Publié il y a 38 min - Mise à jour le 26.07.2026 - François Desmeures - 3 min  - vu 50 fois

FAIT DU JOUR À Camprieu, le Bonheur file dans les entrailles de l'abîme

La visite parcourt 400 mètres de galerie

- François Desmeures

C'est en 1888 que le plateau de Camprieu a livré le secret qui le lie à l'eau, tout en donnant naissance à la spéléologie moderne grâce au fameux Édouard-Alfred Martel, découvreur de nombreuses cavités du sud du Massif central. Sous le causse de Camprieu, 400 mètres de canalisations naturellement taillées dans la roche sont à découvrir,  au sein d'un chaos qui révèle des millénaires de transformation. Une visite à (re)découvrir régulièrement. 

L'entrée a beau être aménagée, difficile de ne pas se sentir comme l'un des premiers découvreurs de cette fissure dans la roche, qui expulse une eau d'une température comprise entre 3 et 6 degrés. C'est par cette entrée qu'Édouard-Alfred Martel a pénétré les entrailles du causse de Camprieu, le 27 juin 1888, effectuant une partie du parcours de l'eau. C'est le lendemain, cette fois-ci en pénétrant le causse par les pertes du Bonheur, en amont, qu'il complète le parcours et retrouve le point exploré la veille. À peine sorti, Édouard-Alfred Martel file à la mairie de Saint-Sauveur-Camprieu pour faire acter sa découverte. Une acte qui est aujourd'hui considéré comme fondateur de la spéléologie moderne. 

La fente de l'abîme de Bramabiau, vue depuis la RD 986 • François Desmeures

Le spéléologue a ainsi fait se rejoindre, en deux jours, le Bonheur et le Bramabiau, ou "cri du boeuf", nom donné au cours d'eau à sa sortie en raison du bruit provoqué par sa chute, que les habitants d'alors assimilaient aux meuglements d'un bovin dans la vallée. S'ils avaient bien tenté d'introduire des canards au niveau de la perte du Bonheur, dans le causse de Camprieu, pour comprendre où allait l'eau, aucun survivant ne leur avait permis de faire le lien entre l'entrée et la sortie. D'où le fait que la rivière porte deux noms, selon qu'elle se situe en entrée ou en sortie de cavité. Édouard-Alfred Martel met avant tout de l'ordre le réseau. Mais les deux noms sont conservés. 

Le guide François donne les premières informations avant d'entrer dans l'abîme • François Desmeures

La porte de sortie du Bonheur • François Desmeures

"Le sol est granitique au niveau de la source, à côté des ruines de Notre-Dame du Bonheur, explique François, guide du site touristique. Pendant six kilomètres, l'eau court à l'air libre. Jusqu'au petit causse de Camprieu, où elle tombe sur du calcaire." Une roche qui s'érode sous l'action de l'eau. "La rivière a creusé 600 mètres sous terre."

Un petit défilé avant d'entrer sous terre • François Desmeures

François Desmeures

François Desmeures

Sous terre justement où, en été, il faut se préparer au choc thermique. Face à la fente, on dépasse régulièrement les 30°. Mais dès qu'on pénètre le sous-sol, après avoir franchi un courant d'air glacial, il ne fait plus que 10° et l'eau contribue à refroidir encore plus l'atmosphère. Il faut aussi s'imaginer, dans ce long couloir d'entrée, les hauteurs des crues automnales et hivernales même si, pour quelques kilomètres, Camprieu évite les épisodes cévenols qui se déversent sur les pans méditerranéens du massif de l'Aigoual. "Mais la passerelle d'entrée finit deux ou trois fois sous l'eau en hiver, lors des crues 'normales'." Pour les plus exceptionnelles, le personnel est ensuite mobilisé pour arranger à nouveau l'accès et le déblayer. 

Le souffle froid parcourt l'entrée de l'abîme • François Desmeures

François Desmeures

Le parcours franchit régulièrement le cours d'eau en contrebas • François Desmeures

"Ici, vous verrez très peu de concrétions parce que l'air passe dans les couloirs, prévient le guide. Mais on peut voir tout le travail d'érosion." Par moments, au-dessus de la tête des visiteurs, une marmite créée par la rotation de l'eau montre la façon dont la roche a été grignotée au cours du temps. Il a fallu 2,5 millions d'années pour que l'abîme prenne sa forme actuelle. "Sur le très long terme, affirme le guide François, cela deviendra un canyon à ciel ouvert." On ne parlera plus, alors, du cri du boeuf extirpé de la montagne. 

La visite parcourt 400 mètres de galerie • François Desmeures

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Le plafond est souvent composé d'un chaos formé par la chute de blocs de plusieurs tonnes • François Desmeures

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Lors de l'ouverture d'une galerie dans les années 2000, le site a découver des contre-empreintes de dinosaures, dans des marnes datant d'environ 200 millions d'années  • François Desmeures

L'une des marmites créées par l'érosion de l'eau • François Desmeures

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