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NÎMES Christophe Borgus : « Du Gard, je garde des souvenirs émus »

Christophe Borgus, directeur de cabinet du Prefet Didier Martin, part rejoindre la place Beauvau à Paris. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)
Christophe Borgus, directeur de cabinet du Prefet Didier Martin, part rejoindre la place Beauvau à Paris. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

Christophe Borgus a quitté ses fonctions de directeur de cabinet du Préfet après le départ de Didier Martin, comme le veut la tradition. Il a rejoint ce week-end la place Beauvau en tant que conseiller au cabinet du directeur général de la Police nationale, le préfet Jean-Marc Falcone. Ce jeune énarque de 27 ans a accordé un entretien à objectif Gard et fait le point sur ses 21 mois de service.

Objectif Gard. Vous quittez vos fonctions après 21 mois comme directeur de cabinet du Préfet Didier Martin. Vous vous attendiez à cette nomination ?

Christophe Borgus. Oui, généralement ces nominations durent 24 mois, un peu plus ou un peu moins. 21 mois cela laisse quand même le temps de se mettre dans les dossiers, mais aussi un peu de frustration. C'est la règle du ministère de l'intérieur, on le sait. On a vocation à partir tous les deux ans dans tous les coins de la France.

Ce n'est pas un peu court deux ans ?

La continuité de l’État est assurée et à chaque changement du corps préfectoral, on passe plusieurs jours avec son prédécesseur pour discuter des dossiers. Les missions sont passionnantes, le revers c'est l'engagement et l'investissement. Des nuits de 4 à 5h sur une vingtaine de mois, on comprend la fatigue psychologique qui arrive. Ça a été intense, j'ai passé deux étés dans le Gard, une période où il s'y passent énormément de choses et malheureusement on n'a pas été épargné par les épisodes cévenols en 2014 qui ont été inédits par leurs successions d'alertes orange et rouge. La fatigue accumulée fait que cette période de deux ans qui s'achève est nécessaire pour apporter du changement et assurer une continuité, un regard neuf.

Comment se passe le relais avec votre successeur ?

Il arrive plusieurs jours à l'avance, dans l'ombre tant que le décret de nomination n'est pas publié. Mais il est là en amont pour que l'on passe du temps ensemble et faire en sorte que le tuilage soit effectif. Au sein d'une préfecture, il y a le directeur de cabinet mais également toutes les équipes derrière qui appuient aussi ce relais. Ce n'est pas un handicap mais plutôt une bonne chose, quand on a la tête dans le guidon et que l'on reçoit 150 appels et 300 mails par jour, le fait qu'une personne avec un regard neuf reprenne le flambeau, avec de la hauteur de vue, c'est positif. Si cette personne constate que le travail a fonctionné, elle assurera la continuité. Si ce n'est pas le cas, elle peut diriger les choses vers d'autres pistes.

Quels souvenirs vous garderez du Gard ?

Des souvenirs émus, autant dans le côté positif que négatif. Je suis très attaché à ce territoire. Au début quand on ne connait pas, on se pose des questions, mais après presque deux ans je suis devenu très attaché avec mes collègues de travail, au lieu. Je suis tombé amoureux des Cévennes où j'aimais faire des randonnées pendant mes quelques week-ends de libre. Les 4 000 marches de Valleraugue sont exceptionnelles, faire du vtt en Camargue jusqu'à la mer....c'est comme cela aussi que l'on découvre notre territoire, bien sur que l'on est emmené à rencontrer au cours d'une journée 30 ou 40 personnes, mais c'est aussi en faisant l'effort sur son temps personnel. Ce département recèle de beauté, il y a la montagne et la mer, ce qui est rare. Le bassin alésien aussi me tient à cœur étant originaire du bassin minier du Pas de Calais, je retrouve les mêmes caractéristiques. C'est ce qui fait la force de ce département.

Avec le Préfet Didier Martin quels souvenirs vous gardez de votre travail commun ?

J'ai eu la chance d'avoir un excellent Préfet, c'était le premier avec lequel je travaillais pour une missions aussi longue. C'est un très grand Préfet, un très grand monsieur, tant sur le plan humain que professionnel. Tout ce qu'il m'a appris pendant mon passage dans le Gard, j'essaierai de le réitérer. J'étais à très bonne école et je lui en suis très redevable pour la suite.

Comment parvient-on à s'imposer dans ce milieu en étant aussi jeune ?

Avant tout il faut faire preuve d'humilité, quel que soit l'âge. Il faut se reposer sur les personnes expérimentées lorsque l'on arrive sans connaitre les dossiers. Cela serait une erreur de penser tout savoir. Que cela soit avec le directeur départemental de la sécurité publique, le colonel Simonet ou Lacroix, j'ai vraiment pu bénéficier des expériences des uns et des autres car ils me mettaient dans les bonnes conditions pour prendre les bonnes décisions. Je leur en suis très reconnaissant. À propos de mon âge, c'est un métier où il faut être actif et en forme physiquement. Dans la société on réclame du renouvellement et de la fraîcheur. C'était le cas avec mon prédécesseur, ça l'est avec mon successeur. On est jeune, motivé, humble mais déterminé à aider le département.

