Pour certains, partir à la Coupe du monde n'est plus vraiment une question. C'est un rendez-vous. Sébastien Ginet, figure active des Irrésistibles Français, l'association nationale de supporters, en est à sa énième phase finale depuis 1998. "Je n'ai pas raté un seul match de l'équipe de France au stade dans une phase finale, euro ou Coupe du monde, depuis 2008 à domicile comme à l'extérieur." Il part vendredi avec une vingtaine de personnes, dont une dizaine de Gardois et une dizaine de supporters des Bouches-du-Rhône. Au programme : France-Sénégal bien sûr, mais aussi Brésil-Maroc, Côte d'Ivoire-Équateur, et tant que les Bleus avancent, Sébastien sera là. Entre les matchs, le groupe a prévu un match de baseball et, si le calendrier le permet, un match des New York Knicks en finale de NBA.
Des rituels bien rodés
Frédéric Moline, Nîmois, vit lui aussi la Coupe du monde comme un rituel quasi familial. Depuis 1998, il n'a quasiment pas raté une édition. "Pour nous, ce n'est pas optionnel. On ne s'est pas trop posé la question, on s'est dit qu'on allait à la Coupe du monde." Avec sa femme, il a pris le pack complet pour tous les matchs de l'équipe de France, y compris la finale. "Si l'équipe de France est en finale de la Coupe du monde, on a nos places. On sera dans le stade et on se considérera comme des privilégiés." Une organisation qui se prépare sur quatre ans. "C'est tous les quatre ans, ce n'est pas tous les trois mois. On met de côté."
Une première pour d'autres
Sébastien Ginet va aussi retrouver son cousin, Alexis Guérin, qui vit une grande première. Ce Parisien de 35 ans, dont toute sa famille se trouve dans le sud de la France, a mis de côté pendant un an et demi pour financer ce voyage. "À hauteur d'une centaine d'euros selon les mois, j'ai eu un enfant aussi, donc parfois je devais un peu renier sur ce budget." Il ne reste que quelques jours, le temps de voir France-Sénégal et Brésil-Maroc, avant de rentrer pour ses obligations professionnelles. Mais la date de la finale est déjà cochée dans son agenda. "On a trois places pour la finale. On ne s'interdit pas de rêver."
Béatrice Kaboré, elle, vit une première d'une toute autre nature. Présidente et joueuse du Nîmes Foot Féminin et consultante sport à la télévision, elle réside à Nîmes. Elle part aux États-Unis non pas en tant que simple supportrice, mais comme présentatrice pour une chaîne africaine produite en France. "J'ai eu l'opportunité d'être présentatrice là-bas directement. Je suis honorée, c'est ce que je voudrais faire." Elle sera en plateau pour tous les matchs, avec à ses côtés des personnalités comme Basile Boli et Emmanuel Adebayor. Elle espère rejoindre les stades physiquement à partir des quarts ou des demi-finales. "Je trouve ça hyper intéressant par rapport à mon rôle de présidente du Nîmes Foot Féminin, parce que je suis la première à prôner notre sport. J'espère que ça va encore donner plus d'intérêt à toutes les démarches et les combats qu'on mène sur Nîmes."
"Sur place, je ne sens pas encore cette vibe de Coupe du monde”
Arrivée depuis hier sur place parmi les premiers, Béatrice Kaboré témoigne d'une atmosphère encore étonnamment calme. "Sur place, je ne sens pas encore cette vibe de Coupe du monde. Ici, ce n'est pas forcément le foot avant tout, c'est le basket." Un constat qui illustre le défi que représente l'organisation d'une Coupe du monde dans un pays où le soccer reste loin derrière d'autres sports. Sébastien Ginet pointe lui aussi le coût élevé de cette édition américaine, notamment à New York. "Un hôtel moyen, c'est 350 euros de base, le burger est à 40 dollars. Heureusement que ce n'est pas comme ça tous les week-ends", ironise-t-il.
Une Coupe du monde à trois pays, un format qui interroge
L'édition 2026 est la première à se dérouler dans trois pays simultanément, États-Unis, Canada et Mexique. Un format inédit qui suscite des avis partagés parmi nos supporters gardois. Béatrice Kaboré y voit une opportunité de découverte. "D'un côté, ça permet à plein de gens de pouvoir avoir trois pays différents, c'est pas mal sur la découverte pour ceux qui ont les moyens." Mais elle pointe aussi un inconvénient. "Le fait que ce soit dans trois pays différents, pour l'organisation, on sent un peu moins la ferveur." Frédéric Moline, lui, est plus direct sur les raisons de ce choix. "C'est une question d'organisation et d'argent. La FIFA doit aussi faire de la politique, ça permet de faire plaisir au Canada, de faire plaisir au Mexique."
Tous se projettent déjà vers la prochaine édition, en 2030, en Espagne et au Maroc. Un soulagement en perspective, tant sur le plan logistique que financier. "La prochaine Coupe du monde au Maroc et en Espagne sera beaucoup moins chère, rien qu'en frais de déplacement", anticipe Sébastien Ginet. Alexis Guérin, lui, a déjà ses plans. "Tant qu'il y a le coq qui y va, on suit. Et j'ai de la famille au Maroc, donc je pourrais peut-être gratter une petite couche pour alléger les frais."
Les Bleus iront-ils au bout ?
Sur les pronostics, la prudence est de mise. Frédéric Moline résume bien l'état d'esprit général : "On a de grandes chances, on a de beaux joueurs, mais le football n'est pas une science exacte. Regardez au Qatar, on était en finale avec un triplé de Mbappé, personne ne l'aurait cru." Sébastien Ginet, lui, n'a qu'une obsession : "Ramener cette troisième étoile qui nous manque depuis le 18 décembre 2022." Rendez-vous est pris.