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FAIT DU JOUR Pompéi à Nîmes : l’exposition d’un récit oublié

Une éruption volcanique célèbre, une tentative héroïque de sauvetage et une vie figée racontées...

L'entrée de l'exposition temporaire remet en tête les terribles images d'un récit oublié. Celui des dernières heures de Pompéi (Photo Anthony Maurin).

Les amoureux d'histoire se frottent déjà les mains et vont avoir les yeux qui piquent. Avec le Musée de la romanité, Nîmes accède à des expositions qui valent la peine d'être vues. La nouveauté temporaire concerne Pompéi et le récit oublié du panache de Pline l'Ancien et des derniers jours de la cité.

Jusqu'au 6 octobre prochain plus de 250 pièces sont à découvrir au sein d'une exposition qui propose une immersion au cœur du quotidien des habitants de la plus célèbre des villes du monde antique : Pompéi et sa légende, Pompéi et ses terreurs nocturnes, Pompéi et son Vésuve ravageur.

Mare nostrum, la mer Méditerranée, a toujours fait partie de la vie des habitants de Pompéi et a fait la richesse de la cité (Photo Anthony Maurin).

Si le nom connu de Pompéi compose bel et bien la majorité du sujet, la ville voisine d'Herculanum tient elle aussi toute sa place avec des pièces remarquables retrouvées lors des multiples fouilles entreprises depuis des décennies. Les deux cités ont connu le même et funeste destin, celui d'être ensevelies sous les cendres et les coulées pyroclastiques du mont Vésuve, volcan entré en éruption le 24 octobre (et non août comme on pouvait le penser) 79, il y a donc près de 2 000 ans.

À 35 kilomètres de là, Pline l'Ancien, un gars plutôt sympa qui voulait lui-même observer des faits scientifiques sur place, observe les fumées, note les moindres détails et consigne ce que l'on sait aujourd'hui de cette nuit affreuse. Il regarde le désastre arriver et prépare un plan pour sauver quelques vies. Il appareille une douzaine de navires (dont des quadrirèmes) et permet à certains chanceux de rester en vie. L'exposition évoque largement ce récit oublié mais demeure dans la réalité du quotidien des victimes de l'éruption volcanique.

Les moules issus des cavités dans lesquelles les corps des habitants sont mis en scène sous l'irruption mortelle du Vésuve (Photo Anthony Maurin).

Pendant 14 heures, cendres et pierres s'abattent sur Pompéi et se déposent sur le sol à raison de 15 centimètres par heure. Le lendemain, dans l'après-midi, 50 centimètres de pierre ponce couvrent la ville où tout s'effondre. De nombreuses victimes sont à déplorer. Herculanum, encore épargnée par le phénomène, devient une solution possible de repli mais d'autres coulées pyroclastiques et nuées ardentes la ravagent dans la nuit. Au matin, une coulée achève le travail du côté de Pompéi et emporte avec elle les secrets des derniers êtres vivants dans une chaleur noire atroce.

Pline l'Ancien, amiral de la flotte de Misène, menait la flotte alors qu'il n'avait aucune expérience en la matière. Il a certainement cru échapper à la mort mais son corps a été retrouvé intact et avec ses vêtements. Comme s'il s'était endormi.... Pline le Jeune, son neveu qui était resté à Misène, ne dira pas combien de personnes sont mortes malgré les efforts de l'Ancien. Il ne parlera pas non plus d'un bon bilan chiffré des survivants mais le panache et le récit font le reste.

Des amphores (Photo Anthony Maurin).

Heureusement, et même si la tragédie reste de mise, le nombre de victimes n'est pas aussi important que le nombre d'habitants de Pompéi et Herculanum. Beaucoup sont parvenus à se sauver, avec ou sans le dernier voyage du bon samaritain Pline l'Ancien.

Prêtées par des musées italiens, les pièces regroupées à Nîmes après un voyage qui les ramènent de Sydney (Australie) sont de toute beauté. Les plus marquantes sont sans aucun doute celles de la fin. Les moules ne sont évidemment pas humains mais ils dégagent un respect, une solennité. Ils marquent la cavité dans laquelle chaque corps a été enseveli que les archéologues pendant les fouilles ont rempli de plâtre afin d'obtenir ce que vous observerez. Des personnes endormies ou tentant en vain de se protéger du feu assassin.

