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Publié il y a 1 an - Mise à jour le 29.08.2022 - francois-desmeures - 3 min  - vu 2233 fois

LASALLE Le cabinet d'infirmiers libéraux dans l'impossibilité de reprendre la tournée de soins à domicile

La maison de santé pluri-professionnelle de Lasalle, qui abrite aussi le cabinet d'infirmiers (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Laurent Adamick, l'un des quatre infirmiers libéraux de Lasalle (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Surchargé lui-même, le cabinet d'infirmiers libéraux de Lasalle effectue des actes médicaux, qui peuvent parfois être complétés par des actes d'hygiène. Sollicités par le service de soins infirmiers à domicile (SSIAD) de la fondation Rollin d'Anduze pour reprendre la tournée que la fondation ne peut plus assumer (relire ici), les infirmiers s'expliquent sur les raisons de leur refus. 

"Du jour au lendemain, il nous a été demandé de prendre la relève." Laurent Adamick et ses trois collègues libéraux du cabinet d'infirmiers de Lasalle en sont désolés. "Mais dans la tournée, nous avons tellement de soins techniques..." À eux quatre, ils couvrent une zone qui va de Sainte-Croix-de-Caderle au col du Rédarès, en passant par Soudorgues, Colognac, Vabres, Thoiras ou Saint-Bonnet-de-Salendrinque. Soit environ 3 000 habitants concernés sur 140 kilomètres de linéaire.

"Nos journées courent de 6h à 20h"

"Nous sommes sur-dotés. Pour qu'un nouvel infirmier puisse mettre sa plaque, il faut qu'un soit parti." Une dotation qui s'explique par les besoins de la population concernée, plutôt âgée. "On assure deux tournées pérennes, plus une permanence le matin, sans rendez-vous, pour rendre service à la population" et assurer, sur place, le besoin urgent en prises de sang, changement de pansement, etc. "Et, l'après-midi, on pratique des tests Covid. Donc, nos journées courent, généralement, de 6 heures à 20 heures", plaide Laurent Adamick. Dans ces conditions, "à quel moment on peut intégrer le SSIAD dans notre tournée ? Et si on dit oui une fois, pourquoi ? Et à qui ?"

Et quand bien même un créneau, bien illusoire, venait à se libérer, Laurent Adamick rappelle que le travail d'infirmiers donne la priorité aux actes médicaux. "Le 'nursing' fait partie de notre profession. On vient à le faire dans certains cas, comme lors d'accompagnement de fin de vie." Un contexte qui ne relève pas uniquement du besoin d'hygiène prodigué par un aide-soignant mais nécessite d'autres compétences. "Nous sommes dans un contexte de vieillissement de la population et de dépendance. Il faut comprendre que nous sommes chargés de soins techniques que personne d'autre ne peut faire, argumente Laurent Adamick. Ceci peut concerner des chimiothérapies, qui s'accompagnent d'un soutien aux familles, des suivis de rendez-vous médicaux, de chimiothérapie en ambulatoire, etc. Par exemple, du jeudi au dimanche, on assume un programme de chirurgie ambulatoire qui nécessite deux à trois passages par jour pendant cinq jours. C'est un dispositif que seuls les infirmiers peuvent toucher." Cet accompagnement des soins, ce suivi de la douleur, notamment en matière de soins palliatifs, répondent à un impératif : "Comment offrir une prise en charge qui soit à la fois de qualité et satisfaisante pour nous ?"

"On voyait que le personnel tournait beaucoup"

"Le SSIAD, assuré par la fondation Rollin, a une autorisation de 14 lits du fait du besoin d'aide à la toilette qui ne pouvait pas être faite par des libéraux. Ce qu'on a pu constater, depuis plusieurs mois, c'est qu'on voyait que le personnel tournait beaucoup. Puis, les quatre départs récents n'ont pas été remplacés. En plus de dix patients concernés, il y a en réalité une douzaine d'autres patients sur liste d'attente", se désole Laurent Adamick, qui s'est de toute façon trouvé devant le fait accompli : "Ici, on a une réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) par mois. Le SSIAD est convié chaque mois et, à aucun moment, le sujet n'a été abordé."

Et quand on lui demande son sentiment sur la crise générale de main d'oeuvre que traverse le système de santé français, Laurent Adamick se sent désarmé. "Je ne parviens pas à saisir ce qui se passe. Mais c'est latent depuis quelques années. Pour les infirmiers, je pense que le salaire y est pour quelque chose parce qu'on a quand même de la responsabilité au bout des mains." Quant à la solution proposée aux familles de personnes dépendantes, pour lesquelles la tournée SSIAD s'est brutalement arrêtée, de mettre provisoirement le patient en Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes), elle ne peut être acceptée : "Pour des gens qui ont réussi à garder un membre de la famille à son domicile jusqu'à ses 100 ans, c'est inconcevable de l'envoyer maintenant en Ehpad. Et puis, faire des Ehpad à tire-larigot, on a vu ce que ça entraîne..." 

Le "bricolage"mis en place se poursuit donc pour les familles. Sans solution à court terme pour la reprise des tournées.

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

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