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IDIR À VAUVERT : UN MOMENT DE POÉSIE, D’AMOUR ET DE PARTAGE AVEC SON PUBLIC

Photo © objectifgard.com / MA

Idir, le chanteur-poète né dans le petit village berbère de Haute-Kabykie, Aït Lahcène en 1949, et auteur du succès planétaire A Vava inouva (1973), traduit dans sept langues, a enchanté son public, samedi soir, à Vauvert, durant plus de deux heures de concert. Un auditoire composé de tous les horizons sociaux qui n’a pas manqué de participer à ce qui ressemble à autre chose qu’un simple concert. Il est en tournée en France actuellement, après Poitier et Vauvert, il doit se rendre en région parisienne pour ces « moments de rencontre et d’échange ». D’ailleurs celui dont on reconnaît aujourd’hui le statut de précurseur de la world music « n’aime pas le mot tournée », qui ne correspond pas à sa démarche, où tout serait préprogrammé, avec le même déroulé du spectacle.

Salle comble à Vauvert

Photo © objectifgard.com / MA

Une salle Georges Bizet de Vauvert comble pour la venue du chanteur Idir. D’après l’organisation, Courant Scène, les 500 places avait été raflées, dont 350 réservations payantes. Quelques invités de marque et élus étaient présents, dont Jean Denat, vice-président du conseil général, qui participe, avec la région, au choix culturel et au financement de l'association organisatrice. Un car a même été spécialement affrété par la mairie d’Alès, pour amener 53 habitantes du bassin alésien, qui, pour la plupart n’avaient jamais eu la chance de voir leur artiste préféré, malgré son passage il y a quelques années dans la capitale Cévenole. Soraya Haouès, conseillère municipale d’Alès (déléguée à l’égalité des chances) nous a précisé qu’elle avait eu à peine une semaine pour organiser le déplacement, et que dès les premiers instants, 32 personnes s’étaient positionnées, la municipalité participant également au prix du billet. Ces « mamans » comme les présente l’élue, d’origine Kabyle ou Berbère en majorité, étaient là pour « oublier leur quotidien ». Pétrie de joie, l’une d’elle évoque le moment encore gravé dans son regard pétillant : « Idir, c’est un encrage très fort dans la réalité », se référant à un des nombreux moments d’échange avec le public, lorsque le chanteur-guitariste présente les morceaux qu’il s’apprête à interpréter dans sa langue d’origine accompagné de ses musiciens. C’est justement le cas avec une de ses chansons qui, à travers les souvenir de sa propre mère, est en réalité un bel hommage aux femmes en général… « Les femmes qui sont restés là-bas […] qui ne vivent pas les même choses que vous […] à qui l’on pense le temps d’une chanson, durant laquelle il n’y a plus de Français, de Marocains, de Tunisiens… » [En substance, simplement des personnes qui partagent un moment ensemble].

Un artiste de la tradition Kabyle et de la modernité

Un autre moment fort d’échange avec son public composé du tout petit enfant aux grands parents… Il s’agit du moment où il va interpréter son tube A Vava inouva. Voici comment il l’introduit : « voici la chanson pour laquelle je suis venu ici […] qui fait que je suis là, alors que j’étais peut-être destiné à aller chercher du pétrole ou du gaz quelque part […]. Un chant sous le signe de la mémoire et pas de la nostalgie, lorsque les corps étaient rapprochés, à côté des sources de chaleur et du métier à tisser ».

A travers tous ces mots et ce verbe, teinté de ses souvenirs d’enfance et de ses terres d’origines, Idir parle à ceux qui partagent sa culture et sa langue, de manière « très moderne », comme nous l’explique l’une des alésiennes venues pour l’occasion, mais à travers sa musique et sa poésie, il transmet au monde dans son ensemble un message d’amour et de paix qui fait du bien dans les périodes parfois troubles que nous vivons, en Europe et ailleurs.

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Idir, c’est aussi des messages lourds de sens à travers la légèreté, la grâce d’une musique et des mots, souvent teintés d’humour. Moment choisi du concert : « je vais vous jouer un morceaux de musique de mes montagnes… Avec une flûte irlandaise ». Quelqu’un lance parmi le public : « ce n’est pas une flûte Kabyle ? ». L’artiste lui répond : « tu vas voir, elle joue très bien notre musique. Elle s’intègre, elle ».

Un aspect également surprenant lorsque l’on ne connaît pas Idir... Lors de ses spectacles, on assiste à une réelle communion entre le public et les artistes. À de nombreuses reprises, une partie du public, le plus souvent des femmes de tout âge se sont massées devant la scène pour danser, participer à cette véritable fête, y compris au côté de l’artiste, chose singulière que l’on ne voit quasiment jamais. Des enfants se sont mis à danser autour de celui qui loue l’influence de Brassens ou Jacques Brel sur son art. Parfois, un homme ou un enfant ne manque pas de monter sur scène pour aller embrasser et étreindre le chanteur de l’album La France des couleurs, composé en 2007 avec la jeune génération Akhénaton, Grand Corps malade, Disiz la Peste, Zaho et bien d’autres.

Morceaux choisis d’une entrevue avec l’artiste juste avant son entrée en scène

À propos de l’origine et l’inspiration de sa musique qui pourrait la définir :

« Au départ je croyais que la culture du monde s’arrêtait au bord de mon village, parce que je ne sortais pas, je ne savais pas ce qu’il y avait au-delà des montagnes. Et quand tu sors tu te rends compte qu’il y a d’autres gens qui sont là, qui sont ni pires, ni meilleurs, mais qui vivent comme toi. Et j’ai compris très vite que l’essentiel était de m’enrichir à partir de nos différences. Donc, forcément tu charries avec toi de nouvelles choses ». Même s’il ne renie pas l’origine Kabyke de sa musique qui transparaît encore, il précise l’évolution qu’elle a suivi à travers le temps : « Au gré de ce que tu écoutes, à partir de musique kabylo-kabyle commence à s’ajouter d’autre sons, avec l’influence du Raggae, de la folk… Pour aboutir à une musique qui est le reflet de ce que tu es ».

Les artistes qui expliquent son parcours :

« Au départ, je magnifiais mon identité, ce qu’elle véhiculait comme idées, habitudes, coutumes, parce qu’il fallait le faire, elle était en danger. Par la suite, je me suis rendu compte qu’être Kabyle n’était pas une fin en soi". […] et il rappelle les noms de Brassens : "ce mec a tout compris de la vie, il aurait pu mourir de lucidité, avec humour, avec une liberté de ton, sans parler de sa formule poétique. C’est quelqu’un qui sait. Un homme libre dans sa tête". Sinon, il cite les Brel, Ferré, Maxime le Forestier, Cabrel…

On comprend mieux après cette rencontre pourquoi le célèbre sociologue Pierre Bourdieu qui a travaillé sur la Kabylie, ne parle pas d’Idir comme un simple chanteur, mais comme « un membre de chaque famille qui chante ses chansons ».

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