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FAIT DU JOUR Avec les Bagnolais d’Handiwork, le handicap se fait une place dans l’entreprise

Les équipes d'Intermarché, d'Handiwork et le député Anthony Cellier, dans les rayons de l'Intermarché de Bagnols (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Ils sont quatre, affairés dans les rayons de l’hypermarché Intermarché de Bagnols. Visuellement, rien ne différencie Fabien, Nicolas, Marie-Emilie et David de la centaine d’autres salariés du magasin.

Pourtant, ils viennent tous les quatre de l’Établissement de service d’aide par le travail (ESAT) Véronique, à Bagnols, et sont en situation de handicap. Ils travaillent à l’Intermarché de Bagnols depuis septembre tous les jeudis après-midis, dans le cadre d’un dispositif mis en place par l’entreprise bagnolaise Handiwork, dirigée par Jean-Baptiste Honorin et Éric Villasante. Ils illustrent la philosophie portée par Handiwork depuis son lancement en 2016 : « former des travailleurs en situation de handicap - essentiellement pour l’instant des personnes issues du milieu protégé - au milieu ordinaire, en entreprise, avec un formateur de chez nous qui fait l’interface », explique Jean-Baptiste Honorin.

Un principe simple, mais qui séduit à la fois les entreprises de la grande distribution avec lesquelles Handiwork travaille et les établissements spécialisés comme les ESAT. La preuve ? Parti de l’Institut médico-éducatif des Hamelines et du Bricomarché de Bagnols en 2016, le dispositif est désormais en place dans 28 magasins de 11 enseignes différentes de la grande distribution situés entre Orange (Vaucluse) et Castenaudary (Aude). Entretemps, Handiwork a embauché et compte désormais sept salariés, essentiellement des formateurs en magasin. En tout, cela représente 150 stagiaires. « Et on commence à avoir de belles réussites. Des magasins demandent des mises à disposition pour faire appel aux travailleurs sur certaines périodes », note Jean-Baptiste Honorin.

« On montre que c’est possible »

Bref, « ça commence à se développer, en sachant que le lien entre le monde du handicap et le monde de l’entreprise est difficile à faire, mais on montre que c’est possible », s’enthousiasme Jean-Baptiste Honorin. Et il y a une demande : « Il n’y a aucune passerelle entre les établissements et le milieu ordinaire alors que nous avons la capacité de signer des mi-temps thérapeutiques, par exemple », regrette Stéphane Delvallez, directeur de la holding à la tête de l’Intermarché de Bagnols. C’est donc là que Handiwork vient se glisser, pour jouer le rôle d’interface et lever les freins, d’un côté comme de l’autre, car « la première crainte c’est l’aménagement du poste et savoir quoi leur faire faire », admet le directeur.

Justement, demandons aux intéressés. « Je fais un peu tous les rayons, du facing (remettre les produits du fond sur le devant de l’étagère et compléter éventuellement pour combler les trous en rayon, ndlr), du rangement, de la mise en rayon », explique Fabien. Nicolas fait lui aussi du facing, « un peu de mise en rayon mais surtout les DLC (dates limites de consommation, ndlr). Je regarde dans les rayons si les produits vont être périmés. C’est un travail de fourmi. » Outre ces aspects, « on se rend compte que les clients demandent beaucoup de conseils, donc il faut aussi préparer nos travailleurs à ça », note Éric Villasante, qui arpente les rayons du magasin toute l’après-midi.

Et Nicolas l’affirme, « ça me plaît vraiment, ça me change de la cuisine centrale de l’ESAT Véronique où je travaille. Ça me fait voir des gens et c’est moins speed que la cuisine ! » « Ils travaillent tous dans des ateliers différents à l’ESAT, explique la directrice adjointe de l’établissement géré par l’Unapei 30, Laurence Barthélémy. Pour eux c’est une véritable bouffée d’oxygène. Aujourd’hui ils ne rateraient une séance pour rien au monde. » Traités de la même manière que les autres salariés, en uniforme eux aussi, « ils trouvent leur place dans le magasin », ajoute Éric Villasante.

Côté Intermarché, le PDG Emmanuel Lavit loue une initiative « qui permet d’intégrer dans le monde du travail des jeunes qui au départ ne partent pas avec les mêmes chances que les autres. Et notre structure le permet plus facilement que dans de plus petites structures. » Et le PDG l’affirme, « pour nous, c’est plus une démarche citoyenne. » Une démarche dans laquelle il a engagé son magasin grâce à Handiwork : « L’accompagnement est très important dans le processus de décision », précise-t-il, « pour les deux côtés », ajoute Laurence Barthélémy. Handiwork met donc de l’huile dans les rouages entre deux mondes qui coexistent, souvent sans se rencontrer.

Des perspectives

Un modèle « simple, efficace, facile à mettre en place et duplicable », dixit Jean-Baptiste Honorin. C’est la clé du succès d’Handiwork, soutenu par de plus en plus d’organismes, comme la DIRECCTE par exemple, pour développer ses dispositifs. « On a des demandes dans d’autres régions, en PACA, à Marseille et Nice, et à Paris et dans l’Île de France. Et on n’en est qu’au début... », affirme le Bagnolais.

Ainsi, Handiwork fourmille de projets et envisage le lancement d’un deuxième dispositif ouvert aux personnes issues du milieu ordinaire reconnues comme travailleurs handicapés. « Un dispositif plus court dans l’idée de créer un sas de recrutement, présente Jean-Baptiste Honorin. Et avant, nous aurons fait tout le sourcing des candidats. C’est de l’aide au recrutement. » L’entreprise a déposé un dossier auprès de la Région pour mettre en place ce dispositif, et réfléchit à un troisième concernant la formation pure pour les établissements spécialisés.

Dans l’idée, Handiwork veut « trouver un modèle économique viable », selon les termes de Jean-Baptiste Honorin. Car dans le handicap comme ailleurs, « les budgets sont serrés et pas toujours pérennes, alors que nous avons de super perspectives », ajoute-t-il. Reste que le chemin parcouru est déjà long, comme l’a souligné le député Anthony Cellier, venu ce jeudi au Intermarché. « Intégrer des personnes handicapées est une valeur ajoutée dans une entreprise et pas une contrainte. Et c’est valable dans les entreprises comme à l’école : on s’enrichit de la différence », estime le parlementaire. « Ce que nous disons, renchérit Jean-Baptiste Honorin, c’est que le handicap dans une entreprise est une contrainte managériale comme une autre. » Simplement.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

Et aussi :

Leader Occitanie, Handiwork et Randstad co-organiseront le 11 avril à Bagnols une matinée consacrée au handicap en entreprise. Plus d’informations à venir.

Le Groupe d’entraide mutuelle (GEM) Cèzâme, association qui regroupe des usagers ou anciens usagers de la psychiatrie organise pour la première fois à Bagnols les Semaines d’informations sur la santé mentale. Des événements auront lieu du 18 au 29 mars, dont certains seront ouverts au public. Ainsi le lundi 25 mars à 14 heures un atelier de sensibilisation à la question des données personnelles sera organisé à la médiathèque de Bagnols. Le mardi 26 mars à 14 heures, une conférence sera organisée à la MAS sur la fracture numérique. Le lendemain même heure à la salle A du centre culturel ce sera une conférence-débat sur le cyber-harcèlement et le jeudi 28 mars à 10 heures à la MAS un café discussions autour des écrits sur la maladie psychique écrits lors d’un précédent atelier.

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Thierry Allard

31 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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