Publié il y a 1 h - Mise à jour le 31.08.2026 - Julia Razil - 4 min  - vu 118 fois

FAIT DU JOUR Serge Meyssonnier, toute une vie au service de Mas-Thibert

Le docteur du village était aussi engagé pour Mas-Thibert. Adjoint au maire de 1989 à 1995 sous Jean-Pierre Camoin, puis de 2020 à 2022 sous Patrick de Carolis.

- DR

Il est une figure locale. Après 42 ans passés au chevet des Mas-Thibertais, le docteur Serge Meyssonnier est contraint de prendre sa retraite. Arrivé dans le village en 1984, ce médecin de famille à l'ancienne, aussi passé par la vie municipale, laisse derrière lui bien plus qu'un cabinet médical.

À 72 ans, et de son propre aveu, il aurait aimé exercer encore un peu, "quelques semaines, quelques mois...". Mais malgré toute sa bonne volonté, le docteur Serge Meyssonnier s'est vu contraint de prendre sa retraite. "Mon état de santé ne me le permet plus", confie le médecin de Mas-Thibert. "Mon travail me plaisait toujours, même si, comme tout le monde, les jours où l'on est fatigué, on râle un peu. Aujourd'hui, c'est un crève-cœur de m'arrêter comme ça."

C'est dans ce village que Serge Meyssonnier a choisi de s'installer il y a 42 ans. Et il n'en est jamais reparti. Au numéro 7 de la rue des Palmiers, dans un cabinet resté "dans son jus", il a posé son bagage de médecin généraliste pour ne plus jamais le reprendre. "C'était le 1ᵉʳ août 1984, précisément. Je me souviens que la veille de l'ouverture de mon cabinet, il y avait une mamé qui disait toujours qu'elle marchait avec le siècle : elle était née en 1899. Eh bien, le 31 juillet 1984, à 8 heures du matin, elle attendait déjà devant ma porte. Je lui ai dit que ce n'était pas encore aujourd'hui, mais demain que je commençais. Alors elle m'a répondu qu'elle reviendrait le lendemain."

"C'est un crève-cœur de m'arrêter comme ça"

Quarante-deux ans plus tard, Serge Meyssonnier s'en souvient encore : c'est là son tout premier souvenir de Mas-Thibert, ce village qu'il avait choisi parce qu'à l'époque, on lui avait dit que le médecin en place voulait partir. "Finalement, il n'est parti que deux ans après mon installation. Mais je me souviens encore que la première fois que je l'ai vu, il devait avoir 62 ans, et moi je n'avais pas 30 ans. Je m'étais dit qu'il était bien vieux pour continuer à exercer... Alors que maintenant, j'ai dix ans de plus que lui et que j'aurais pu continuer encore ! Comme quoi, tout est relatif", sourit-il.

Serge Meyssonnier était, comme on dit, un médecin à l'ancienne : un médecin de famille qui a vu défiler des générations de Mas-Thibertais. Ses journées débutaient à 8 heures, parfois plus tôt, mais il ne savait jamais à quelle heure elles se termineraient. "Je faisais le cabinet jusqu'à midi, 13h, 14h, voire 15h, puis je filais faire mes visites à domicile, pour les personnes âgées ou celles qui n'avaient pas la possibilité de se déplacer. J'ai toujours fait ça, à Mas-Thibert mais aussi à Arles, à Raphèle. Quand des patients déménageaient, je continuais à les suivre."

Une recherche de successeur… en vain

Ses patients avaient même son numéro personnel et pouvaient l'appeler en cas de coup dur. Pratique devenue plutôt rare, même quand on a la chance d'avoir un médecin traitant. "Mais je dois dire qu'ils n'en ont jamais abusé. Les rares appels que j'ai reçus dans la nuit concernaient des cas qui le nécessitaient vraiment."

À son arrivée, le village lui était encore largement inconnu. C'est ici qu'il découvre le Mazet, le camp des harkis : en 1962, ceux-ci vivaient encore dans ces baraquements. C'est là qu'il échange avec les anciens, "des gens adorables". Le Mazet ne sera détruit que près de trente ans plus tard ; à sa place se dresse désormais la stèle en souvenir du Bachaga Boualam. "Quarante-deux ans de médecine, ce n'est pas rien, glisse-t-il. Il se crée des liens affectifs qui font que j'ai l'impression d'abandonner les gens. D'autant qu'à Mas-Thibert, rien ne garantit qu'on trouve un nouveau médecin." Il en a cherché un, sans succès à ce jour, ce qui ajoute encore à sa peine.

Soigner et servir

Car à Mas-Thibert, Serge Meyssonnier est viscéralement attaché. Au cours de ces 42 années, il aura aussi été adjoint au maire, de 1989 à 1995 sous Jean-Pierre Camoin. Puis pendant les deux premières années du premier mandat de Patrick de Carolis. "Il nous avait promis beaucoup de choses, dont un centre médical, pour la bonne raison que je ne suis pas éternel et que je lui avais dit qu'aucun jeune médecin ne viendrait s'installer dans mon cabinet. Ce centre médical devait accueillir un cabinet pour un généraliste, un bureau pour les infirmières qui exercent sur le village mais n'ont pas de point de chute, ainsi qu'une salle pour un kinésithérapeute."

"Cette promesse non tenue aura été l'un des motifs de discorde" entre le maire et son adjoint en 2022, pas le seul, puisqu'il y aura eu aussi l'affaire de la piscine d'été. Pourtant proches, notamment pendant la campagne de 2020, les deux hommes ne le sont plus. "Je ne le porte pas dans mon cœur", glisse le médecin. Une aventure politique et humaine qui lui laisse un goût amer, mais qui n'altère en rien l'amour qu'il porte à son village. "J'y suis profondément attaché, et à ses habitants aussi." C'est d'ailleurs ici qu'il a rencontré Yamina, son épouse.

Serge Meyssonnier ne compte cependant pas quitter les Mas-Thibertais sans un dernier au revoir. En septembre ou en octobre - la date n'est pas encore fixée - il organisera un grand pot de départ, pour marquer la fin d'une aventure professionnelle, mais surtout humaine, de plus de quatre décennies. Nul doute qu'ils seront nombreux à répondre à l'invitation. Bonne retraite, docteur Meyssonnier !

Il vous reste 80% de l'article à lire.

Pour continuer à découvrir l'actualité d'Objectif Gard, abonnez-vous !

Votre abonnement papier et numérique
à partir de 69€ pour 1 an :

  • Votre magazine en version papier et numérique chaque quinzaine dans votre boite aux lettres et en ligne
  • Un accès illimité aux articles exclusifs sur objectifgard.com
Julia Razil

Actualités

Voir Plus

A la une

Voir Plus

En direct

Voir Plus

Studio