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FAIT DU JOUR Lucas Deaux : « Il vaut mieux dire des conneries, plutôt que de ne rien dire »

Lucas Deaux face à Brest aux Costières (photo Anthony Maurin)

L'ancien milieu de terrain du l'En Avant de Guingamp est à Nîmes depuis quelques semaines et il est déjà bien installé dans le dispositif des Crocos. Le nouveaux nîmois se livre et il parle de son rôle de père de famille, de l'amitié, de sa carrière, de pétanque, même de religion et de valeur du travail. Alors que les footballeurs ont un discours de plus en plus formaté, Lucas Deaux est un des derniers à parler sans filtre, à l'ancienne.

Objectif Gard : Vous êtes à nouveau papa depuis quelques jours et vous êtes titulaire avec les Crocos, en ligue 1. La vie est belle ?

Lucas Deaux : Du moment que ça se passe bien dans ma vie personnelle, c’est le principal. Il faut essayer d’être heureux, c’est ce que j’avais un peu perdu la saison dernière à Guingamp.

Pour quelle raison ?

Au niveau du foot, cela ne se passait pas comme je voulais. Il n’y avait pas que du mauvais à retenir, mais l’ambiance était pesante. Ça me fait du bien de découvrir un nouveau challenge, même si je ne choisis pas la facilité puisque je rejoins une équipe qui joue le maintien. Mais le fait de repartir sur un nouveau projet avec des nouvelles têtes et dans un nouvel environnement, ça peut faire du bien au moral.

On a l'impression que vous êtes déjà indispensable dans cette équipe nîmoise...

À part Ronaldo et Messi, aucun mec n’est indispensable. Tous ceux qui partent sont remplaçables et remplacés.  Quant à mon intégration, elle s’est super bien passée grâce au groupe. Ils m’ont très bien accueilli. Ils m’invitent à manger et à assister à la corrida. C’est peut-être le meilleur accueil de ma carrière.

« Les bonnes notes flattent et les mauvaises touchent »

C’était votre première corrida ?

C’est une belle découverte. J’avais un peu d’appréhension mais je vois plus cela comme un événement que comme une mise à mort banale.

Comment jugez-vous vos débuts chez les Crocos ?

Je me suis bien intégré dans le milieu de terrain. J’essaye de faire ce que me demande le coach et d’apporter de la sérénité parce qu’il y a beaucoup de fougue. Je suis content car on a que des résultats positifs. On a fait des matches consistants même si à Dijon c’était poussif.

Suivez-vous vos statistiques et vos notes dans la presse ?

Non, je n’y accorde aucune importance. Je n’ouvre jamais un journal et ne lit pas les articles. Mes proches savent qu’il ne faut pas m’en parler parce que je ne veux pas être influencé, du bon et du mauvais côté. Tout homme est influençable. Les bonnes notes flattent et les mauvaises touchent. Je veux avoir mon propre ressenti et je reçois les louanges avec beaucoup de recul.

Lucas Deaux est déjà apprécié des supporters nîmois (Photo Anthony Maurin).

Vous êtes un des joueurs le plus expérimentés du groupe. Votre mission est-elle aussi de guider les plus jeunes ?

Oui, je n’ai aucun problème à prendre la parole et à guider un coéquipier. Mais j’essaye de parler aux mecs comme j’aurais aimé que l’on me parle à leur âge. Ce n’est jamais simple car chacun a son tempérament et chaque situation de match est différente.

Comment vous y prenez-vous ?

Je pars du principe que si je fais des remontrances ou si je le félicite un gars, j’accepte en retour que lui en fasse autant avec moi.

Même s’il a moins d’expérience que vous ?

Ce sont des foutaises tout ça. L’expérience ça doit servir à cadrer les mecs et à gérer les situations où on sent que ça peut tourner du bon ou du mauvais côté.

« Quitte à se tromper, autant beaucoup donner »

Avez-vous un exemple récent ?

