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VALLÉE DU RHÔNE Le vin se porte bien, mais évolue

Le président d'Inter Rhône, Michel Chapoutier, entouré de son vice-président, Philippe Pellaton (à G.), et du co-président de la commission économique d'Inter Rhône, jeudi matin à Avignon (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

L’interprofession de la viticulture et du négoce de la vallée du Rhône, Inter Rhône, tenait ce jeudi matin sa conférence de presse annuelle au Palais des papes d’Avignon. L’occasion de prendre le pouls de ce secteur économique et de découvrir les tendances à venir sur les marchés.

« La vallée du Rhône se porte bien. Elle suit les évolutions dans les trois couleurs et c’est à nous de les anticiper », estime le président d’Inter Rhône, Michel Chapoutier. Anticiper : c’est le mot d’ordre de l’interprofession de la vallée du Rhône, qui représente un vignoble de 68 000 hectares compris entre l’Isère et le Gard, en passant par la Drôme, l’Ardèche et le Vaucluse. Un vignoble qui occupe la deuxième place en France sur les AOC, après Bordeaux, avec 2,7 millions d’hectolitres de production en 2018.

Anticiper, c’est parler aux jeunes, et plus précisément la génération des « millenials », nés entre 1985 et 2000. « Cette génération veut se rapprocher du "vrai", et a des modes de consommation et d’achat très différents, note le vice-président d’Inter Rhône, le Gardois Philippe Pellaton. C’est une génération connectée, nous devons lui parler. » Inter Rhône peut principalement agir sur le vin en lui-même, qui « est particulièrement adapté à ce profil de plaisir, accessible sans perdre de sa nature et de sa typicité », ajoute Philippe Pellaton. Cependant, « il faut rééquilibrer la part du grenache et de la syrah pour répondre encore plus aux attentes des consommateurs », poursuit-il, avant d’ajouter que les vins de la Vallée du Rhône doivent « répondre à l’ensemble des occasions et des envies de nos consommateurs. » Tant en goût qu’en prix.

« Un million de bouteilles par jour » consommées dans le monde

Des consommateurs qui font également de plus en plus attention à la démarche environnementale et sociétale. « Nous avons tapé fort et mis en place des pratiques vertueuses », affirmera Philippe Pellaton, rappelant l’engagement selon lequel « dans l’année qui vient, 65 % de la surface des Côtes du Rhône et Côtes du Rhône villages ne reçoive plus aucun désherbant, et je m’engage à ce que cette part augmente au fil du temps pour qu’à terme le désherbant ne soit présent que sur une part marginale. » Les vignerons de la Vallée du Rhône sont également dans une démarche de labellisation et certification, dans l’embellissement des paysages via une charte et dans la protection des abeilles, avec l’installation de ruches, et de nichoirs à oiseaux. Une démarche qui vise aussi à « intéresser des jeunes vignerons, qui y sont de plus en plus sensibles », commente Philippe Pellaton. Plus globalement, « le vin doit montrer l’exemple », estime Michel Chapoutier.

Côté tendances chiffrées, « nous sommes face à une mutation globale », note le président d’Inter Rhône. Une mutation tout sauf nouvelle qui veut qu’on boit moins de vin qu’avant. En France tout du moins : pendant ce temps, « à l’étranger, notamment en Asie, des populations viennent au vin », note Michel Chapoutier. À partir de là, il ne faut pas être un grand stratège pour comprendre que l’avenir du vin de la Vallée du Rhône est à l’export. Un tiers tout pile, 33 %, de la production part à l’export, soit 120 millions de bouteilles en 2018. Avec la France, en tout ce sont 365 millions de bouteilles de Côtes du Rhône qui ont été consommées en 2018, « ça fait un million de bouteilles par jour, c’est un chiffre raisonnable et sérieux », ajoutera Michel Chapoutier dans un sourire.

Forte croissance à l’exportation

Bref, « le futur pour nous est à l’export », reprend-il, et aussi le présent, serait-on tentés d’ajouter : « en dix ans, notre part de l’export a augmenté de 64 %, alors que les autres fins de France n’ont augmenté que de 9 % », note Michel Chapoutier. Les vins de la vallée du Rhône cartonnent aux États-Unis, devenus en 2018 le premier marché en volume et en valeur, doublant le Royaume-Uni et devançant la Belgique. La quatrième place échoit à la Chine, dont la part « a été multipliée par 15 en dix ans », lance le président, qui se réjouit de voir l’Asie prendre une part de plus en plus importante aussi pour une autre raison.

Alors qu’au niveau mondial la consommation de vin rouge est en baisse, elle prend en Chine et en Asie, « qui sont des grands consommateurs de thé et donc parfaitement avertis sur les subtilités des amers et des tanins », explique Michel Chapoutier. Intéressant pour un vignoble qui compte 74 % de sa production en rouge. Par ailleurs, la vallée du Rhône « doit répondre à l’explosion des vins effervescents, qui sont à la mode chez la "génération soda" », note le président d’Inter Rhône. Reste que le vignoble ne produit que peu d’effervescents, mis à part la Clairette de Die, dont le nom reste un léger problème sur les marchés anglo-saxons (*)…

Reste que la tendance baissière du rouge et à l’inverse la mode des vins plus frais, blancs, rosés et effervescents, interroge Inter Rhône. « Il est nécessaire de réorienter la couleur de nos vins, aller vers 60 % de rouge, 25 % de rosé et 15 % de blanc me paraît une ambition qu’on peut nourrir aujourd’hui », affirme Philippe Pellaton. Le vice-président indiquera plus loin que la possibilité de « déplafonner » le rendement du rosé était dans les tuyaux. « Mais l’idée n’est pas que les blancs prennent la place des rouges, l’objectif est de faire croître les rouges, et encore plus les blancs », affirmera le co-président de la commission économique d’Inter Rhône Guy Sarton du Jonchay.

Pour ça, outre la question des rendements, il faudra peut-être en passer par une augmentation de la surface de l’appellation, et exploiter au mieux la surface existante. Afin d’y parvenir, Inter Rhône a mis en place un système d’information géographique « pour géolocaliser les informations sur le potentiel de production, et qualifier, gérer et développer de façon responsable le vignoble », note Guy Sarton du Jonchay.

Autant d’actions qui vont dans le sens d’un développement des vins de la Vallée du Rhône, en quantité et en qualité. « Et une AOC, ça a un prix, notera Michel Chapoutier, qui conduit une stratégie de "prémiumisation" des vins de la vallée du Rhône depuis plusieurs années. Les AOC à 3,99 euros la bouteille, c’est fini. C’est le prix de la qualité, on assume et on ne changera pas notre orientation. »

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

* Pour ceux qui ont fait Allemand LV1, "die" veut dire mourir en anglais. Ce qui est nettement moins charmant que la commune drômoise Die, qui donne son nom à la clairette.

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Thierry Allard

31 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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