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FAIT DU JOUR Frédéric Touzellier : « Après les incendies, Générac réapprend à vivre »

Un mois après les incendies et la mort du pilote Franck Chesneau, le maire de Générac, Frédéric Touzellier, revient sur ce dramatique épisode. Indemnisations, reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle ou reboisement... L'élu appelle à tirer les leçons du sinistre. 

Objectif Gard : Comment se sent Générac aujourd’hui ? 

Frédéric Touzellier : La commune a repris son quotidien. Elle réapprend à vivre normalement. Il y a toujours des personnes qui m’interpellent, c’est normal. Pendant les incendies, il y avait une peur légitime : on ne savait pas comment aller évoluer le feu avec le vent... Mais l’organisation que j'ai mis en place avec mes élus a bien fonctionné, permettant d'éviter les tensions.

« Un maire ne peut pas montrer ses peurs »

Avec un tel événement ce n'est pas évident…

Même si nous avions anticipé le risque incendie en déclenchant notre « plan de sauvegarde », on n’est jamais vraiment préparé. J’ai vécu une expérience compliquée, difficile. Nous sommes des êtres humains avec des peurs, comme celles que les flammes atteignent le village. Mais quand tu es maire, ton rôle n'est pas d'avoir peur. 

Justement, quel a été votre rôle ?

J’ai été impliqué dans les décisions au poste de commandement. Avec mes élus, nous gérions la logistique au château de Générac où étaient regroupés 600 pompiers et 100 gendarmes. Le maire, c'est le garant des biens et des personnes. Aujourd'hui, l’incendie est terminé mais il faut panser les plaies : reconnaissance en catastrophe naturelle, indemnisation des agriculteurs, déboisement et reboisement… 900 hectares sont partis en fumée, dont 300 hectares d'arbres !

(Photo Anthony Maurin).

Que retenez-vous de cet épisode ?

La grande solidarité du village. Plusieurs personnes nous ont apporté des denrées. La commune a acheté pour 7 500€ de nourriture dans les commerces locaux. La ville de Nîmes ainsi que la Communauté de communes de Petite Camargue nous ont  fourni quelques repas. D’ailleurs pendant l’incendie, le maire de Nîmes, Jean-Paul Fournier, et le président du Département, Denis Bouad, sont venus sur place.

Cette expérience vous a-t-elle transformé ? 

Elle m’a permis de prendre du recul, de relativiser sur certaines situations. Pour trouver la meilleure solution à un problème, l’apaisement est primordial. Pour moi, le métier de maire reste formidable. Quand tu es élu, c’est que tu l’as voulu. Alors, tu prends le bon et le moins bon.

Le don d’Alliance anti-corrida refusé

Ce que vous ne prenez pas, en revanche, c’est le don de 1 000€ de l’Alliance anti-corrida. Pourquoi ?

L’association a présenté ce don comme une sorte de récompense, liée au fait que j’ai arrêté d’organiser, il y a six ans, le concours Graines de toreros. Pour autant, je ne l’ai pas arrêté parce que je suis anti-corrida. J’estimais simplement que ça n’apportait plus grand chose à ma commune. Moi, j’aime la tauromachie. Alors, j’ai invité l’association à donner cet argent aux pupilles des pompiers.

Concernant les causes de l’incendie, deux informations judiciaires ont été ouvertes. Qu’en attendez-vous ?

S’il y a délit, il faut que le coupable soit retrouvé et puni. Pour moi, l’incendie est criminel en raison des départs de feux successifs qui se sont produits. Nous attendons un jugement à la juste valeur des dégâts commis.

Vous avez rempli un dossier de reconnaissance en catastrophe naturelle. Où en est la procédure ? 

J’attends la réponse écrite du préfet à la rentrée. Si c’est accordé, ça permettra une meilleure indemnisation des pertes d’exploitation des agriculteurs. Grâce au guichet unique que nous avons mis en place dans la commune, 70 dossiers ont été déposés. Les experts passent en ce moment sur les exploitations. Cette reconnaissance permettra aussi de nous aider financièrement sur le déboisement et le reboisement. 

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner à son arrivée à Générac (Photo : Anthony Maurin)

Une réunion s’est tenue récemment avec l’ONF (Office nationale des forêts). Comment réparer les dégâts provoqués sur la faune et la flore ? 

Comme je vous l'ai déjà dit, sur les 900 hectares qui ont brûlé, il y a 300 hectares d’arbres. Pour réparer les dégâts, deux phases doivent être respectées : d’abord le déboisement, en coupant les arbres qui ne repartiront plus. À l’issue, nous devrons attendre plusieurs années avant de replanter. L’expérience montre que si l’on replante trop vite, il faut irriguer massivement et les broussailles empêcheront les arbres de pousser. 

4 M€ pour reboiser Générac

Avez-vous une idée du coût du reboisement ?

Pour le reboisement, un hectare de bois replanté c’est 15 000€, soit environ 4,5 M€. Sur ces 300 hectares concernés, 70 relèvent du domaine public et le reste appartient à des propriétaires privés. Une réunion publique est organisée le 25 septembre en mairie avec l’ONF, les agriculteurs et les propriétaires fonciers. 

L’automne et ses pluies devraient arriver fin septembre. Y a-t-il des risques de coulée de boue ou d’inondation ?

Oui, comme nous sommes sur une problématique de ruissellement, on risque d’avoir des glissements de terre. Pour le moment, il n’y a pas grand chose à faire si ce n’est de travailler sur le déboisement et la mise en place de paliers sur les collines.

(Photo Anthony Maurin)

Le risque incendie devient un risque à part entière. Y a-t-il une politique plus poussée à imaginer à l'avenir ?

Oui, je pense. J’ai demandé, dans le courant de l’automne, l’organisation d’une table ronde en préfecture avec tous les acteurs. Il y a peut-être une stratégie à élaborer avec des chemins plus larges pour faciliter le passage des secours et un plan global pour le reboisement. Aujourd'hui, des questions se posent. 

Coralie Mollaret

coralie.mollaret@objectifgard.com

Et aussi : 

Des dons pour la ville et les pompiers. La ville de Générac a récolté 5 500€ pour les pupilles des pompiers. Parallèlement, la commune va faire appel à des partenaires privés et publics pour financer son plan de déboisement/reboisement. Un don de 1 000€ a été opéré par un artiste local soucieux de conserver l'anonymat.

L'image : une genette, brûlée par les flammes. 

Ce petit mammifère carnivore nocturne n’a pas survécu à l’incendie de Générac (Photo : droits réservés)

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Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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