À la mi-temps à Monaco (le Nîmes Olympique était mené 2-0, NDLR), Zinou (Ferhat) commençait à s’impatienter. Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter et qu’il ne fallait pas prendre un troisième but. J’ai aussi dit que si nous marquions, la tendance pouvait s’inverser. Finalement, il met deux passes décisives et on fait 2-2. Je ne dis pas que j’ai influencé son match, mais peut-être que je lui ai apporté plus de sérénité. Peut-être que cela n’a rien changé mais au moins j’ai fait passer le message. Je pars du principe qu’il vaut mieux dire des conneries plutôt que de ne rien dire. Après, il y a des non-dits, des mauvaises interprétations. Ça instaure un mauvais climat et c’est mauvais pour tout le monde.

Comment est l’état d’esprit à Nîmes ?

Je l’apprécie parce qu’il me ressemble beaucoup. Quitte à se tromper autant beaucoup donner.

Si vous voyez un joueur qui se cache sur le terrain quelle est votre réaction ?

Peut-être qu’il est fatigué. J’essaye, quitte à me mettre en difficulté, de me rendre disponible. Mais je peux comprendre que certains ne veulent pas le ballon parce qu’ils ont besoin de récupérer ou qu’ils ne sont pas en confiance.

L'expérience à Guingamp ne s'est pas bien terminée pour Lucas Deaux [Photo via MaxPPP]
Que pensez-vous du potentiel des Crocos ?

Il y a beaucoup de qualité et de la fougue. Je préfère ça que de la nonchalance et du je-m’en-foutisme. J’aime mieux avoir des mecs qui ont un peu moins de qualité mais avec de la générosité, plutôt que les gars qui ont un talent exceptionnel mais qui ne s’en servent qu’à 20%.

Êtes-vous un joueur atypique ?

J’ai toujours eu une vie simple mais heureuse. Je remercie mes parents de m’avoir apporté cette éducation car je m’aperçois qu'elle me sert tous les jours. Je suis complètement normal. Vous allez me croiser au bowling. Je fais mes courses à Carrefour comme tout le monde. Je ne suis pas Neymar ou Mbappé. Les gens me décrivaient comme atypique avant parce que je parlais crûment. J’avais souvent des punchlines non maîtrisées car je laissais mon cœur parler. Mais je me suis rendu compte que l’on faisait plus attention à ce que je disais qu’à ce que je faisais. J’ai envie d’être jugé sur mes qualités de footballeur.

Quelles sont les valeurs que vos parents vous ont inculqué ?

Le respect. J’y apporte une grande importance. On peut se dire les choses, on peut s’insulter, on peut aller loin, mais en se respectant. Se dire les choses c’est aussi se respecter. Mes parents m’ont aussi appris la simplicité, l’humilité et à beaucoup travailler.

« Dans 10 ans, plus personne ne me connaîtra »

Que devez-vous au travail ?

Au départ, je suis un joueur de ligue 2. Si je n’avais pas travaillé, je n’aurais pas pu jouer en ligue 1. Peut-être ma carrière aurait-elle été plus courte.

Que souhaitez-vous que l’on retienne de votre carrière ?

Vous savez dans 10 ans plus personne ne me connaîtra. J’ai envie que l’on retienne l’homme. Que les gars avec qui j’ai joué disent : « j’ai bien aimé échanger avec lui, aller manger avec lui. Il m’a tendu la main. »

Qu’aurez-vous fait si vous n’étiez pas devenu footballeur ?

J’aurais bien fait kiné-ostéopathe. Pompier ça m’aurait fait kiffer. J’adore les baskets alors pourquoi pas dans la vente de baskets. Demain je suis capable de dire que je veux faire facteur. Il y a plein de trucs qui me plaisent. Mais ça c’était quand j’étais plus jeune.

« Quand tu tafferas de 6h à 18h à faire un taf de chien pour ramener un Smic, là tu seras fatigué »

Pourquoi ?

