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NÎMES Les coulisses du journalisme politique décryptées par Laurent Bazin

L'éditorialiste politique Laurent Bazin (à D.), jeudi soir à Nîmes (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
L'éditorialiste politique Laurent Bazin (à D.), jeudi soir à Nîmes (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Il y a les conférences de presse, mais pas seulement. Entre les journalistes et les politiques d’autres pratiques, peu connues du grand public, ont cours.

C’est pour les décrypter que le Club de la presse et de la communication du Gard a invité jeudi soir  à la Maison du protestantisme de Nîmes le journaliste et éditorialiste politique Laurent Bazin.

Les « affranchis »

Passé par Europe 1, RTL, iTélé et à l’antenne désormais de TV5 Monde, il a écrit un livre sur ce thème avec la journaliste Alba Ventura, sa compagne (Les Dézingueurs de la République, éd Flammarion). Un livre qu’il a écrit pour « expliquer les relations des journalistes avec les politiques, et des politiques avec les médias. » Des relations qui ont été chamboulées avec la nouvelle génération d’hommes et femmes politiques, « des affranchis des règles des partis et du jeu traditionnel des médias », affirme le journaliste.

Des « affranchis » qui font un usage fréquent de deux pratiques intimement liées : le « off », c’est à dire donner « off the record » (hors micro) aux journalistes des informations dont une partie n’est a priori pas destinée à être publiée ou diffusée, et les déjeuners auxquels ils invitent des journalistes, au cours desquels ils donnent ces informations. « On s’est rendus compte de la quantité d’informations, d’histoires et parfois d’intox qu’il y a mais aussi de la liberté qu’ils prennent, sachant que tout ce qu’ils nous délivrent est fait pour être répété », explique Laurent Bazin. C’est là que « cet exercice devient vicieux », estime-t-il avant de rappeler que « quand c’est très chaud pour eux, les politiques ne déjeunent plus avec les journalistes. » 

Car si à la base, le « off » a été importé des Etats-Unis par Valéry Giscard-d’Estaing pour donner des éléments de fond pour aider à la compréhension des décisions à venir, l’exercice a été perverti : « dans les déjeuners, un politique donne des cartouches, dézingue un concurrent, mais il fait sa com’. Il traite les journalistes comme des émetteurs », poursuit Laurent Bazin. En clair : le journaliste doit toujours se méfier des informations glanées lors des déjeuners de « off », qu’il recoupe et n’utilise de toute façon pas dans leur intégralité : « il faut trier, c’est aussi notre métier », ajoute Laurent Bazin.

« Des conférences de presse clandestines »

Car « même si les électeurs pensent que les journalistes sont les amis des politiques, en vérité ils se méfient énormément les uns des autres, les politiques ont une grande tendance à l’intox », affirme le journaliste. Pour autant, « il y a des ambigüités des deux côtés », reconnaît-il.

Pas de quoi empêcher certains, comme Emmanuel Macron ou Manuel Valls, de faire un grand usage de ces déjeuners de « off ». L’ancien premier ministre avait même pris l’habitude d’organiser « des conférences de presse clandestines à chaque fois qu’il avait fait ou qu’il allait faire quelque chose », raconte Laurent Bazin, quand Emmanuel Macron y révélait sa stratégie pour les mois à venir. Et si François Fillon « est très maladroit dans cet exercice, il a un côté Rantanplan », moque le journaliste, l’autoproclamée candidate anti-système, qui ne se prive jamais de taper sur les médias, y est très à l’aise : « Marine Le Pen déjeune avec des journalistes, elle s’inscrit dans ce système. » Laurent Bazin décrit une leader du Front national détendue, affable, qui y « raconte des histoires plutôt amusantes sur son père. » À des années-lumière de la position défensive qu’elle adopte habituellement avec les journalistes, mais en « on ».

Et aussi :

Vu d’en face : le député écologiste de la sixième circonscription Christophe Cavard a passé une tête lors de la conférence-débat. Il a ainsi pu donner le point de vue du politique sur ces déjeuners, qu’il pratique autant à Paris qu’en circonscription : « lors de ces déjeuners, il y a un a priori de confiance avec les journalistes, mais ça ne veut pas dire qu’on est amis, car chacun est dans un intérêt. On apprend petit à petit à savoir ce qu’on peut leur dire, sans oublier que le journaliste vient chercher de la matière. » Des deux côtés, tout est une affaire de dosage.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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Thierry Allard

32 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

13 réactions sur “NÎMES Les coulisses du journalisme politique décryptées par Laurent Bazin”

  1. Nous savons les relations et les pratiques entre journalistes, politiques et au delà…artistes, animateurs.
    La mode et le tempo viennent des soirées mondaines entre sois.

