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LE 7H50 du député Berta : « Sur la PMA, j’ai deux problèmes… »

Philippe Berta, député MoDem de la 6eme circonscription du Gard (Photo : DR/Objectif Gard)

Député MoDem de la 6e circonscription du Gard et généticien de métier, Philippe Berta s’apprête à réviser la loi bioéthique avec ses collègues de l’Assemblée. Une révision qui prévoit d’étendre à toutes les femmes, la fameuse PMA (Procréation médicalement assistée).

Objectif Gard : Quels sont vos dossiers du moment à l’Assemblée ?

Philippe Berta : Mes objectifs sont mixtes. Je suis toujours président d’une mission sur la préparation d’une loi concernant la recherche. Elle devrait être présentée au printemps pour revoir la façon d’élaborer des thèses, d’être recruté dans les métiers de la recherche… Ça m’occupe pas mal. Par ailleurs, les députés viennent de recevoir le pré-projet du gouvernement sur la loi de bioéthique. Sa révision commence en juillet.

Justement, vous êtes contre cette loi bioéthique. Pourquoi ?

Comme je l’ai expliqué dans une tribune publiée dans Libération, on mélange beaucoup de choses dans ce texte. On a des sujets de société et d’autres, qui relèvent purement de la science. Par exemple, on mélange la PMA avec le développement de la recherche en matière de tests génétiques pour soigner les patients demain.

Fécondation in vitro : la France à la traîne…

En quoi est-ce problématique ?

La recherche, ça va très vite. Des techniques ont vu le jour. Nous devons être réactifs et nous poser les bonnes questions. Or aujourd’hui, nous sommes obligés d’attendre plusieurs années, dans le cadre de ces révisions, pour justement nous poser ces questions.

Avez-vous un exemple précis ?

La France a été le premier pays européen à faire naître le bébé éprouvette, la petite Amandine. Aujourd’hui, nous sommes le plus en retard… Alors au lieu de parler d’étendre la PMA, interrogeons-nous plutôt sur notre taux de succès des fécondations in vitro (FIV *). C’est un véritable parcours du combattant pour les femmes !

C’est-à-dire ?

Un embryon sur deux n’a pas une composition chromosomique normale. C’est ce que l’on appelle un retard de règle chez les femmes qui veulent tomber enceinte de façon naturelle mais pour une FIV, ça signifie un échec. Le problème aujourd’hui, c’est que l’on ne s’autorise pas à regarder la composition chromosomique des embryons. La loi ne le permet pas.

Que faudrait-il faire d’après vous ?

Le calendrier de révision de la loi de bioéthique n’est plus en adéquation avec l’avancée de la recherche. On se bloque en attendant la prochaine fois. Faisons plutôt comme les Anglo-Saxons : prenons le problème et traitons-le immédiatement.

Faire tout de suite, n’est-ce pas prendre le risque de commettre des erreurs irréparables ?

Mais là, on ne fait rien ! Or aujourd’hui, il y a des techniques qui ont été élaborées comme celle de CRISPR-Cas9, découverte notamment par une française, Emmanuelle Charpentier. Vous avez des kits vendus à 500€ sur Amazone permettant de modifier ou de corriger un gêne dans un organisme. Et nous, on va en discuter plus tard… Alors qu’il faudrait de suite mettre en place des auditions et lancer le conseil national d’éthique.

Modifier les gènes, n’est-ce pas dangereux ? N’était-ce pas la volonté d’un certain Hitler qui ne voulait que des blonds aux yeux bleus ?

Il faut modifier l’ADN là où l’on veut le modifier, sur un gène défectueux d’un enfant atteint de la mucoviscidose. Trois millions de Français, principalement des enfants, souffrent de maladies rares ayant principalement une origine génétique. Alors l’idée, c’est de soigner la personne et non modifier son patrimoine génétique. Ça, ça s’appelle de l’eugénisme et c’est rigoureusement interdit !

« J’ai 50% de spermatozoïdes de plus que mon fils »

D’accord. Mais concernant la PMA, vous y êtes quand même favorable ?

Je ne vois pas pourquoi vous ajoutez « quand même. » Seulement j’ai deux problèmes non-résolus. D’abord, dans le projet de loi, la PMA sera le premier acte non-thérapeutique remboursé. Aujourd’hui, la PMA est prescrite comme un ultime recours pour un couple qui souffre de problèmes d’infertilité. Des problèmes qui ne cessent de croître en raison de notre environnement. Pour illustrer, j’ai 50% de spermatozoïdes de plus que mon fils aujourd’hui. Avec cette réforme, on est dans une PMA sociale.

En quoi "une PMA sociale" est-elle problématique ?

Une PMA, ça doit coûter environ 6 000€. Ce n’est pas grand chose au regard du désir d’avoir un enfant. On risque d’être rapidement confronté à une pénurie de donneurs.

Sans vous offensez, vous pourriez proposer vos spermatozoïdes puisque vous en avez beaucoup… 

Eh non ! On a plus le droit après 60 ans, la qualité se dégradant avec le temps.

Quel est le deuxième problème avec la PMA ?

La possibilité donnée aux femmes seules de faire un bébé. On sait aujourd’hui que la précarité touche les mères isolées. Au moindre coup dur, professionnel ou autre, c’est de suite la catastrophe. De même que la question des spermatozoïdes congelés de personnes décédées. Moi personnellement, je trouve ça glauque. Quand une femme seule veut vraiment un enfant, est-ce nécessaire de passer par un cursus médical ? Je ne pense pas…

Propos recueillis par Coralie Mollaret

coralie.mollaret@objectifgard.com

* La PMA (Procréation médicalement assistée) contient l’outil FIV (Fécondation in vitro) mais aussi l’insémination.

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Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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