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PROCÈS DJIHADISTES Le savant et le combattant : deux personnalités opposées à la barre

Entrée de la salle d'audience. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Entrée de la salle d'audience. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Deuxième jour du procès de la filière nîmoise de djihadistes devant le tribunal correctionnel de Paris. Hier après-midi, deux nîmois bien différents, Anas et Benoît, sont revenus chacun à leur manière sur les faits.

Les bras accoudés contre le box, Anas est très à l'aise. Autant dans son attitude que dans cette facilité à s'exprimer. Pendant près de trois heures, les lunettes parfois à la main, parfois sur le nez, le trentenaire répond aux questions de la présidente avec beaucoup de bagou et n'hésite jamais à livrer son analyse sur toutes sortes de sujets. Instruit, Anas aime donner son avis et n'hésite pas à plaider sa cause auprès de ses juges en leur écrivant des poèmes en alexandrin. Depuis sa cellule, il s'est également autorisé un courrier à l'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic, se présentant comme "un médiateur", pour lui proposer une "solution" pour qu'il y ait moins d'attentats en France. Aujourd'hui, à l'audience, il dit aussi regretter le niveau de culture de l'Islam extrêmement faible des musulmans de France. S'il est très prolixe sur sa vision de l'Islam, il l'est un peu moins sur son départ en Syrie et ce qu'il a fait sur place.

-           Je ne suis pas allé là-bas pour mourir. Moi, mon projet, c'était de partir aider. Mon projet, c'était la chute du régime de Bachar El-Assad. Je projetais de faire ma vie là-bas.

Anas :"Je n'ai pas combattu"

A l'écouter, pendant les cinquante jours passés en Syrie, il n'aurait jamais combattu.

-           Au début, on s'occupait des blessés, on changeait les compresses. On déchargeait des camions. Après, mon rôle était d'aller chercher les blessés. Mais je n'ai pas combattu.

-           Ça fait quelques années que je suis dans cette chambre, coupe la présidente, et je n'ai entendu que des gens qui sont partis faire de l'humanitaire.

Sa "mission humanitaire" lui coûtera un éclat d'obus dans la jambe. Une blessure qui a précipité son retour en France en novembre 2012. A cette date, après un passage dans un hôpital de banlieue parisienne pour se faire soigner, il raconte être retourné auprès des siens à Nîmes, occupant ses journées à monter des escroqueries pour gagner de l'argent ou à jouer avec une réplique de kalachnikov avec son fils de 6 ans "mais je ne lui tirais pas dessus", croit-il bon de préciser. Seulement, il n'a pas complètement coupé les liens avec la Syrie puisqu'il jouera, en mai 2013, un rôle d'entremetteur entre deux frères sur le départ et un ami présent sur le sol syrien. Mais encore une fois, Anas minimise son rôle.

-           Si je résume votre position, vous nous dites : "je suis allé en Syrie auprès de l'ASL (Armée Syrienne Libre, NDLR) pour aider les gens. Je me suis fait tirer dessus et on m'a rapatrié", indique la présidente qui semble peu convaincue par cette version.

Benoît : "Ce qui m'intéressait, c'était de faire la guerre"

Elle n'en obtiendra pas plus. Pour Benoît, en revanche, c'est une autre histoire. Le jeune homme de 23 ans à la queue de cheval, qui a grandi à Caissargues, assume tout ou presque. Il raconte son enfance difficile : une mère décédée alors qu'il avait 3 ans, son père avec qu'il ne s'entend pas, son adolescence passée à la Zup de Nîmes, sa conversion à l'Islam "pour faire comme tout le monde" vers l'âge de 15 ans. A sa majorité, Benoît se radicalise en prenant exemple sur son voisin, son modèle, Axel, parti en Syrie avec Anas.

-           Axel, c'était une figure, je voulais être comme lui. Ce qui m'intéressait, c'était de faire la guerre.

Sa franchise étonne la présidente :

-           Ça nous change !

Du coup, la magistrate en profite :

-           Vous reconnaissez être parti pour faire le djihad ?

-           Oui, bien sûr. J'avais de la haine envers tout le monde. Tout ce qui était en rapport avec la violence, ça m'attirait. Mais après, sincèrement, la démocratie ou la charia, je m'en foutais.

Pourtant, tout comme Anas quelques minutes plus tôt, Benoit explique lui aussi qu'il n'a pas pris part aux combats malgré des photos de lui arme à la main et ceinture explosive à la taille. Quant aux écoutes téléphoniques dans lesquelles il dit, entre autres, rêver de se faire exploser dans un train, c'était du "blabla" pour impressionner une jeune femme. Il résume :

-           En fait, tout ça c'était un effet de mode, ça ne touchait que les jeunes qui étaient en crise.

On ne sait pas encore si Mohamed et Djéson, entendus ce mercredi, se présenteront comme des jeunes en crise ; ni s'ils pencheront pour la franchise de Benoît ou les explications plus ambiguës d'Anas et de Fatima (relire ici). Réponse dans quelques heures.

Tony Duret

tony.duret@objectifgard.com

 

 

 

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Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

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