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FAIT DU JOUR Manadier : l’osmose avec la nature

La manade Saint-Louis s'est tournée vers le tourisme pour faire vivre le domaine.

Une famille camarguaise passionnée, de gauche à droite : Karine et Jean-Claude, leur neveu, Éliane, la maman au premier plan, et Laurence, la sœur de Jean-Claude (photos DR)

Être manadier n'est pas ce que l'on pourrait appeler un choix raisonnable. Il y a 45 ans Jean-Claude Groul père était viticulteur et producteur d'asperges. La passion des taureaux le tenait au corps. Il a acheté des terres et des bêtes et son domaine est devenu une manade. Aujourd'hui, c'est son fils qui a repris le flambeau en famille.

Même feu, même besoin de chevaucher dans l'air salé au milieu de ces taureaux noirs et luisants sur les 200 hectares du domaine qui s'étend en parcelles de Vauvert à la Tour Carbonnière et pousse sa corne jusque vers les Saintes-Maries-de-la-Mer. L'adrénaline aussi lorsque l'on conduit ses meilleurs taureaux à la course camarguaise, la fierté de les voir défendre le sang du domaine. Le plaisir de les accompagner à l'abrivado, de les protéger, de les sentir contre la botte. Mais au-delà de tout, la joie immense de les regarder vivre, libre et heureux sur leurs terres.

Le travail prix du bonheur…

Ce bonheur là a un prix. Celui du travail d'abord. La manade Saint-Louis compte 15 chevaux,150 taureaux, vaches et veaux avec 14 naissances cette année. Les taureaux vivent sur 200 hectares de terres fragiles, humides et salées dont il faut surveiller les équilibres. Elles doivent être sans cesse aplanies, asséchées, nettoyées. À noter que le manadier est aussi responsable de la beauté d'un paysage qu'il entretient patiemment au fil des saisons.

Et puis, Il faut faire passer les animaux de pâtures en pâtures, leur donner du foin quand l'herbe manque. S'occuper des chevaux, qui eux aussi nécessitent des soins quotidiens. Et en saison, le week-end il y a, les courses, les fêtes… Pas de répit. Tout ce travail ne suffit pas à faire tourner le domaine. À la manade Saint-Louis, la viande n'est pas considérée comme un débouché commercial.

"Ce qu'on fait on le fait par amour des taureaux, des chevaux de la tradition camarguaise. Notre viande n'est pas commercialisée. On abat très peu et c'est juste destiné à nos clients. Nos taureaux, ce n'est pas pour les manger qu'on les élève ", tient à préciser Karine, l'épouse de Jean-Claude. Ils vont à l'abattoir en fin de vie." Et Karine de raconter qu'elle va même jusqu'à trembler quand ses bêtes sont bousculées lors d'une abrivado. Sa belle-mère Éliane, l'approuve vivement. "Les attrapaïres, ce n'est pas la tradition", renchérit-elle. L'abrivado ça servait à emmener les taureaux aux arènes pour la course. On ne prenait pas le risque de les abîmer". 

Le salut est dans le tourisme

Il faut donc trouver d'autres solutions. "C'est l'activité touristique qui permet d'équilibrer le budget et comme ça que la manade peut continuer; " révèle la jeune femme. Laurence vit avec son temps, c'est une communicante. Elle se charge de multiplier les contacts, d'imaginer comment faire partager ce mode de vie si unique et pleinement enraciné dans une terre camarguaise qui ne l'est pas moins et de tirer partie de la beauté et du cachet du Mas de la paix.

Une partie du bâtiment a donc été aménagée pour recevoir des visiteurs. C'est Éliane qui donne un coup de demain pour tenir les cinq chambres d'hôtes ; trois doubles et deux familiales. Les visiteurs séjournent au calme au cœur du domaine, dont ils peuvent faire une visite guidée si le cœur leur en dit.

Des groupes viennent en autocar spécialement pour des visites commentées de la manade, assis sur des remorques et durant lesquelles Jean-Paul Groul révèle tous les secrets de la vie de manadier avec des démonstrations, par exemple, le tri du bétail par les gardians. La promenade s'achève par un déjeuner de produits locaux sous les grands arbres de la terrasse ou dans la salle de réception.

Avec l'été revient le temps des soirées camarguaises

Un mas typique des manades de Camargue avec son arène et ses grand arbres qui ombragent les déjeuners (photo D.R)

La manade peut accueillir plus de cent personnes en journée, ce qui n'est pas commun dans la région. Il y a aussi les mariages - dix l'an dernier - et un nouveau créneau, l'événementiel. Le cachet de l'endroit attire les séances de photos de mode, les séminaires d'entreprises. Karine tisse son réseau, engage des partenariats avec le Caveau, le catamaran Le Providence, divers organismes qui font visiter la Camargue…

Elle travaille avec le groupe Bellambra et leur propose par exemple, un repas en plein champ au milieu des taureaux sous une bulle transparente. Partenaire du Grand Raid, la manade en devient le camp de base depuis quelques années et organise à l'occasion une grande ferrade qui voit de plus en plus de monde. Atypique, elle reçoit parfois des concentrations de Harley Davidson…

Plus traditionnelles, avec l'été vont commencer les veillées camarguaises. Tous les mercredis soir en juillet/août, la soirée commence par des jeux de gardians, une ferrade, puis on boit l'apéritif en dégustant une brazoucade de moules et l'on se régale de la  fameuse guardianne de taureau avant de terminer la soirée au son des mélodies gitanes.

Pour que vive la tradition

"Sans le tourisme , on n'y arriverait pas", constate Karine qui s'occupe de la partie marketing, administrative et trouve du temps pour monter à cheval tous les jours. Les Groul travaillent en famille. Laurence la sœur et associée de Jean-Claude, sa mère, Éliane, et son neveu, qui représente l'avenir de la manade. Le travail est dur et le profit n'est pas le but poursuivi. Une chose est sûre, la manade est tout ce qui compte, la relève est assurée et l'échec n'est pas une option.

Véronique Palomar Camplan

Pour en savoir plus, se renseigner ou réserver : le site de la manade. Cliquez ici : https://www.manade-saint-louis.com/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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