NÎMES Les collèges face au défi de la mixité

Photo d'illustration de collégiens à la rentrée 2016 (Photo : Coralie Mollaret.

Photo d'illustration de collégiens à la rentrée 2016 (Photo : Coralie Mollaret)

À la rentrée 2018, environ 700 collégiens nîmois seront envoyés dans un autre établissement. Objectif : favoriser la mixité sociale, gage de réussite et d’intégration dans la société. 

Officiellement, ils rendront leur copie en décembre. « Ils », ce sont le Rectorat, le Département, l’Agglomération Nîmes Métropole et la Ville. En 2016, ces acteurs ont souhaité s’impliquer dans une « expérimentation de la mixité sociale » proposée par l’ex-ministre de l’Éducation, Najat Vallaud-Belkacem. En ce début de période estivale, les grandes lignes du projet ont été dévoilées : 8 des 16 collèges nîmois sont concernés*. 

Voyants au rouge

Un diagnostic du territoire a d'abord été établi.  La rectrice de l’académie de Montpellier, Armande Le Pellec Muller évoque l’IPS (l’Indice de Progrès Social). Il tient compte du niveau de diplôme des parents, des conditions matérielles de la maison ou encore de l’ouverture culturelle. Les chiffres sont alarmants : les 16 collèges nîmois (public/privé confondus) sont neuf points en-dessous de la moyenne départementale. Quand on compare les collèges publics et privés à Nîmes, l'écart est de 60 points ! En clair : les collégiens nîmois aisés ne côtoient pas leurs camarades des classes populaires.

700 collégiens concernés

Pour réussir le chantier de la mixité sociale, il faut le bon outil. Choix a été fait de jouer sur la sectorisation. C’est-à-dire, l'affectation d'un collégien par rapport à son lieu de résidence. À la rentrée 2018, 700 élèves issus de 8 collèges nîmois (Diderot, Condorcet, Feuchères, Capouchiné, Rostand, Verne, Mont Duplan, Révolution) changeront d’affectation. Les établissements à l'est de Nîmes (Les Oliviers, Romain Rolland et Jules Vallès) ne sont pas concernés par le projet, ni les lycées. En 2019, le nouveau collège Jules Vallès devrait proposer de nouvelles formations pour être plus attractif. 

Quel projet ?

« Nous sommes encore dans la théorie » précise le Rectorat, soucieux de ne pas entrer dans les détails. Une précaution pour ne pas effrayer les parents d’élèves ? Ou déclencher le courroux des syndicats, consultés à partir de septembre ? Une chose est sûre : on ne sait pas grand chose sur le devenir de ces 700 collégiens. En concertation avec la Ville, une école pourrait avoir deux collèges d’affectation. Concernant Condorcet (Pissevin), l'option de désengorger l'établissement a été retenue.

Sur la fermeture de Diderot (Valdegour), les 270 élèves seront réaffectés en partie « à Jules Vernes qui, accueillera aussi des élèves de Jean Rostand. » La label REP+ dont jouissait Diderot « pourra être donné à un autre établissement de la ville qui ne l’avait pas aujourd’hui. » 

Côté privé, les quatre collèges accueilleront 40 élèves, issus de familles plus modestes, « sans augmenter leur effectif.» 

Sévérité sur les dérogations

Elles nuisent à la mixité sociale, permettant aux parents de placer leur enfant dans l’établissement de leur choix. Élue à Nîmes en charge de l'enseignement scolaire, Valérie Rouverand reconnaît : «Nous sommes confrontés aux comportements de familles qui ne veulent pas se mélanger. » L'académie assure qu'elle sera désormais plus sévère : « les dérogations seront accordées en accord avec les textes (handicap, raisons médicales, bourses…). Pour la rentrée 2017 en sixième, sur les 343 demandes de dérogation, 115 ont été accordées. Ça n’avait jamais été fait ! »

La mixité sociale, pour quoi faire ?

Un projet n’a de sens que lorsqu’il est compris et partagé. La mixité sociale est toujours un sujet délicat. Pourtant, Armande Le Pellec Muller l’assure : « c’est dans la diversité que l’on réussit le mieux. Elle permet de s'enrichir mutuellement, tout le monde y gagne. Ça s’appelle la République française ! » Le collège, l'un des leviers de la mixité sociale. D'autres sont à activer (logements, transports...) dans le cadre du nouveau projet de renouvellement urbain.  

Coralie Mollaret

*Les 8 collèges nîmois représentent 4 240 élèves sur les 8 400 que compte la commune.

Lire aussi : FAIT DU JOUR Rénovation urbaine : les habitants appelés à l’ouvrage

Partager