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FAIT DU JOUR Le retour vers une culture de l’allaitement en France

L'allaitement est de plus en plus revalorisé en France. Ph DR
Semaine mondiale de l'allaitement en France. Ph DR
la semaine mondiale de l'allaitement en France. Ph DR

Le thème de la semaine mondiale de l'allaitement vise à "soutenir l'allaitement aux côtés des mères" en faisant bouger simultanément les cercles de la famille, de la santé, de l'emploi, de la législation et de l'urgence. En France et dans le département, en effet l'allaitement regagne du terrain au point de "redevenir une évidence". Mais il y a encore beaucoup trop de mères qui sont en situation d'échec malgré leur désir d'allaiter.

Muriel Defrenne est consultante en lactation (IBCLC), formatrice à l'allaitement maternel au sein du département de formation des professionnels de santé de La Leche League France et animatrice bénévole. En tant que consultante elle rencontre des mères du département qui lui sont adressées par des pédiatres, des sages-femmes ou des puéricultrices, en tant que formatrice, elle intervient sur toute la France auprès des personnels de périnatalité (maternité et néonatologie). "La réalité  dans notre département, c'est 75% d'intention d'allaitement des mères avant l'accouchement, 60% à la sortie de la maternité, moins de 30% après un mois et à peine 10% de femmes qui allaitent effectivement encore après le troisième mois. Même si tout le monde se rend compte de l'importance et de la valeur de l'allaitement, sur le plan nutritionnel, immunitaire et relationnel, il y a encore beaucoup trop d'obstacles qui s'opposent au désir des mères" explique-t-elle. Pourtant l'organisation mondiale de la santé (OMS) ou même le  Plan national nutrition santé recommandent "un allaitement exclusif d'au moins six mois qui se poursuit avec une diversification alimentaire jusqu'à deux ans". "Mieux encore" explique Muriel Defrenne, "après une période de crise en France l'allaitement est en train de redevenir une évidence culturelle".

Les premiers jours

Avant l'accouchement, près de trois quart de femmes annoncent leur intention d'allaiter. Dans nos pays industrialisés cela concerne surtout les classes les plus favorisées, certaines mères venant de milieux défavorisés souffrant de manque de confiance en elle, ou d'une image du corps très dégradée ou encore d'un "réflexe de consommation" qui les pousse à acheter "tout ce qu'il faut"  (et donc le lait!) pour le bébé afin de se rassurer. Mais on ne peut pas parler du désir d'allaitement sans revenir sur l'épisode du  féminisme des années 60 qui s'est traduite en France par un rejet de la maternité perçu comme un esclavage. Tandis que d'autres pays vivaient justement la liberté de la femme comme la possibilité de vivre correctement cette maternité, la situation de la femme française qui allaite reste fragile. "En France ne pas revenir travailler après les dix semaines de congés maternité peut poser problème alors que l'on sait qu'il faut quatre mois pour établir une lactation stable" commente Muriel Defrenne.

Muriel Defrenne, consultant et formatrice
Muriel Defrenne, consultante en lactation et formatrice à l'allaitement maternel Ph DR/RM

Après la maternité

Près de 15% des femmes se découragent dans les premiers jours. "On oublie de dire que si l'allaitement est naturel, il n'est pas forcément inné et que si l'enfant a une compétence naturelle à prendre le sein, il lui faut aussi parfois de l'entraînement. Or c'est une période ou les mères sont très vulnérables et doivent faire face à beaucoup d'obstacles". En France il y a eu une rupture dans l'allaitement et aujourd'hui les femmes qui accouchent n'ont pas vu leur mère (ni même leur grand-mères pour les plus jeunes !) allaiter. Idem pour les professionnelles de santé qui n'ont pas allaité elles-mêmes et n'en possèdent pas l'expérience. "De plus pour les professionnels, il y avait peu de connaissance  scientifiques sur la physiologie de la lactation humaine, les pathologies, voire les capacités d'adaptation  à la vie extra-utérine du nouveau né. Tout cela date de 20 à 25 ans et ce sont beaucoup de nouvelles connaissances à s'approprier" ajoute M. Defrenne. Le retour de l'expérience dans l'environnement de la mère et l'apport des nouvelles connaissances devrait constuire avec le temps  un meilleur support moral et technique aux mères dans ces premiers jours difficiles.

Retour à la maison

En un mois, la moitié de ces femmes vont arrêter l'allaitement. "Les femmes sortent de la maternité avec une lactation non établie et aussi avec toute la difficulté de devenir parent à l'heure actuelle : Les générations précédentes ont engrammé des attentes par rapport aux nouveaux-nés qui ne semblent pas réalistes par rapport à la physiologie" (Bébé mange et dort toute les quatre heures !). Si l'allaitement pose problème les mères consultent des professionnels qui ne sont pas encore tous formés à les soutenir et à les encourager (voir plus haut). Dans les autres cas les mères doutent toujours d'elles-mêmes (auront-elles assez de lait ?) et il faut pourvoir les rassurer. Mathématiquement avec 1500 naissances par ans à Alès il faudrait un millier de bénévoles, on en est loin ! Même si cela progresse beaucoup dans ce domaines où l'on demande à des pairs (des mères du même milieu ou du même quartier) d'assurer un soutien. C'est le cas avec les Voies lactées en Cévennes à Bessèges, Les Fées du Lait à Uzès, Tétou pour moi à Bagnols ou encore à Nîmes.

Maman au boulot

On l'a dit, le retour au travail, mais aussi des idées qui ont la vie dure, comme :  "A trois mois il faut sevrer", contribuent  à faire tomber le pourcentage des mères qui continuent à allaiter après trois mois à près de 10%. Pourtant les choses évoluent. Dans le Gard un référentiel (ALMOGA) a été spécialement établi à l'intention des professionnels des structures d'accueil des jeunes enfants. Ce référentiel vise d'une part à informer les mères en amont que l'on peut continuer à allaiter dans le cadre d'une reprise du travail et d'autre part à fournir à tous les professionnels des documents pour les aider à accueillir ces mères allaitantes dans les structures."Il y a un gros travail qui est fourni et les chose bougent dans le bons sens" explique Muriel Defrenne. "Aujourd'hui une mère qui allaite encore un enfant de six mois ne risque plus une remarque de son pédiatre, comme c'était encore le cas il y a dix ans !". Pour accélérer le processus il faut que tout le monde bouge en même temps, ce qui est précisément le thème de cette semaine mondiale de l'allaitement vécue en octobre en France. "Aujourd'hui on ne peut se satisfaire de la situation parce qu'il y a encore trop de mères qui sont en situation d'échec. Mais on peut être confiant pour l'avenir de l'allaitement en France".

Raphaël MOTTE

raphael.motte@objectifgard.com

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