La muséographie de l'exposition est à la hauteur des enjeux (Photo Anthony Maurin).

Être au plus près de ces Pompéiens absents mais si présents est très troublant. La coulée pyroclastique de Pompéi, contrairement à celle d'Herculanum, n'a pas été incandescente. Elle a tué en figeant les cendres sans carboniser les corps. Les corps se sont ensuite décomposés et ont laissé une coquille vide. Une cavité que nos contemporains ont rempli et extrait pour nous les dévoiler.

Ce miroir mortuaire antique est à mettre en parallèle avec celui du quotidien figé des Pompéiens. Faire la connaissance de Pline L'ancien, se perdre dans son amour de la science et dans le descriptif des heures précédant le drame, vaut le coup. Prendre une grosse heure pour découvrir intacte une histoire vielle de 2 000 ans et oser affronter le souvenir pour ne pas qu'il se perde à nouveau, vaut aussi  le détour.

Vestiges oubliés sous fond de baie volcanique (Photo Anthony Maurin).

Que les âmes sensibles ne s'effraient pas. Il n'y a rien de morbide ici. Juste un récit. Loin de la science fiction sanguinolente de nos télévisions, il y a juste de belles émotions. Le public jeune doit lui aussi s'intéresser à ça. Un carnet spécial est même disponible. De telles images criantes de vérité sont nécessaires à l'avancement intellectuel, à la compréhension d'un monde, à l'intérêt de l'histoire et de son récit.

Pompéi était à la croisée des chemins maritimes commerciaux. Ses richesses ne couvrent pas ses peines mais, alors qu'elles resurgissent à nos yeux, elles rayonnent par leur grâce et leur volupté. L'art de vivre à la romaine n'est pas une légende ou un mythe. Les Romains du début de l'empire ne sont pas morts, ils sont devant vous. Toutes ces choses se sont passées et aujourd'hui vous pouvez les vivre sans trop de danger, Foncez !

À suivre, 19 photos... Et n'oubliez pas, le premier dimanche de chaque mois, les musées sont en accès libre, pas l'exposition temporaire.

Au centre, Anubi en toge (Photo Anthony Maurin).
Maquette d'un navire du port de Naples (Photo Anthony Maurin).
Le visage et la bouche en marbre d'une fontaine (Photo Anthony Maurin).
Trépied avec bassin, table pliante ou chandelier de trois pieds (Photo Anthony Maurin).
Cocottes, pot, réchauffeur d'aliments, récipient pour onguent... On trouve de tout dans les maison italiennes (Photo Anthony Maurin).
Amphores avec vue sur la région du Vésuve (Photo Anthony Maurin).
Une statuette (Photo Anthony Maurin).
La suite des pots et cocottes, des récipients, des plats et des pichets (Photo Anthony Maurin).
Moule d'une victime de Pompéi (Photo Anthony Maurin).
Relief (Photo Anthony Maurin).
Bassin et statues sont aussi de la partie (Photo Anthony Maurin).
Paysage aquatique en fresque (Photo Anthony Maurin).
Portrait en marbre de l'empereur Titus (Photo Anthony Maurin).
Rostre avec taureau ? (Photo Anthony Maurin).
Bronze et lampe, candélabre sont à voir dans la première section de l'exposition (Photo Anthony Maurin).
Fresques aux paysages aquatiques et aux navires de la flotte de la marine romaine (Photo Anthony Maurin).
Relief représentant deux navires de guerre romains avec des soldats datant du IIe siècle avant notre ère (Photo Anthony Maurin).
Diplôme de la marine militaire de la flotte de Misène au IIIe siècle de notre ère (Photo Anthony Maurin).
Dalle avec inscription funéraire d'un soldat de Misène (Photo Anthony Maurin).

Musée de la Romanité, 16 Boulevard des Arènes. 30 000 Nîmes. Ouvert tous les jours de 10h à 19h. Tarif plein 8 euros (réduit jusqu'à 3 euros, gratuit jusqu'à sept ans). Billetterie du Musée de la Romanité.

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 34 ans et je suis journaliste depuis plus de dix ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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