A la uneActualité générale.ActualitésInsolite

EN IMMERSION Une journée chez les naturistes !

Photo : Objectif Gard
Photo : Objectif Gard

Nouvelle rubrique d'été et démarrage en trombe d'Objectif Gard… Chaque semaine, les journalistes de la rédaction donnent de leur personne pour tester tout ce que vous n'avez jamais osé faire. Entrez cette semaine dans le monde méconnu et stéréotypé des naturistes, au domaine de la Sablière à Saint-Privat-de-Champclos.

Attention : cet article comporte des photos de nu intégral

Maudite conférence de rédaction ! Je m'en souviendrais de celle-là ! Je revois encore mon rédacteur en chef, grand sourire aux lèvres, fier de sa trouvaille : "Et si on testait une plage naturiste dans notre nouvelle rubrique de l'été ?". Au départ, l'idée ne m'a pas plus choquée que cela. Après tout pourquoi pas, les naturistes sont bien des gens comme les autres, non ? Seulement ma témérité a ses limites. Je demande alors à ma collègue Audrey Dupont de m'accompagner. Après moult arguments persuasifs - dont je ne vous donnerai pas le secret - elle accepte. C'est même elle, qui déniche comme une envie inavouée la perle du naturisme gardois : le camping quatre étoiles La Sablière à Saint-Privat-de-Champclos, dans la vallée de la Cèze. Nous voilà parties pour un remake de "Belles toutes nues", lunettes et appareil photo pour seuls vêtements.

Gaby , Photo : Objectif Gard
Gaby , Photo : Objectif Gard

Gaby la magnifique !

Après une bonne heure de route, nous franchissons non sans appréhension les portes d'un univers inconnu. A l'accueil, RAS : personne à poil ! Nous nous présentons et demandons à voir la gérante de l'établissement, Gaby Cespedes. Quelque secondes plus tard, un petit bout de femme de 69 ans déboule totalement nue, deux cafés à la main. Une entrée en matière décoiffante. "Allez-y, entrez dans mon bureau", lance-t-elle naturellement. Malgré ses jolies yeux bleus, les nôtres se détournent irrésistiblement vers sa poitrine et son puits d'amour… "Et oui, j'ai deux gants de toilette", s'amuse-t-elle. Une auto-dérision détonnante, une femme qui s'assume. Voilà qui nous met à l'aise.

D'origine nîmoise, Gaby gère depuis 40 ans l'établissement naturiste. Son camping, c'est d'abord une histoire d'amour entre elle et son mari qui décident d'acheter, après mai 68, un terrain au bord de la Cèze. A l'époque, les lieux décomplexés se développent. Le couple adepte de nudité flaire la bonne affaire et ouvre le troisième camping naturiste de la vallée. Aujourd'hui l'établissement accueille 13.000 personnes chaque année, dont 5600 familles : "Ici, c'est convivial, on laisse le statut social au vestiaire (…) Nous ne sommes pas là pour nous regarder, bien au contraire", assure la gérante qui boude les plages nudistes, le rendez-vous des "voyeurs".

Photo : Objectif Gard
Photo : Objectif Gard

Sexualité et nudité, pas la même affaire

Après ces préliminaires linguistiques, vient le moment fatidique : se déshabiller ! Et oui, pour découvrir l'univers naturiste, il faut savoir se fondre dans le décor en adoptant ses normes. Compréhensive, Gaby nous laisse en toute intimité. "Audrey, il est-il encore temps de tourner les talons ?". "Non pas question", me rétorque ma camarade. Suivant les préceptes de Rika Zaraï, nous ôtons chemise et pantalon. Après quelques petites blagues sur la pilosité, l'atmosphère se détend. Notre relation de confiance a dissipé le malaise, inhérent à une telle situation. Reste à affronter le pire, exposer nos corps dévêtus aux inconnus.

Une fois dehors, nous nous engouffrons dans sa Mégane grise avec laquelle Gaby entend nous faire le tour du propriétaire. La voiture devient pour nous un refuge face aux dizaines de touristes marchant sur le bord de la route, pubis à l'air. Premier arrêt à la piscine. Vaille que vaille nous sortons, le regard fixé sur ce cours d'aquagym où le professeur répète les exercices en tenu d'Adam. Se sentant épiée probablement à tort, Audrey déplace délicatement sa serviette afin de cacher sa petite framboise… Tiens, à elle d'éprouver quelques regrets !

Avenante, notre guide nous présente à ses fidèles : il y a d'abord Roseline qui vient depuis 40 ans dans l'établissement. On rencontre aussi Jean-Michel, le professeur de tir à l'arc et Jo aux yeux baladeurs. Même chez les naturistes, un homme reste un homme.

Soudain, une jeune femme s'approche avec quelques enfants. Fanny, 20 ans, est monitrice depuis plusieurs années : "j'ai été initiée par mes parents, l'idée ne germe pas seule". Près des bambins, je me sens quelque peu mal à l'aise. Mais pour Fanny, "la nudité n'est pas synonyme de sexualité. Ce sont deux choses différentes. Il y a parfois des clubs naturistes et échangistes mais ici ce n'est pas le cas. Les gens sont en harmonie avec leur corps et s'assument. Cela suscite le plus grand respect".

Photo : Objectif Gard
Photo : Objectif Gard

Une leçon de naturisme

Il est midi et le soleil tape. Fière de sa garrigue luxuriante, la propriétaire veut absolument que nos goûtions l'eau de la Cèze. Nous découvrons alors une plage de sable noir, à l'abri du reste du monde. Après quelques réticences nous sautons la tête la première. "Vous devriez monter sur le rocher et sauter", nous propose un vacancier. Originaire de Grenoble, Eric est accompagné de sa femme Othilia, enceinte de 7 mois : "Mon conjoint m'a initié, c'est la deuxième année que nous revenons. Ici, c'est un lieu pas comme les autres, très différent du Cap d'Agde où il règne une ambiance de sexe".

Les estomacs grognent. Gaby nous invite gentiment à déjeuner dans son restaurant. A l'intérieur, des familles, des couples sont assis sur une serviette : "Nous faisons cela par mesure d'hygiène". La maitresse des lieux nous présente un autre de ses plus fidèles clients, Jean Yann. Naturiste convaincu, il entend nous expliquer sa "philosophie" : "Que je sois nu ou habillé, si je te serre dans mes bras, cela ne change rien pour moi. Nous sommes respectueux, mais lorsque nous dansons, nous mettons un paréo ou nous nous habillons puisque que nous ne sommes pas à l'abri d'une érection". "Ça fait porte-manteau", plaisante de nouveau Gaby. Si chez les naturistes, l'intimité prend moins de place, elle existe bel et bien. Histoire de dédramatiser aux yeux de la majorité des pratiques atypiques Jean pousse la chansonnette sur un air de Brassens : "dans notre société du textile, la nudité sans ambiguïté s'apprend" et se comprend.

La journée terminée, nous rentrons clopin-clopant, l'esprit rempli de souvenirs inattendus et de sentiments mitigés. Si je ne conçois pas la dichotomie entre nudité et sexualité, Audrey a considéré le regard des autres porté sur elle comme un viol de l'intimité. Comme quoi, le naturisme ne s'improvise pas.

Photo : Objectif Gard
Photo : Objectif Gard

Audrey Dupont et Sophie Lune

Etiquette

Vous aimeriez aussi

1 commentaire sur “EN IMMERSION Une journée chez les naturistes !”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire également

Close
Close

Adblock a été detecté.

Merci de nous aider en désactivant votre blockage de publicité