Parce que je veux me concentrer à 100% sur mon métier car cela demande beaucoup de concentration et d’implication. Je considère que si je pense qu’à moitié au foot, ma carrière va se terminer plus vite. J’essaye de profiter à 100%. J’ai la chance de voir grandir mes enfants, c’est mon plus beau cadeau. Ça me remplit de joie.

Vous considérez-vous comme un privilégié ?

Je vois autour de moi des gens qui bossent, partent au boulot tôt le matin et qui récupèrent les enfants à 19h. Finalement, ils n’ont pas le temps de les voir grandir. J’ai un de mes meilleurs amis qui est chauffeur de bus. Il se lève le matin à 5h et il finit le soir à 18h. Il me dit qu’il est crevé, ça permet de garder les pieds sur terre. Parfois sur le terrain, quand je suis crevé, je me dis : « quand tu tafferas de 6h à 18h à faire un taf de chien pour ramener un Smic, là tu seras fatigué. »

Comment réagissez-vous face à quelqu’un qui a un avis opposé au vôtre ?

Pour commencer, je veux toujours avoir raison. J’expose mes arguments, la personne en face expose les siens. Personne n’a jamais totalement tort ou raison. Parfois je repense à d’anciennes discussions, je me rends compte que j’avais tort.  Ce que je n’aime pas, ce sont la haine et les insultes.

« Je ne suis pas croyant mais ça ne m’a pas empêché d’aller à Jérusalem, au Mur des lamentations, pour me recueillir »

Peut-on parler de tous les sujets avec vous ?

Oui. Par exemple la religion. Je ne crois pas en la personnification d’un Dieu. Je crois en quelque chose mais je comprends le mec qui va faire sa prière cinq fois par jour ou quelqu’un qui va aller à l’église le dimanche. Je ne suis pas croyant mais ça ne m’a pas empêché d’aller à Jérusalem au Mur des lamentations pour me recueillir. Ce n’est pas parce quelqu’un n’est pas de mon avis que c’est un con. En revanche, si on s’en prend à ma famille, là je ne vais pas être d’accord.

Comment se passent ces premières semaines à Nîmes ?

Très bien ! Il faut s’adapter à la chaleur. J’en profite pour me reposer un maximum car quand ma famille va me rejoindre, ça va être un autre rythme à prendre. Je suis content de redécouvrir une ville. Mine de rien, en Bretagne c’était hyper compliqué. Il y avait des beaux endroits à visiter. C’est sympa quand il fait beau mais il faisait gris et il pleuvait. Ça ne mettait pas dans des bonnes dispositions. Je suis tellement heureux de pouvoir rebondir ici.

Comment occupez-vous votre temps libre ?

En priorité, c’est de m’occuper de mes enfants. Je veux que ma fille ne se prenne pas la tête, qu'elle progresse et apprenne des choses. Je veux l’éloigner des écrans, qu'elle joue avec des puzzles. J’aime beaucoup jouer aux jeux de société. Je peux y passer des journées entières. Je vais initier Anthony Briançon à des jeux qu’il ne connaît pas. J’aime aussi la pétanque, les cartes, le palet breton, les jeux vidéo et regarder des séries.

Lucas Deaux est invaincu avec le Nîmes Olympique (photo Anthony Maurin)

À la pétanque, êtes-vous plutôt tireur ou pointeur ?

Je suis plus pointeur, dans la finesse. J’ai joué avec Anthony, ça s’est bien passé. Je ne suis pas un grand joueur mais je connais les règles : il faut mettre la boule près du cochonnet. Ça me rappelle le camping dans ma jeunesse. Ça crée des liens.

Êtes-vous un bon ou un mauvais perdant ?

Un très mauvais perdant ! Je ne supporte pas de perdre. Ça ne va pas mettre à mal une amitié mais je peux être rancunier pendant quelques jours.

Propos recueillis par Norman Jardin

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