travaux avaient été entrepris à proximité de la place Galilée. Afin d'éviter l'effondrement de la colline en période de forte pluie, des petits murets en pierre avaient été installés pour le plus grand plaisir des habitants : " C'était très joli et c'était agréable de pouvoir s'y asseoir pendant nos promenades ", explique une jeune femme. 

Il y a environ un mois, les murets ont commencé à être enlevé par la Ville qui, selon eux, aurait justifié cette déconstruction au motif que les pierres serviraient au caillassage des bus. " Apparemment les pierres sont utilisées pour caillasser les bus... alors qu'aucun bus ne passe ici ? Ce n'est pas cohérent ! ", s'insurge le responsable associatif. 

Sur le chemin, un amas de pierres a visiblement été oublié : " Depuis trois semaines ces pierres sont laissées-là ! Une dame qui circule en fauteuil roulant ne peut plus prendre ce trajet. Elle est obligée de faire un très long détour ", explique une jeune femme présente. Plus loin, des bancs, très prisés des mères de famille et des personnes âgés, avaient également été mis à disposition des habitants avant de disparaître du paysage. Sans explication cette fois. "J'ai demandé des comptes à Richard Tibérino (l'adjoint municipal à la sécurité de Nîmes et conseiller départemental) et il m'a dit ne pas savoir où ils sont passés, poursuit Mohammed Jaffal. On se demande où sont passés les pierres et les bancs ? Ils les ont mis chez qui ? " Une question qui pour l'instant reste sans réponse.

Kelly Peyron

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4 réactions sur “NÎMES Le quartier Valdegour sans bus et sans espoir”

  1. « On ne demande rien de plus que d’être traité comme les autres habitants de la ville de Nîmes « …Et que vous vous comportiez comme tous les autres, mais c’est bien connu, ces jeunes qui caillassent sont les enfants de personnes, ou peut-être viennent-ils des « beaux quartiers »! « C’est déjà pas très sécurisant pour nos enfants « …tiens-donc, vos chers enfants si sages dont personne ne veut dans les autres éts scolaires, on se demande bien pourquoi…

    1. Vous me prendrez de l’anti-amalgame 500mg, 3 fois par jour s’il vous plait.
      Il ne faut pas tout confondre, elle ne remet pas en question les problèmes dans son témoignage, juste les solutions misent en place qui prennent en otage la population toute entière du quartier de Valdegour.

  2. Geo prescription anti-démagogie: une dose d’objectivité dans un verre de raison et ce jusqu’à ce que les caillassages prennent fin définitivement. Les solutions que vous amalgamez pardon que vous assimilez à une prise d’otage ne sont pas parfaites mais les usagers comme les chauffeurs ont aussi droit à pouvoir se déplacer en toute sécurité. Les pompiers, la police , les personnels médicaux eux aussi voudrez bien ne pas être des cibles. Ils interviennent dans ce secteur contraint et forcé est- ce normal? Cette dame qu’elle demande une audience auprès de la député de la circonscription des fois qu’elle a des solutions autres que celles apportées .

  3. On comprend la détresse de ces habitants qui déjà ne roulent pas sur l’or, mais cette dame se trompe de cible. Ce ne sont pas les autorités qui prennent la population en otage, mais bien les « caillasseurs » . Alors il faut commencer à balayer devant sa porte. Faire comprendre à ces jeunes « mal élevés » (qui sont leurs enfants), que leurs agissements nuisent à la population du quartier, à moins que la pratique de leur commerce bien lucratif qui nécessite d’être à l’abri des regards indiscrets bénéficie aussi à leurs familles.

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