Publié il y a 47 min - Mise à jour le 11.06.2026 - Abdel Samari - 2 min  - vu 54 fois

ÉDITORIAL Quand la raison recule

Justice
Photo d'illustration DR

De Beaucaire aux arènes de Nîmes, jusqu'au drame de Lyhanna, la tentation de se faire justice soi-même gagne du terrain. Une dérive inquiétante.

Depuis quelque temps déjà, on observe une forme de radicalisation dans le débat public. Une partie de nos concitoyens semble considérer que nous ne vivons plus dans un État de droit. Que les règles ne s'appliquent plus vraiment. Que chacun pourrait désormais faire sa propre loi au nom de ses convictions. Les exemples ne manquent pas. Même la classe politique donne parfois le mauvais exemple. À Beaucaire, il a fallu des années de procédures et de condamnations judiciaires pour que la municipalité renonce enfin à installer des crèches de Noël dans les bâtiments publics. Comme si les décisions de justice pouvaient être ignorées lorsqu'elles ne correspondent pas à ses convictions. Dans un autre registre, on pourrait citer Jeremstar. Opposé à la corrida, l'influenceur s'est introduit sur la piste des arènes de Nîmes en pleine représentation. Relaxé pour une question de procédure, il invite à présent ses abonnés à recommencer. Pourtant, qu'on les apprécie ou non, les corridas sont autorisées par la loi à Nîmes. Dans une démocratie, on combat une pratique par le débat ou par la loi, pas en s'affranchissant des règles. Cette tendance est préoccupante. Elle l'est encore davantage lorsqu'elle touche à des affaires dramatiques. Après le meurtre de la jeune Lyhanna, l'émotion est immense et légitime. Nous pensons évidemment à sa famille et à ses proches. Mais depuis plusieurs jours, on entend aussi monter des appels à la vengeance. Sur les réseaux sociaux comme sur certains plateaux de télévision, des voix expliquent qu'elles se feraient justice elles-mêmes. Cette dérive est dangereuse. Cette affaire est devenue un fait de société parce qu'elle soulève de nombreuses questions sur les défaillances qui ont pu conduire à ce drame. Ces interrogations sont légitimes. Les responsabilités devront être établies. Mais aussi bouleversés que nous soyons, nous ne pouvons pas céder aux jugements expéditifs ni aux déclarations à l'emporte-pièce. Au contraire, ce drame exige de la rigueur et du sang-froid. Il faut comprendre ce qui n'a pas fonctionné, pourquoi cela n'a pas fonctionné et comment éviter qu'une telle tragédie ne se reproduise. Cela suppose de laisser la justice, les enquêteurs et les institutions faire leur travail. La France n'est pas le Far West. Hier, nous comptions déjà soixante millions de sélectionneurs. Nous comptons désormais beaucoup trop d'experts autoproclamés qui ne connaissent souvent ni le début, ni le milieu, ni la fin de l'histoire. Face à un drame aussi terrible, nous méritons mieux. Nous méritons davantage de sérieux, de responsabilité et de mesure.

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