A la uneActualité générale.Actualités

DISTRIBUTION D’ÉLECTRICITÉ : POURQUOI LE GARD NE CONNAÎT PAS LA « CRISE » ?

© Yves Soulabaille et Luc Jeannepin

Le département et la région ont connu une vague de froid exceptionnelle, au début du mois de février 2012. Sans doute moins exceptionnelle par l’intensité du froid que par la soudaineté de l’évènement météorologique qui a surpris tout le monde, tant l’hiver fut doux jusque-là. Les flamands littéralement frigorifié dans les étangs de Camargue en attestent. Notons tout de même que les températures négatives ont duré sur l’ensemble du territoire, et dans la région, on a compté plus de dix jours sans dégel (dans l’étang de Thau et du Baccarès, ce qui n'était plus arrivé depuis la vague de froid de janvier 1985).

Il n’y a donc pas que les observateurs ornithologique et tous ces petits animaux à plumes qui ont été directement touchés par la vague de froid durant une quinzaine de jours (du 1er au 13-14 février), les acteurs économiques liés à la production d’énergie ont été plus que sollicités, avec toujours des problèmes d’approvisionnement en Bretagne et en PACA, « en bout de chaîne » comme on a l’habitude de le dire familièrement.

Levons quelques préjugés…

© Sophie Loubaton

On peut se demander pourquoi le département du Gard n’est pas touché par ce problème de pénurie d’électricité, une énergie en majeure partie utilisée par les  Français pour se chauffer en hivers.

Par comparaison, Gilles Odone, du Réseau de Transport d’Electricité (RTE), explique que « pour alimenter le Var, un des départements de PACA, on a un seul axe à 400.000 volts [haute tension]. Si on perd cette axe [pour diverses raisons d’ordre technique, incidents etc.], on ne peut plus alimenter la région, jusqu’à la ville de Nice ». D’où la nécessaire mise en place d’un « filet de sécurité » comme le rappelle RTE, et en écho à une réunion de travail qui s’est tenue le 1er décembre 2008 au ministère de l’Ecologie, qui contient « deux volets indissociables » : Un programme ambitieux d’économies d’énergies et de développement de la production électrique à base d’énergies renouvelables, en association avec les départements du Var et des Alpes Maritimes ; et la constitution de trois nouvelles lignes 225.000 volts souterraines (entre Manosque et Trans en Provence de 66 km, entre Fréjus et le poste électrique de Biançon dans le Var de 26 km et une ligne entre Biançon et Cannes de 17 km).

© Fabrice Arfaras

Le Gard, la région Languedoc-Roussillon, comme la région PACA sont alimentés principalement par la production d’électricité provenant de la vallée du Rhône, et les 700 mégawatts produites en grande partie par les centrales nucléaire (EDF) de Cruas et de Tricastin. Rappelons qu’à un instant « T », une ville de 100.000 habitants réclame en moyenne que l’on produise 100 mégawatts pour sa consommation en électricité. Pour Marseille (un million d’habitants), c’est  1000 mégawatts que l’on consomme en moyenne vers 19h00 (au moment du pic de consommation journalier), comme nous l’indique à titre d’exemple RTE.

Qu’est-ce qui fait que le Gard est préservé ?

Tout se passe à Tavel. C’est à cet endroit que se trouve « un nœud électrique », comme nous l’indique M. Odone (RTE), qui nous rappelle de ne pas faire « l’erreur » de raisonner en termes départemental. En effet, l’électricité ne se stocke pas (ou très difficilement), et elle circule partout, ne connaît pas les frontières.

Nous ne pouvons donc « économiser » pour nos voisins de la PACA, en espérant qu’ils profiteront d’un « surplus » de notre part. Techniquement, le Gard profite de sa situation géographique et de ce nœud électrique situé à Tavel et de ce « filet de sécurité » : pas moins de cinq lignes à hautes tensions, redistribuées ensuite dans d’autres régions.

Autre idée préconçue qui ne tient pas en réalité : plus on a de sites de production, plus on est sécurisé en termes d’alimentation électrique ? C’est faux. Puisque dans le Gard, nous ne connaissons pas les mêmes problèmes de pénuries, coupures ou délestage que connaissent nos voisins de Provence. Or, la centrale de Phénix a cessé définitivement son fonctionnement en 2009, alors qu’elle avait pour vocation de produire de l’électricité.

Désormais, le plus important site de production d’électricité gardois, à une époque où la production d’électricité dite « verte » est encore très faible, c’est la centrale thermique d’Aramon : une centrale EDF qui fonctionne au fioul. D’après sa directrice, Valérie Audoubert, cette centrale d’appoint, qui a un rôle « d’ajustement », d’une capacité de puissance de 1400 mégawatts est « l’une des plus importantes installations thermiques (au-delà du Gard) de la région et du territoire Français dans son ensemble ».

Aramon : un moyen de production réactif et flexible

Et l’épisode vécu durant la première quinzaine de février témoignerait parfaitement de son rôle d’après la directrice du site qui emploie à l’année 130 agents EDF, en plus d’une centaine de prestataires (pour des tâches de maintenance et opérationnelles) : « répondre aux sollicitations du réseau [le client RTE en l’occurrence] sur cet épisode météorologique exceptionnel ». Bref, une réponse exceptionnelle à une situation exceptionnelle. C’est cela le rôle de cette centrale.

© Fabrice Arfaras

Deux records ont été battus en ce mois de février 2012 d’après Mme Audoubert, en termes de consommation, donc de production, sur l’ensemble du territoire Français. Finalement, la barre symbolique des 100.000 megawatts de consommation a été dépassée entre 19h et 20h le mercredi 8 février (101.700 mégawatts précisément) au niveau national. Le site d’Aramon qui a participé à cette production ponctuelle, avec sa puissance de frappe de 1400 mégawatts, a assuré 303 heures de fonctionnement, pour 120.000 mégawatts d’électricité produite sur ces 14 jours. Un « bon souvenir » pour la directrice du site : « J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler dans ces conditions, puisque l’on a réussi à satisfaire cette demande exceptionnelle ». Un épisode d’une ampleur qu’elle n’avait pas encore connu nous dira-t-elle.

La conclusion de cette dernière expérience météorologique, comme Valérie Audoubert le précise elle-même, c’est d’avoir un comportement « citoyen » autant que faire se peut durant ces périodes de froid, ou de grandes chaleurs, durant lesquelles nous consommons davantage, mais ces mesures citoyennes, n’auront pas d’incidences sur d’éventuelles capacités de « réserve d’électricité » pour le futur(comme expliqué plus haut). Nous pourrions tout de même objecter, que, si nous consommons moins, les centrales qui fonctionnent au fioul, feront peut-être des économies sur le précieux hydrocarbure nécessaire à produire de l’électricité…

Info Plus :

Un point sur les sites de production limitrophes du Gard : Cruas et Tricastin (centrales nucléaires EDF) ; d’autres sites de production de la Compagnie Nationale du Rhône alimentent notre réseau à partir de la région de Lyon (des sites de production hydrauliques), mais aussi en PACA, dans la Drôme, l’Ardèche, le Gard (Avignon, Bollène, Beaucaire, Caderousse, Sauveterre…) ; à Martigues-Fos (Bouches-du-Rhône), l’unité de production EDF et GDF Suez « E.ON » (des centrales nouvelles générations fonctionnant au gaz) ; et le site de production thermique d’Aramon (EDF).

Etiquette

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité