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MIALET : PATRICE BONGRAND OU L’ART DU BONSAÏ

Photo / DR

S’il y a des personnalités à part dans le paysage gardois, c’est bien celle du « maître bonsaï » ou plutôt « Bonsaïste » Patrice Bongrand, modeste et néanmoins l’un des rares, voire le seul occidental dont des céramiques sont exposés chez un Maître-Bonsaïste japonais.

Quoi qu’il en soit, cet homme aux multiples facettes, sculpteur avant tout, inscrit à la Maison des Artistes comme plasticien céramiste d’art, a élu domicile dans la vallée de Mialet, non loin de la Bambouseraie d’Anduze, en 2011. Accompagné de sa femme, leur rêve est en train de prendre forme, alors qu’ils débarquaient de leur vallée d’Aspe (dans les Pyrénées-Atlantiques), il y a moins d’un an, pour créer leur « Jardin arboretum de bonsaï », un lieu hors du commun, où se retrouve une collection ouverte au public exceptionnelle de 70 arbres (dont une vingtaine d’espèces autochtones) parmi lesquels érables, mûriers, ifs sauvages, pins à crochets, pins sylvestres, chênes verts, genévriers phoenicie. Une inauguration officielle des lieux s’est déroulée en mai 2011, mais l’installation définitive s’est faite en septembre-octobre dernier pour un accès au grand public.

Objectif Gard a ainsi pu croiser le chemin d’un personnage « riche » au sens de ce qu’un échange peut apporter lorsque l’on recueille le témoignage d’une vie de travail et de passion autour de la recherche d’harmonie entre l’Homme et la nature.

C’est cela que l’on éprouve lorsque l’on déambule dans les travées du jardin arboretum de bonsaï et dans les jardins japonais que Patrice Bongrand a réalisé et continue de créer aujourd’hui.

 

Photo © Jardin arboretum bonsaï

Objectif Gard : Mais comment l’histoire est-elle née ?
Patrice Bongrand
 : « Déjà au cours des vingt années passées dans les Pyrénées, ma passion du bonsaï s’est orientée vers les espèces autochtones. Et c’est à partir de ma collection de 70 bonsaï, que le projet de créer un arboretum de bonsaï a pris forme. L’idée était de réaliser un lieu dédié à « la voie naturelle » (ou « Shizen do »), aux arbres et aux arts ».

OG : Qu’est-ce que c’est « Shizen do » ?
PB
 : « « Shizen do », c’est un chemin où l’énergie, la paix et la beauté provenant de la nature sont mises en valeur ».

OG : Et pourquoi s’être installé, ici à Mialet, dans le Gard ?
PB 
: « Ma femme et moi avions tout d’abord besoin de plus de soleil, de plus de lumière, d’un climat méditerranéen. Dans la vallée d’Aspe, à 800 m d’altitude, nous profitions de 180 jours de soleil par an, ici, d’environ 300 jours d’ensoleillement chaque année. C’est mieux pour nous, mais aussi pour la santé des arbres. Je cherchais un climat particulier, que j’ai trouvé ici, dans la vallée de Mialet, où se trouve en plus un environnement ouvert au tourisme de nature. On y trouve la lumière, mais aussi, grâce au Gardon (qui est plus frais qu’ailleurs dans la région), un climat plus frais la nuit que dans la Vallée d’Aspe, même à 2000 mètres d’altitude, ce qui est propice à la pousse de mes bonsaïs ».

OG : Cela a été long à se mettre en place concrètement ?

PB : « Il a fallu deux années de recherche, de doute et d’incertitude, avant de trouver et d’acheter cet ancien camping d’1,5 hectares, autour d’Anduze où se trouve la célèbre Bambouseraie. Le terrain était abandonné depuis cinq ans, dans cette vallée Cévenoles, peuplée de pins, de chênes verts et d’arbousiers centenaires. Un écrin parfait pour créer les jardins japonais et pour installer les bonsaïs d’une façon optimum. Mais il y avait un gros travail de nettoyage et de réalisation. Et, comme, la source en bas du terrain, présentait un débit trop faible, on a dû forer un puits à 40 m de profondeur, équipé d’un circuit d’eau enterré, avec des prises tous les 5 mètres. Etant donné le climat de la région, cet élément était prépondérant pour la pérennité des jardins mais surtout des bonsaïs ».

