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Publié il y a 4 ans - Mise à jour le 05.06.2018 - abdel-samari - 3 min  - vu 11316 fois

FAIT DU JOUR Une mosquée historique ou une belle histoire familiale Nîmoise ?

Le mystère qui entourait une maison du Mont-Duplan d'inspiration mauresque semble se dissiper même si quelques interrogations demeurent.
Henriette et Louis Baillet à l'origine de la maison d'inspiration arabisante à Nîmes qui a suscité la curiosité historique (Photo : DR/Objectif Gard)

Amoureux de l'Algérie et de la culture arabo-musulmane, le couple partait chaque année de l'autre côté de la Méditerranée pendant plusieurs semaines à la recherche des trésors et des secrets qu'offrent l'ancienne colonie française. Pour parfaire leur passion, ils décidèrent de construire une maison familiale aux couleurs du pays qu'ils aimaient tant. Pour cela, ils firent appel à un architecte qui construisit la demeure dont ils avaient toujours rêvé. Ce faisant, ils ramenaient à Nîmes un peu de l'Algérie dont ils sublimaient la culture.

Quelle ne fut pas la surprise de leurs petits-enfants et arrières-petits-enfants de découvrir notre article de ce dimanche et l’émotion collégiale que suscitait l'évocation dans nos colonnes de cette maison qui, d'une certaine manière, rendait hommage à leur famille et à leurs aïeux.

La maison extraordinaire

L'un des arrières-petits-fils, Benoit Baillet, adjoint au maire de Redessan et vigneron, a pris directement contact avec nous et raconte avec tendresse "cette maison extraordinaire où nous passions tous nos étés." Reconnaissant que l'édifice construit par ses arrières-grands-parents peut ressembler de près ou de loin à un  "lieu historique", il évoque surtout "un bien de famille, construit au début du siècle" baptisé « Le Minaret » qui appartenait jusque-là à Denis Reynaud, petit-fils du fondateur de la Clinique du Mont-Duplan, le docteur Louis Baillet. Une histoire de famille on vous dit...

Depuis, la parcelle a été vendue à un promoteur immobilier, Cogedim, qui annonce la création d'un "superbe domaine privé, entièrement sécurisé, avec piscine" en lieu et place de la vénérable bâtisse. Selon le document de promotion de ce programme immobilier édité par la société, Cogedim a sélectionné "une des plus belles adresses nîmoises pour des appartements du studio au 4 pièces". Mais Benoit Baillet l'assure : "à ma connaissance, aucun projet de destruction n'est à l'ordre du jour." En effet, selon lui, les constructions de ce domaine privé seront réalisées dans le parc boisé de plusieurs hectares où d'ailleurs, un chêne centenaire a été conservé. Et la maison d'Henriette et Louis Baillet sera séparée de ce projet par un mur.

Il est important de préciser que l'un des fils de Louis Baillet, lui aussi médecin, n'était autre que le docteur Claude Baillet, adjoint au maire d'Émile Jourdan à Nîmes, l'un des fondateurs de la Feria de Nîmes en 1952 et qui a depuis quelques années une avenue à son nom devant le centre commercial Cap Costières. "Claude Baillet a passé toute son enfance dans cette maison", assure notre interlocuteur.

Et Benoit Baillet de rajouter "que c'est tout une époque qui disparaît mais je voulais absolument vous raconter notre histoire familiale en hommage aussi à mon arrière-grand-mère qui a vécu dans cette maison jusqu'à ses 102 ans."

Même si elle ne conteste pas l'histoire de cette famille Nîmoise, l'avocate Khadija Aoudia conserve ses doutes : "je ne doute pas que l'immeuble dont il s'agit ait été la propriété de personnes physiques durant ce dernier siècle, le registre cadastral en atteste. Je ne peux que constater que cette grande Dame qui n'était pas de confession musulmane, était très sensible à l'architecture des mosquées du Xe siècle et qu'elle était singulièrement attachée au premier pilier de l'islam pour reproduire en arabe les versets 163 et 255 de la sourate El Bacara sur ses portes, au point qu'elle s'en inspirait pour construire sa demeure à l'identique des moquées de cette époque."

Par ailleurs, l'avocate Nîmoise trouve surprenant que la famille Baillet ait pu obtenir toutes les autorisations légales aussi facilement des services d'urbanisme de la ville de Nîmes : "sa détermination à convaincre les autorités pour la réalisation de son projet est extraordinaire tant l'histoire des premières mosquées en France au début du XXe siècle fut compliquée."

Et de conclure : "Il est une différence substantielle entre les êtres vivants et leurs œuvres. Les uns, disparus, sont muets tandis que les pierres ou les ossements continueront toujours à nous renseigner sur l'histoire de l'humanité."

Une demeure qui aura, bien involontairement, fait parler d'elle et n'aura été, peut-être définitivement, une mosquée que le temps d'un week-end...

Abdel SAMARI

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