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NÎMES Quelques heures à la maison d’arrêt…

(Photo Anthony Maurin).

Annie Chapelier, députée de la 4ème circonscription du Gard a visité la maison d'arrêt de Nîmes. « C’est important que vous, journalistes, soyez là pour rapporter cela car c’est le seul moyen pour vous de rentrer dans cet univers crypté, voire caché. Nîmes connaît une situation insupportable. »

Une maison d’arrêt n’est en aucun cas un centre de détention. Ici, les peines sont plus courtes avec une moyenne de quatre mois mais 50% des détenus ne sont en fait que des prévenus… C’est déjà bien plus que la moyenne nationale.

Même si c'est la plus surpeuplée de France, la maison d’arrêt est bien étudiée, heureusement ! Les détenus sont placés sur quatre niveaux qui fonctionnent en paire. Les niveaux 1 et 2 ont une visibilité l’un sur l’autre, tout comme les troisième et quatrième étages. Cela a pour effet de rassurer les personnels pénitentiaires et de ne pas inquiéter les détenus.

Ne perdons pas la clé

Kamel Guermaz, formateur du personnel, sera notre guide durant la visite. C'est un peu le maître des clés. Une clé perdue ? 100 000 euros de frais pour changer le système de serrures ! 25% des détenus actuels ont moins de 25 ans et seuls 25% des détenus travaillent à la maison d’arrêt. Ils sont principalement placés au quatrième étage.

(Photo Anthony Maurin)

Dès l’entrée, on passe devant le greffe, à la fouille, à la régie compte nominatif pour y laisser ses valeurs puis la première lourde grille s’ouvre sous un bruit électronique et un cliquetis peu agréable à l’ouïe. Le détenu passe par un couloir bicolore aux tonalités grises puis il arrive face à une grille bleue sur un sol granité. De là on dispatche les cas…

Quartier des femmes

Tous les quartiers se ressemblent et sont conçus de la même manière. Ils sont juste plus ou moins grands. Ce bloc est composé de 19 cellules et d’une nurserie. Aujourd'hui, elle est occupée par une maman et son petit. Le quartier des mineurs a été remplacé par celui dit des "arrivants".

Chez les femmes, une forte odeur de parfum se dégage de l’atelier ESTEBAN où des détenues, payées à la pièce, créent des coffrets de pierres odorantes. La parole est libre, les regards changeants. Les ciseaux, pinces et tenailles sont sous clé.

(Photo Anthony Maurin)

À proximité de l’atelier, la bibliothèque, plus lumineuse que celle des hommes. On peut y aller du lundi au vendredi. La vue donne sur la promenade. Les murs sont peints de fresques et ornés de têtes de femmes célèbres. Une convention a été passé avec le Carré d’art pour les livres. Les détenues peuvent emprunter un ouvrage pour le lire en cellule.

Au premier étage, les cellules. Du rose, beaucoup de rose. De la lumière, pas mal de lumière blanche. De la musique à travers les portes et des cellules de 9m², comme partout ailleurs mais cette fois avec douche intégrée, comme rarement ailleurs. De l’œilleton extérieur, le personnel pénitentiaire peut avoir vu sur la chambre mais aussi sur la douche.

L’unité sanitaire en milieu pénitentiaire

C’est ici qu’entre 90 et 120 détenus passent chaque jour. C’est un véritable petit hôpital dans la maison d’arrêt. Il y a des médecins, des infirmières, des psychologues et psychiatres, un dermatologue, un dentiste, une salle de radiologie. En tout, une douzaine de personnes œuvrent à la bonne santé des pensionnaires.

Qui dit bonne santé, dit un souci de moins à gérer et des tensions évitées. Une équipe qui n’a pas de très bonnes conditions de travail mais qui pourtant fait des miracles avec 20% des détenus qui ont des problèmes psychiatriques. C’est d’ailleurs par ce service que passe chaque détenu dès son arrivée dans les murs de la maison d’arrêt.

Quartiers disciplinaire et d’isolement

Six cellules sont allouées aux peines disciplinaires qui sont actées à la maison d'arrêt comme dans un vrai tribunal mais dans les murs de la prison. Dans les pièces, tout le mobilier est fixé au sol ou aux murs mais les détenus ne peuvent y rester qu’un maximum de 30 jours.

(Photo Anthony Maurin)

Des inscriptions fleurissent les six côtés de la boîte sombre, des calendriers gravés aux murs, des messages injurieux ou poétiques : il y en a pour tous les goûts. Une heure de promenade quotidienne, une douche tous les deux jours et un parloir par semaine. Les deux grilles qui obstruent l’entrée sont lourdes. Des toilettes de fortune, un lit en métal avec un matelas plastifié, une table et son tabouret en béton et une fenêtre aux carreaux brisées et à la triple protection (barreaux) viennent rajouter un peu de glauque à ce lieu déjà sinistre.

À l’étage, une petite salle de musculation avec un banc, un vélo d’appartement, une barre de tractions et une bibliothèque aussi petite que celle d’un enfant de six mois. Toutefois, les détenus peuvent toujours demander le catalogue de la grande bibliothèque et se faire apporter les livres qu’ils désirent.

Pour les cellules d’isolement, c’est autre chose. Un lit, une table et sa chaise en plastique, une armoire, un lavabo et des toilettes. Le frigo et la télévision sont accessibles contre 18 euros mensuels. C'est en quelque sorte le quartier VIP de la maison d'arrêt. Celui des médiatiques ou des " à risque ".

Quartiers des arrivants

Au rez-de-chaussée, la partie administrative. Depuis la labellisation de la maison d’arrêt cette zone a bien changé. Auparavant on y trouvait le quartier des mineurs. Aujourd’hui, les arrivants passent par là, y rencontrent le docteur et le chef du secteur. Une salle de visioconférence est aussi de la partie pour savoir où se fera leur avenir et les cellules sont identiques à celles que l’on peut trouver dans le bloc des femmes.

Et le reste…

En détention, la religion, c’est comme la liberté, ça ne s’oublie pas. À Nîmes, la maison d’arrêt a une salle cultuelle et les sept cultes ont droit à leurs aumôniers. Une salle polyvalente, qui peut accueillir une cinquantaine de personnes, sert à des ateliers culturels et à des animations variées. C’est le seul endroit où hommes et femmes peuvent être réunis un bref instant.

Parlons des parloirs. Rénovés en 2018, ils peuvent accueillir 22 personnes mais l’acoustique y est improbable. Les chaises en plastique font du bruit, ça résonne. Nous ne sommes que six à parler calmement et pourtant on ne s’entend pas ! Quelques boxes sont disponibles, sous conditions, pour les familles ayant un enfant de moins d’un an ou pour une rencontre avec les avocats.

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis plus de dix ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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