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FAIT DU JOUR Le Capitole ? 107 ans que ça dure !

Depuis plus d’un siècle, le cinéma uzétien n’a jamais cessé son activité. C'est le plus vieux cinéma gardois et un des plus anciens en France.

La façade du vieux cinéma uzètien (photo Norman Jardin / Objectif Gard)

C’est un monument historique du cinéma français, qui trône au 11 de la rue Xavier Sigalon, à Uzès. Flash-back. Retour en arrière. Pour vous, on rembobine...

Franchir la porte du Capitole c’est faire un voyage dans le temps et replonger dans l’époque où le cinéma n'en était à ses balbutiements. Car l’établissement ducal porte encore des traces du début du XXe siècle. Le plus vieux cinéma gardois à été inauguré le 10 décembre 1911. Depuis, il n’a jamais cessé son activité. Selon certains sites spécialisés, il serait même un des cinq plus anciens, toujours en ouvert en France. Une véritable pièce de collection du patrimoine cinématographique hexagonal.

Les vestiges d'une vielle fresque (photo Norman Jardin / Objectif Gard)

À l’origine, il s’appelait le Kinéma-Théâtre car dans l’unique salle, l’écran se rétractait pour laisser place à une scène où étaient joués des pièces et des concerts. Mais ce n’est pas tout, puisque le lieu possédait également une piste de patinage à roulette, aujourd’hui nous dirions de rollers. Un lieu révolutionnaire pour l’époque où les Gardois découvraient le cinéma.

Maurice Chevalier et Fernandel

Au fil des années, l'endroit devient le Royal Cinéma Théâtre (1918), L’Eldo (1932) puis le Le Capitole (1946). Pendant les décennies de diffusion de films et de spectacles, les artistes se succèdent. Des stars comme Maurice Chevalier et Fernandel se produisent sur la scène intimiste de la rue Xavier Sigalon.

Les vieux sièges du Capitole (photo Norman Jardin / Objectif Gard)

Après la Seconde Guerre mondiale, le Capitole change de peau. La piste de patinage est transformée en seconde salle. L'endroit devient alors, selon Jean-Pierre Beaufey, qui a consacré un livre (*) au Capitole, « le premier cinéma répertorié multisalles, ou complexe cinématographique, de France ».

 Bernadette Lafont, Jean-Louis Trintignant et José Giovanni

Au fil du temps, qui déroule les bobines et affiche les trombines, le cinéma se modernise. On commence à considérer le chaland. Et pour un plus grand confort des spectateurs, les sièges en bois sont remplacés par des fauteuils. La façade, la sonorité et l'éclairages sont rénovés et, en 1981, la troisième salle est inaugurée.

En 1989 cinéma d’Uzès obtient l’appellation Arts et essais, destinée à promouvoir le cinéma indépendant. Au même moment, comme le cinéma français dans son ensemble, dernière roue d'un carrosse qui ne l'est plus, le Capitole connaît aussi des crises, auxquelles il survit miraculeusement à chaque fois.

Le vieux comptoir (photo Norman Jardin / Objectif Gard)

Les années 1990 sont celles des événements marquants pour le cinéma d’Uzès. Le 22 mars 1990, le film Cyrano de Bergerac est diffusé en avant-première. Le 1e décembre 1991, l’actrice nîmoise Bernadette Lafont assiste aux 80 ans du Capitole. Le 2 février 1993, flanqués de François Cluzet, Jean-Louis et Marie Trintignant y présente le film L’instinct de l’ange. Le réalisateur, José Giovanni, vient en 2004 pour parler de son film Le Gitan.

60 000 entrées en 2018

Avec le troisième millénaire, vient le temps de la diversification. Des soirées débats et diffusions d’opéras sont désormais programmées. Jean Rochas qui est, depuis 2017, le propriétaire du Capitole est tombé amoureux de son cinéma :  « Il a une âme et un vécu. En plus les Uzétiens y sont très attachés. Ils se sont souvent mobilisés pour le sauver ».

Ce piano date de l'époque du cinéma muet (photo Norman Jardin / Objectif Gard)
Dans les loges, les lavabos sont d'origine (photo Norman Jardin / Objectif Gard)

Aujourd’hui, au Capitole la grande salle (Costa Gavras) contient 350 places, la moyenne (Jean-Louis et Marie Trintignant) 93 places, et la petite 42 places. « Nous avons fait 60 000 entrées en 2018, mais il nous faudrait une salle supplémentaire car nous passons entre dix et douze films par semaine », regrette Jean Rochas.

Mais le vrai charme du Capitole est son côté rétro et il regorge des traces du passé. Il y a un vestige d’une fresque peinte au début de XXe siècle, des vieux fauteuils et même un piano centenaire sur lequel on jouait pour illustrer, à grand renfort de notes, les films au temps du cinéma muet.

La grande salle au début du XXe siècle (photo collection privée Jean-Pierre Beaufey)
La grande salle inaugurée en 1911 (photo Norman Jardin / Objectif Gard)

Ce temple du 7e art conserve aussi des loges où les artistes des années folles se préparés avant d’entrer en scène. Ils y ont laissé des messages sur les murs. Des graffiti témoins de leur passage. De leur passion... Dans un monde où les cinémas sont souvent aseptisés, pasteurisés, le Capitol est sans doute un des derniers survivants de la mémoire cinématographique du temps où c'était mieux avant : rustique et authentique comme un camembert moulé à la louche. Ça c'est le Capitole et le tube de la salle obscure nîmoise n'est pas la "Dernière séance" d'Eddy Mitchell... Ici, l'écran n'est pas prêt de tomber.

Norman Jardin

* L’histoire du Capitole (éditions de la Fenestrelle)

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