La vie d'un jeune directeur de cabinet, elle ressemble à quoi ?

Notre fonction nous oblige à garder les pieds sur terre, que l'on rencontre des agriculteurs en colère ou des chefs d'entreprise en difficulté, des élus locaux, des journalistes, c'est une vraie richesse. C'est important de le faire perdurer. Une journée type commence vers 6h30 du matin, j'aime commencer par faire du sport. Les premiers appels arrivent vers 7h, on finit la journée vers 22h ou 23h en fonction de l'actualité. Pour exemple, en octobre 2014 on a passé 25 jours en cellule de crise et quasiment la moitié des nuits blanches. Mais il faut aussi se ménager des moments de pause, avec deux ou trois journées "off" par mois.

Vous disiez dans une précédente interview que vous étiez passionné de jazz et de soul...

Oui, le football et le sport également. Je collectionne beaucoup de vinyles. Beaucoup de sous-préfets ont des passions inavouées, certains ont des plaisirs plus conventionnels comme la lecture ou le théâtre. Quel que soit l'investissement de son travail, on a besoin de moments de pause à l’extérieur, chacun à son jardin secret.

Le jazz et la soul ont porté des mouvements contestataires à différentes époques, est-ce que cela vous permet d'avoir de l'empathie ?

Derrière la musique, il y a quelque chose. Quand vous entendez chanter Billy Holliday, ce n'est pas juste sa voix, mais c'est son âme. Ces musiques sont nées de contestations sociales pour les noirs américains. Cela véhicule des valeurs intéressantes et permet de vivre avec son temps. L'administration n'est pas quelque chose de figé, à nous qui sommes en poste de faire évoluer le métier tout en ayant le même respect pour la fonction.

Vous partez place Beauvau, un nouveau challenge ?

Je m'attendais à devoir partir dans les prochains mois. Je suis très honoré d'avoir été appelé à la DGPN vues les circonstances de 2015. Je suis passionné par ces thématiques de sécurité publique, les relations entre la police et les populations, l'implantation des commissariats et tout ce qui est lié au terrorisme et à la radicalisation. Ce sont des missions à enjeux et je suis d'autant plus fier d'avoir été nommé à ce poste-là. C'est une évolution positive pour moi et j'espère pouvoir mettre à profit ma petite expérience de directeur de cabinet ici.

Comment avez-vous décrit le Gard à votre successeur ?

Je l'ai décris avec une forte identité, un fort caractère. C'est d'autant plus appréciable, car les relations sont franches et courtoises. Le principal conseil que je puisse lui donner, c'est d'être à l'écoute des gens. On ne réussit pas seul, et vue le nombre de dossiers qui tombent sur le bureau, c'est impossible. Il faut avoir une grande équipe derrière des gens remarquables, qui ne donneront jamais une interview à la presse, mais qui assurent la continuité du service public. C'est à eux qu'il faut rendre hommage quand un directeur de cabinet part.

Quels sont les dossiers les plus importants que vous lui laissez ?

Ce qui me tient à cœur, c'est la prévention des intempéries. On dit que le Gard a une culture du risque, ce qui est vrai. Mais il faut la faire perdurer et la créer pour les 10 000 nouveaux gardois qui s'installent chaque année et qui n'ont jamais vécu d'épisodes cévenols. Nous avons fait un gros travail avec la gendarmerie et les pompiers pour améliorer la communication préventive sur la gestion des intempéries. En matière de fêtes votives, ce sont les démarches d'accompagnement des mairies qu'avait initiées le préfet Didier Martin. On distribue des éthylotests, on propose des cessions de formation et des chartes de préventions pour engager tout le monde sur ce combat. Tout le monde souhaite que la fête se déroule dans les meilleures conditions possibles.

Où est-ce que vous vous voyez dans vingt ans ?

Au service des français. Je me vois servir l’État, la France. C'est indéniable. J'avais beaucoup d'autres voies possibles au début de ma carrière, j'ai choisi le corps préfectoral et l'administration, car on est animé par les valeurs républicaines et le sens de l'intérêt général. C'est très difficile pour nous d'aller autre part. Non pas que cela ne soit pas intéressant, mais il y a une diversité de poste incroyable au ministère. J'espère qu'il m'accordera toujours cette confiance pour pouvoir évoluer sur des postes divers et variés et quel que soit le département. J'ai eu plaisir à découvrir le Gard, j'y reviendrai personnellement en tant que touriste dorénavant.

 

Baptiste Manzinali

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Baptiste Manzinali

Diplômé de l'ESJ, passionné d'actualité en général, musique, football, cinéma, jeux vidéo et civilisations anciennes.

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