OG : Comment se présente le jardin arboretum ?
PB 
: « C’est un ensemble qui occupe trois niveaux : trois terrasses déjà présentes, mais qu’il a fallu entièrement rénover. On a d’ailleurs fait un grand parking. Et la salle d’exposition en bois que nous avons installé  fait aussi office d’accueil. En réalité, l’esthétique générale de l’arboretum est délibérément japonisante, avec l’utilisation majoritaire du bambou, pour toutes les clôtures, séparations et rambardes. Ce matériau naturel est adaptable, souple, résistant en même temps qu’esthétique ».

 

Photo © Jardin arboretum bonsaï

OG : Oui justement, c’est un véritable paradis « zen » non ?
PB
 : « Eh bien, depuis notre ouverture, l’année dernière, nous constatons que près de 80 % du public semble enchanté d’avoir découvert cet endroit. C’est effectivement un lieu contemplatif qui n’est sans doute pas destiné aux jeux d’enfants. Hormis le jardin arboretum de bonsaïs, nous avons créé trois principaux jardins, qui correspondent aux trois styles traditionnels de jardins au Japon : le tsukiyama, qui est un hommage à un milieu de montagne, avec sa cascade et ses bassins, le chaniwa ou jardin du thé qui entoure le pavillon du thé et le kare sansui, appelé couramment jardin sec zen ».

OG : Et c’est quelque chose que l’on voit partout au Japon ?
PB
 : « Vous savez pour créer un jardin japonais, Il ne suffit pas de copier ce que l’on voit au Japon. Comme en bonsaï, il faut garder l’Esprit de ce que proposent les Japonais, mais nous devons adapter en conservant au maximum ce qu’offre le milieu, avec ses roches, ses arbres et végétaux déjà en place. On a planté ici 120 buis, une trentaine de pittosporums et quelques autres arbustes et plantes. Pour le jardin sec, il fallait trouver des pierres de tailles et de formes différentes du même matériau (le granit), des pierres qui proviennent de plusieurs sites de la région ».

OG : Quel objectif poursuit un maître-bonsaï ?

PB : « Pour ce qui me concerne, un bonsaïste « de la voie naturelle » doit chercher absolument à connaître les conditions de vie de l’espèce, son biotope, afin de reproduire ces conditions-là sur les arbres en pot. C’est aussi un très bon cultivateur ».

OG : De quel arbre êtes-vous le plus fier ?

PB : "Il n’y en a aucun. C’est comme si vous me demandiez qui de ma fille ou de mon fils je préfère. Chacun a sa personnalité et ses qualités propres. Il y a des espèces dont je me sens particulièrement proche, en particulier le pin sylvestre (pinus sylvestri), le pin à crochet (sylvinus uncinata), l’if et le hêtre. Et je commence à découvrir les espèces autochtones comme le chêne vert (Kercus Ilex) et le cade (Guniperus oxycedrus)".

OG : Quelles qualités faut-il pour partager la vie d’un passionné tel que vous ?

PB : « Il faut juste aimer le vivant, c’est la qualité principale. Je suis persuadé que nous faisons tous partie d’un même arbre qui aurait plusieurs branches… Les pieds dans la terre et la tête au ciel, comme on dit ! »

OG : Vos projets à venir ?

PB : « À partir de maintenant, on va s’orienter vers une collection Cévenoles, puisque je viens d’obtenir l’autorisation de réaliser des prélèvements d’arbres, ici, en pleine nature, pour les élever ensuite, comme j’ai pu le faire à partir d’espèces de la vallée d’Aspe. La proposition de divers ateliers à destination du public se poursuit : bonsaï, céramique (Raku, céramique primitive, grès). Un programme d’animations sera proposé dès le mois de juin 2012, comme l’année dernière, avec des performances de calligraphie, des démonstrations d’arts martiaux, comme l’Iaïdo (art du sabre japonais). Je peux vous révéler également que nous avons été sélectionnés parmis une quinzaine de sites (avec le musée du désert, la Bambouseraie etc.) par Cévennes Tourisme pour la création prochaine d’une visite entièrement virtuelle sur Internet ».

Infos Pratiques :

Jardin-arboretum bonsaï
Route départementale 50 30140 Mialet
Tél. : 04 66 43 39 04
Site Internet : www.patrice-bongrand.com

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