Sur les stands de l'Esplanade, trois créateurs gardois incarnent à leur manière cette résistance au tout-industriel. Agnès, céramiste depuis 1998 sous la marque Atelier Terre du Roi au Grau-du-Roi, propose des pièces inspirées de la Provence et de la Camargue, poissons, taureaux et cigales en céramique, distribuées dans les offices de tourisme de Palavas et du Grau-du-Roi. Elle observe une évolution contradictoire du marché. "Les Français font attention au local maintenant, mais le pouvoir d'achat n'est pas au rendez-vous. On est tenté d'aller trouver moins cher, et peut-être de moins bonne qualité. Mais il y a aussi la reconnaissance des gens qui voient qu'on fait à la main et qui passent le cap de nous acheter, même si c'est plus cher, parce qu'ils savent qu'ils n'auront pas le même produit ailleurs."
Des créateurs qui défendent le fait main face aux géants du e-commerce
Luc, créateur de bijoux contemporains en argent sous la marque Tawouret, défend lui aussi la valeur de la pièce unique. "Le bijou que vous allez porter chez Tawouret, c'est votre bijou. Il n'y en a pas deux identiques. Ce ne sont pas des pièces fabriquées en usine ou en Chine comme tous les bijoux qu'on voit un peu partout." Il salue au passage l'initiative régionale. "La CMA et la région organisent les événements Fabriqué en Occitanie, ça donne un vrai coup de boost pour les artisans comme moi pour se faire connaître sur toute l'Occitanie."
Troisième exposante : Céline est la Nîmoise à l'origine de la marque Macracantha Création, créée il y a trois ans, qui travaille le textile en mode upcycling : sacs bananes, nœuds papillons, ceintures et porte-monnaie en wax, tissu africain ou denim recyclé. Elle porte un message clair sur la nécessité de consommer différemment. "Il y a des gens qui commencent à avoir plus cette conscience en se disant qu'ils préfèrent acheter moins de choses mais plus locales et éthiques. Il faut que les gens comprennent qu'il faut partir sur la slow fashion et arrêter de consommer pour consommer."
Un savoir-faire à perpétuer
Si les trois artisans s'accordent sur la valeur de leur travail, ils pointent tous la même difficulté : convaincre les consommateurs de passer à l'acte face à la concurrence des plateformes en ligne et des produits importés. Luc nuance toutefois le tableau. "Parmi les événements de type marché de créateurs, il y a de vrais créateurs et il y a aussi des revendeurs. Il faut faire un tri." Un appel implicite à mieux distinguer, dans ces grands rassemblements, l'artisanat véritable du commerce déguisé.
La tournée "Fabriqué en Occitanie" se poursuit dans les prochaines semaines dans les autres départements de la région.