Objectif Gard : Quels souvenirs vous restent-ils de ce fameux Saint-Étienne – Nîmes Olympique de 1976 ?
Hervé Revelli : Ce sont les aléas du football. C’est sûr que l’on en a fait tout un drame parce que derrière il y a eu la finale de la coupe d’Europe.
Daniel Sanlaville : C’était un match décalé et nous n’étions pas favorables à jouer cette rencontre car nous craignions justement qu’il se passe ce genre de problème. Mais c’est Robert Herbin qui a voulu, parce que cela faisait quinze jours que les Verts n’avaient pas joué. Les Stéphanois n’avaient pas l’habitude d’être menés au score à Geoffroy-Guichard. Nous avons mené 1-0 et 2-1. Là ça a commencé à mal tourner avec le duel entre notre Brésilien Luizinho, qui faisait un super match, et leur Argentin Piazza qui n’arrivait pas à le maitriser. Nous, les joueurs nîmois, nous avions condamné le geste de Denis Mathieu qui avait mis le pied sur le genou de Farizon.
Ce genre de match engagé était-il courant en 1976 ?
HR : oui, par exemple pour un derby à Lyon, je m’étais bien fait chopper par un défenseur adverse. J’avais fini avec un plâtre. Je me souviens que Christian Sarramagna s’était fait casser la jambe à Rouen.
DS : En 1973, juste avant de jouer une demi-finale de Coupe de France contre Nantes, le Stade de Reims a blessé Augé, Voinea et Pircalab.
« On nous a appelés les voyous du football français »
Quelle conséquence a eue ce match pour les Nîmois ?
HR : Il y avait tellement de supporters des Verts dans toute la France, que les gens en voulaient à Nîmes. Quand tu regardes la finale, tu ne peux pas dire que Repellini et Santini ont été moins bons que Farizon et Syneaghel.
DS : On nous a appelés les voyous du football français. En tant qu’ancien Stéphanois et parce que j’étais accompagné par Jean-Michel Larqué, j’étais le seul Nîmois à pouvoir sortir des vestiaires sans problème. Il y avait des flics partout et ils nous ont accompagnés jusqu’à l’autoroute. Les joueurs de l’ASSE n’ont jamais critiqué Nîmes, au contraire de Robert Herbin.
Les Nîmois étaient-ils des voyous ?
HR : C’était difficile de venir à Nîmes et quand tu faisais match nul, c’était un exploit. Ici on te balançait des cailloux et Bernard Boissier, ce n’était pas un tendre mais il blessait pas des joueurs. À Bastia ce n’était pas facile et à Ajaccio il y avait des chasseurs sur la butte qui tiraient des coups de carabine pendant le match.
DS : Non mais les journalistes étaient pour l'AS Saint-Étienne. Kader Firoud nous disait de jouer contre Saint-Étienne comme n’importe quel adversaire et il rajoutait que nous étions des hommes et qu’il ne fallait pas se dégonfler. En revanche, il ne nous a jamais demandé de blesser un adversaire. Les trois plus méchants avec qui j’ai joué c’étaient René Girard, Bernard Boissier et le plus dangereux c’était Henri Augé.
« Les vrais frais de jeu, ce sont les deux poteaux sur lesquels nous échouons »
A-t-on fait payer au Nîmois la défaite de Saint-Étienne en finale de la coupe d’Europe ?
HR : Ce n’est pas la faute des Nîmois si les Verts ont perdu la finale. Les vrais frais de jeu, ce sont les deux poteaux sur lesquels nous échouons. En finale, il ne fallait pas sortir Sarramagna qui était l’homme du match.
DS : huit jours avant sa mort, Robert Herbin disait encore que c’était la faute aux Nîmois. Il fallait bien qu’il se protège. Quand il fait sortir Sarramagna, qui avait fait entrer Rocheteau, qui était blessé et qui n’a joué que dix minutes, il a aussi commis une erreur.
Le match de 1976 n’a pas altéré pour amitié ?
HR ; On s’est rencontré à Saint-Étienne, on est resté amis depuis.
DS : On se voit très souvent et j’étais invité à son mariage. Quand il y a nos femmes, on ne parle pas de ce match car cela met mal à l’aise.