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FAIT DU JOUR Rythmes scolaires : une réforme coûteuse, inutile et incohérente…

Le maire Ph. Castanon devant la nouvelle école construite au village de Monoblet. Ph DR/RM
Le maire Ph. Castanon devant la nouvelle école construite dans le village de Monoblet. Ph DR/RM

Ce n'est pas l'enseignant qui parle, même si Philipe Castanon a passé 30 ans dans l'école du village de Monoblet, d'abord comme élève puis comme enseignant, mais le maire de cette petite commune de 700 habitants située au sud d'Anduze.

Un maire qui est d'ailleurs très fier de construire une nouvelle école dans son village qui accueille déjà 100 élèves "C'est une vraie prérogative communale que de construire des bâtiments adaptés pour permettre l'éducation des enfants", explique-t-il,  "mais ce n'est pas à nous d'assumer les nouveaux transferts de compétences qui se dessinent à travers cette réforme des rythmes scolaires". Ce qui le fait réagir ainsi, c'est notre article qui présente l'expérience de la ville d'Anduze située à quelques kilomètres de Monoblet et qui a mis en place la réforme lors de cette rentrée. "Les réalités sont bien différentes pour un village comme le nôtre et il faut que l'on entende aussi ce point de vue qui donnera un meilleur aperçu des choses" dit il. Si les maires des petites communes ne disent rien selon lui, c'est uniquement parce que cette réforme est présentée comme un mieux pour les enfants. Or il y a des sujets comme la sécurité ou l'enfance contre lesquels les maires ne peuvent s'insurger dès lors qu'ils sont présentés comme un bien.

Une réforme très coûteuse en temps de crise

"Il y a de bonnes choses dans cette réforme, les chapitres sur la formation des maîtres ou l'accueil des jeunes enfants me semblent très positifs, mais sur la journée scolaire on est en face d'une réforme qui est coûteuse, inutile et incohérente", tonne Philipe Castanon. Coûteuse parce que les petites communes qui n'ont pas de structures existantes pour cela vont devoir mettre en place des heures de fonctionnement. "Nous avons fait le calcul et cela représente pour nous un total de près de 10.000 euros. Je ne parle pas non plus de l'incidence sur les transports. Ajouter une journée c'est augmenter de 25% la prestation du transporteur". Dans un courrier du 20 février 2013, Damien Alary écrivait d'ailleurs aux maires  en ces termes : "Je tiens à vous informer que l'évolution de la semaine scolaire aura des conséquences importantes pour le département du Gard au titre de sa compétence en matière de transports scolaires", "au final, les communes devront mettre la main à la poche même si la mesure a été différée d'une année" commente le maire.  "Ce surcoût n'a pas été pensé dans la réforme alors  même que nous sommes en pleine crise et que la dotation de l'état aux petites communes se réduit. C'est encore un transfert de compétences qui n'est pas financé"

Qui parle de réussite ?

Pour Philipe Castanon c'est aussi une réforme inutile : "Cette réforme tend vouloir prétendre à une meilleure réussite scolaire. Il y avait un outil, certes contesté, que l'on appelait les "évaluations nationales" Pourquoi ne compare-t-on pas les résultats voisins dans le département du Gard et dans celui de l'Hérault qui est resté très longtemps à 4 jours et demi ? De plus, dans ce dispositif, les maths et le français seront en plus matraqués dans les heures d'enseignement classique, le périscolaire va être délégué à des non-enseignants et, dans le cas de petites communes se résumera à des heures de garderie... Il aurait été plus subtil de s'attaquer au contenus des programmes...

De grosses disparités entre les enfants

Réforme également jugée incohérente par l'élu : "Le temps périscolaire n'étant pas obligatoire, cela va générer une complexité d'organisation et aussi de grandes disparités entre les enfants. Il y aura des enfants qui sortiront à 15h45, à 16h30 et d'autre qui resteront encore plus tard en garderie. Pour Philipe Castanon, il y aura ceux qui auront les moyens d'accéder à des activités extrascolaires privées, voire des cours particuliers pendant que les autres resteront en "garderie". "Car les petites municipalités n'auront ni le temps ni les moyens de faire faire de l'équitation ou des activités à forte valeur ajoutée aux enfants qui leur seront confiés" ajoute-t-il,  "sans compter que si ces activités ne peuvent être pratiquées sur place, cela générera encore de nouveaux déplacements". Sur un plan purement pratique la sécurité même des enfants peut souffrir de ces multiples périodes placées sous diverses responsabilités dans divers lieux...

Les enseignants sont muets

"Avec l'aménagement de deux après midi non travaillés, les enseignant de Paris ont été achetés"  explique Philipe Castanon. "Mais nous n'aurons pas le droit à de tels aménagements dans le Gard. Quand à utiliser le temps méridien pour le périscolaire... qui nous dit que les enfants qui ne le pratiqueront pas (puisqu'il n'est pas obligatoire !) reviendront pour les enseignements de l'après midi ? Et que fait-on de nos cantines ? Si l'application de la réforme semble très compliquée pour les petites communes, elle le sera encore plus dans le cas des regroupements scolaires. "Et je parle uniquement sous ma casquette de maire, même si je connais un peu mieux le dossier que d'autres. Vous remarquerez que les enseignants se sont encore très peu exprimés sur cette réforme..."

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1 commentaire sur “FAIT DU JOUR Rythmes scolaires : une réforme coûteuse, inutile et incohérente…”

  1. Comment cela ? les enseignants muets !!!
    Mais ,cet hiver 2013 ,80% d’instituteurs ont perdu 1 ou 2 journées de salaire en grève et ont défilé à Paris pour alerter et annoncer ce qui était prévisible…et qui se produit aujourd’hui.
    A l’époque, nous avons été matraqués par la presse , la FCPE, le PS and Co , au mieux muselés par les syndicats inféodés : tous ces gens qui cassaient du « prof » allègrement rétro-pédalent de façon éhontée à présent!!!.Alors OUI, aujourd’hui ,nous nous taisons et regardons les élèves épuisés par des semaines de 50h en collectivité (pas pour les privilégiés qui quittent l’école plus tôt) .C’est très dommage pour les enfants , mais que leurs parents se battent pour leurs progénitures contre cette toquade d’un ministre qui se croit très malin.
    L’Education Nationale étant devenue la Garderie Nationale, j’engage tous les jeunes idéalistes à ne jamais embrasser la carrière de professeur des écoles. Ils iront de déceptions en déceptions , mal payés , mal considérés et méprisés, jamais soutenus , rincés en fin de semaine mais traités de fainéants jusqu’à la retraite à 65 ans . Avec autant d’études , sans perspectives de carrière : faites donc autre chose.
    Pour moi c’est trop tard, dommage !
    Pour info:contrairement à ce qui est colporté , les PE parisiens n’ont pas été « achetés » (mardi et vendredi sorties à 15h) car ils effectuent les mêmes heures devant élèves que tous les PE de France et de Navarre.Quant aux 3 h libérées du samedi matin sous Darcos , elles concernaient les élèves mais pas les enseignants : nous rendions ces heures en soutien (2h hebdo)+ 1h de réunion obligatoire

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