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FAIT DU JOUR Le bilan de la Feria par le préfet : « Ça continue de me stupéfier »

Le représentant de l'État dans le Gard dresse un bilan chiffré de la sécurité et des secours durant la Feria de Nîmes.

Le préfet du Gard, Didier Lauga, nous a reçu dans son bureau ce mardi (Photo Corentin Corger)

Deux jours après la fin de cette édition 2019 de la Feria de Pentecôte à Nîmes, il est temps de dresser un bilan chiffré en terme de sécurité. Bagarres, alcoolémie, stupéfiants, hygiène, anti-corrida... Le point complet avec le préfet du Gard, Didier Lauga. 

Objectif Gard : La Feria de Pentecôte vient de se terminer sans incident majeur. Dans quel état d'esprit êtes-vous ? Soulagé ?

Didier Lauga : Soulagé, c'est le mot. Mais je n'étais pas très inquiet même s'il m'a semblé que la fréquentation était très forte, donc c'est toujours préoccupant. On avait mis des moyens importants avec au total plus de 540 policiers nationaux, 70 policiers municipaux et 200 agents de sécurité privée dans les bodegas. Cela fait au total 800 personnes mobilisées. C'est un très gros effort mais on est satisfait du résultat.

Le bouclage complet du périmètre festif semble gage d'une sécurité maximale ?

On peut le dire, en effet. On a eu une forte activité judiciaire pour des bagarres lors de la nuit de samedi à dimanche. Il y a eu huit rixes qui ont tout de suite été stoppées. Puis des interventions notamment pour des accidents comme à l'encierro de Saint-Césaire qui a dû être arrêté avec cinq blessés. Grosso modo, ça s'est bien passé. Un niveau global de sécurité a été garanti.

Quels sont les chiffres concernant l'alcoolémie ?

Il faut noter que l'on a enregistré plus de procédures cette année (278 contre 235 en 2018, NDLR) pour une hausse de 18%. Concernant l'alcoolémie, on a engagé 222 procédures contre 201 en 2018 (+6%). Cela dit, on observe que le niveau global d'alcoolémie est plutôt moins élevé que par le passé. On a eu plus de contraventions et moins de délits. 135 infractions contre 103 (+31%) pour les petits niveaux d'alcoolémie et pour les plus élevés qui passent en jugement : 87 contre 107 (-18%). Le taux record n'a pas été établi cette année (2,52 g/l). On a eu deux personnes qui étaient à 1,86 g/l. Ce sont quand même des chiffres alarmants. Pour résumer, on a plus d'alcoolémie mais plus légère.

"Totalement incompréhensible"

Photo Abdel Samari

Des procédures en hausse ! Pourtant les gens sont prévenus...

Je considère que ça reste des chiffres préoccupants. Les chiffres de la mortalité routière dans notre département ne sont pas bons pour l'année 2019. Nous n'avons pas eu d'accident mortel dans le week-end autour de la Feria. Il y en a eu un à Uzès mais sans rapport avec la Feria. C'est pour moi totalement incompréhensible qu'avec un contrôle annoncé et répétitif, autant de personnes se jettent dans le filet des gendarmes. Ce n'est pas un piège. D'une année sur l'autre, ça continue de me stupéfier.

Au regard du nombre de contraventions, on peut imaginer que les gens se croient dans la limite autorisée ?

Peut-être qu'ils ne mesurent pas ! Pourtant, la ville de Nîmes - ce qui est nouveau cette année - a signé la charte de prévention des fêtes votives que l'on a mise au point, déjà ratifiée par plus de 50 communes. Il y avait un stand où vous pouviez notamment mesurer vous-même votre taux d'alcoolémie. Il y a des gens qui peuvent se tromper mais quand vous avez pris des stupéfiants... Vous savez que ça reste quelque temps. C'est difficile de faire plus. C'est un gros déploiement de moyens mais le résultat est là. Il y avait aussi l'armée, la police ferroviaire.

Quels sont les autres infractions relevées ?

On a également beaucoup de stupéfiants : 93 dépistages réalisés pour 9 résultats positifs (37 pour 7 en 2018). Il y a aussi malheureusement une recrudescence de la conduite sans permis et trois personnes ont été mises en garde à vue pour refus d'obtempérer et outrage. On a aussi eu 20 contrôles d'établissements pour 16 avertissements émis et une mise en demeure. On a été amené à détruire 10 kilos de produits impropres à la consommation. Il y a eu des contrôles de la brigade spécialisée de la concurrence consommation et répression des fraudes sur les bars et restaurants avec deux PV dressés. Et quatre pour des commerces ambulants à cause de denrées insuffisamment réfrigérées. Enfin, six contrôles de taxi, dont un qui fera l'objet de suite. On a contrôlé un peu tout le monde. Quand on lance la réunion avant l'événement, la salle n'est pas assez grande (rires).

Avez-vous un bilan sur le nombre de secours effectués ?

Les pompiers ont effectué 43 interventions de secours et ont sauvé une personne aux arènes qui a fait une crise cardiaque. Plus de neuf missions incendie sont relevées. La Croix-Rouge a fait 411 interventions dont trois d'urgences vitales et 51 personnes évacuées vers le CHU avec une équipe avancée du Samu sur place. Ce n'est pas négligeable. L'État, la Ville et la justice étaient sur la même longueur d'onde pour garantir un niveau de sécurité élevé.

"Des renforts à hauteur de l'événement"

Il y a quand même eu la manifestation non déclarée des anti-corrida. Pour vous, elle a été bien maîtrisée ?

Celle de l'année dernière avait été très violente. On voulait éviter le renouvellement de cette expérience. Peut-être parce que l'on avait été assez efficaces les années précédentes, on n'avait pas pu nous donner de CRS en 2018. On était en sous-nombre avec les moyens du bord. Le résultat c'est que l'on avait eu, un affrontement très long (deux heures, NDLR) et très dur. On a évité ce scénario. Notre dispositif était là. En quelques minutes ça a été maîtrisé. Il y a eu quelques échanges de lacrymogènes et bombes au poivre, même moi j'ai versé quelques larmes. Une unité spécialisée a déployé un cordon hermétique et les a repoussés comme s'ils étaient pris dans une nasse et rejetés plus loin. Les manifestants sont restés sur place tout le long de cette corrida exceptionnellement longue. À force, ils ont fini par se lasser. Le bilan est de cinq gardes à vue : trois pour participations malgré les sommations, une pour violences sur représentant de l'ordre public et le dernier pour outrage et rébellion. Ils ont tous été remis en liberté et seront convoqués en justice le 12 novembre 2019. Par ailleurs, quatre manifestants ont fait l'objet d'un PV. Cette fois-ci j'avais des renforts à la hauteur de l'événement.

Au final, vous gardez un avis positif ?

Il n'y a pas trop eu de gênes. Même l'hélicoptère a été beaucoup moins présent. Il a volé moins bas et moins longtemps au-dessus des arènes. On a fait tout ce qu'on pouvait pour que la Feria se passe dans de bonnes conditions. Et pour l'avoir parcouru dans tous les sens, on n'avait pas l'impression d'être broyé sous les policiers.

Propos recueillis par Corentin Corger

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