    Il est de bon ton dans le microcosme Parisien que les subversifs de pacotille raillent les Patriotes (c’est un sésame pour faire l’objet d’invitations tous azimuts sur les plateaux TV).
    Combien sont ils à jouer les résistants sur un sketch, un film, une pièce, un interview avec pour refrain : « Si Marine passe je me casse ».
    Les bobos respirent le système Paris-centre et polluent notre atmosphère de leurs petites phrases aussi creuses que leur non-pensée.
    Comble de l’ironie, ces militants du vivre ensemble, de la mixité se reproduisent dans des parties idéologiques consanguines dont nous savons les effets. Il suffit de les écouter pour comprendre.
    Il ne faudrait pas que par singeries la province soit contaminée.
    Bobos Nîmois, protégez nous, sortez couvert !

  2. En aucun cas les mauvaises pratiques ou les dérives du microcosme médiato-politicien de Paris et d’ailleurs ne peuvent légitimer l’idéologie rétrograde des lepénistes.
    A ce propos, papa paraine sa fille bien qu’elle l’ait réduit au rôle de Président d’honneur du Front National…
    Après la sortie de l’euro (!!!) on pourrait aussi revenir à la voiture à cheval, n’est ce pas ? Quand on entend les dernières outances de Mme Le Pen sur le caractère néfaste pour la France de son appartenance à la zone euro, on se dit qu’elle a d’énormes progrès à faire en matière de politique économique et monétaire. Sur ce point, elle esquive systématiquement toutes les questions pertinentes qui lui sont posées. Pourquoi donc ?
    S’il devait y avoir une liste d’aptitude à la fonction présidentielle, elle serait recalée immédiatement sur épreuve ! Et dire que certains la croient apte ! Quelle illusion ! En revanche, s’il y avait une épreuve de xénophobie et d’islamophobie, elle aurait quelque succès à condition de réviser avec le sieur Wauquiez du parti Les Républicains.

    1. Patrie haute descendez de votre cheval .Les œillères c’est pour la monture pas pour le cavalier. Vu dans quel état se trouve la France pas mal de président n’avaient pas les aptitudes requises. Casse toi petit con…je ne vous parle du bruit et des odeurs…les gaulois…les auteurs de ces tirades ne seraient ils pas un peu démagogues pour ne pas dire …? heureusement que les journalistes font leur travail…informer. Pour les magouilles gauche et droite se disputent le leadership.

  3. Sans compter que Mme Le Pen a une attitude inadmissible vis à vis de la justice. Comme d’autres, elle doit s’expliquer au plus vite et accepter d’être mise en examen pour ses magouilles éventuelles avec le parlement européen.

  4. Chers anonymes,

    L’UE et l’euro ne sont pas l’Europe. Les Britanniques comme les Suisses ou les Norvégiens en savent quelque chose contrairement à vous. Ils n’en sont pas moins performants économiquement.
    Quant à la justice, elle attendra bien gentiment que les élections soient passées comme l’immunité le permet.
    Que le système panique est une chose mais voilà … les Français sont en passe de remettre les pendules à l’heure et de lui demander des comptes au nom de la démocratie bafouée depuis … y compris par le parlement Européen contre lequel ils ont voté le 29 mai 2005.
    Patriotiquement votre !

  5. Le jour où l’héritière de Montretout pourra assimiler la différence entre « base monétaire  » et  »masse monétaire  » elle ne parlera plus du tout de la sortie de l’euro à laquelle une large majorité de patriotes français (et non pas russes !!!) est hostile. Il faut que les pseudo-patriotes populistes du FN arrêtent d’enfumer le peuple. Leur bateleuse ne prend aucun risque personnel, elle peut fuir la justice en étant certaine de percevoir la rente du désespoir.
    Quel avenir !

  6. Revenons au franc, aux nations avec nos frontières qui protègent et nous serons heureux pour la suite.Ce qui ne sont pas content n’ont qu’à s’exiler.

  7.  »Ceux » qui ne sont et non pas  »ce » qui… France a visiblement besoin de quelques leçons de français avant de faire une leçon passéiste aux Français. Il serait utile que France nous dise quelques mots sur la mondialisation et sur les entreprises multinationales qui ont le pouvoir, dans la perspective du retour au passé qu’elle préconise. N’importe quoi ! Si on a du pognon, c’est pas grave. La patriote de Montretout est à l’abri du besoin, ce qui n’est pas le cas de la majorité de ses futurs électeurs… J’aimerais tant me tromper !

    1. Il y a fort à parier que Macron va être élu. Si tel est le cas on va s’éclater de rire lorsqu’il nommera son 1er ministre qui devra composer son gouvernement selon le résultat des législatives. Oui certains vont rire de joie mais d’autres vont rire…jaune! Pourvu qu’à l’étranger on nous prenne au sérieux…

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