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GARD : « PARTICIPATION CITOYENNE », SOLIDARITÉ PLUTÔT QU’ESPIONNAGE…

Photo © objectifgard.com / MA

Un système de "Participation citoyenne", sur le modèle anglais du « Neighborhood Watch » serait-il en train de prendre place de manière pérenne et efficace dans notre département du Gard (5 communes s’étant engagés le 2 février dernier – Beaucaure, Villeneuve-lès-Avignon, Nîmes, Quissac et Saint-Laurent-des-Arbres) ? C’est en tout cas, ce qu’appellent de leurs vœux le préfet du Gard, Hugues Bousiges, le commissaire Yannick Janas, Directeur départemental de la sécurité publique par intérim, l’adjoint au maire Richard Tibérino (chargé de la sécurité), ainsi que la douzaine de « référents volontaires » présent ce mercredi 7 mars à l’hôtel de police de Nîmes à la suite d’une session de formation proposée par la police nationale. Une formation dispensée par Bruno Fuster, commandant de police en retraite, au profit d’une douzaine d’habitants référents, le plus souvent des président(e)s  de comité de quartier, impliqués dans la vie de celui-ci, comme l’un d’eux, qui précise : « j’ai quatre trousseaux de clés de mes voisins, parce qu’on se supplée déjà pendant les absences des uns des autres ». C’est justement l’idée du dispositif d’après Hugues Bousiges qui avait été interpelé par un reportage sur le système anglais, il y a une dizaine d’années. Un dispositif qui « appelle à la responsabilité de chacun et à la solidarité, dans une société de plus en plus individualiste », comme le regrette le représentant de l’État.

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Pourtant, lors d’un tour de table, qui avait vocation à présenter les référents volontaires des trois quartiers nîmois sélectionnés pour la mise en œuvre du dispositif de surveillance de la part des habitants (La Cigale, Puech du Teil, Carreau de Lanes-chemin des Dixmes), devenu national après les premières expériences en 2005 dans les Alpes-Maritimes, puis en 2010 dans le Gard, à Aujargues (860 habitants), l’un d’eux, Gilles Roland, du Carreau de Lanes, qui a déjà subi plusieurs cambriolages, dont un vol de voiture dans sa maison un 31 décembre, soulève la question de la peur de « représailles » qui justifierait le fait que certains ne portent pas plainte, citant des exemples de témoignages vécus. Pour le préfet, c’est pourtant « en privant de matériel [le dépôt de plainte] les policiers » qu’on leurs reprochent ensuite l’absence d’interventions. Un autre point soulevé par M. Roland : « cette démarche citoyenne, j’y crois, mais il faut que nous le soyons tous [solidaire], et que cela ne devienne pas de la délation, que l’on aille épier les voisins, leur vie privée ». A cela le chef de cabinet du préfet, Christophe Perrin, précise que « chaque citoyen volontaire signe une charte d’engagement qui cadre bien les attributions de celui-ci, et exclut notamment toute transmission d’information concernant la vie privée de son voisinage ou ayant un caractère politique, syndicale, racial ou religieux » (s’il a un doute il peut s’adresser aux correspondants des polices nationale ou municipale). Et le préfet d’ajouter que « cette formation vous rappelle ce que vous pouvez faire ou non. Vous n’êtes pas des chérifs. Vous devez juste être attentifs à ce qui se passe, comme un service rendu aux autres ». Hugues Bousiges, regrettant une nouvelle fois le « repli sur soi » a rappelé que « nous sommes co-responsables de la sécurité publique », et qu’il ne s’agirait pas simplement de l’affaire de la police municipale et nationale « dès lors que l’on paie ses impôts », soulignant aussi l’importance « des actes élémentaires de prévention », prenant en exemple la tragique affaire de « la petite Océane ».

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A cette occasion, le préfet en profite pour rappeler que les chiffres liés à la délinquance étaient « bons », et M. Tibérino ceux de la police municipale de Nîmes "avec 3.600 arrestations en un an, et une baisse significative de vols avec violence et de cambriolages constatés depuis plusieurs mois". Pourtant le préfet lui-même ne manque pas de lancer sur le ton de la plaisanterie en direction de M. Janas, durant la réunion, à propos du standard de police secours (17) : « ils répondent au moins ? ». Puis, il souligne l’importance des patrouilleurs qu’il a suivi sur le terrain la veille, et dont il a constaté « le rôle de persuasion, dissuasion, répression ».

Au programme de la formation suivie par les douze personnes présentes (17 volontaires doivent être intégrés d’après Bruno Fuster, le formateur, qui programme déjà d’autres sessions) :

- présentation du dispositif participation citoyenne et programme de stage

- présentation de la CSP de Nîmes ;

- points de réglementation dont légitime défense (deux films), interpellation et vidéo-protection chez les particuliers ;

- visite du Centre d'Information et Commandement ;

- témoignage et le recueil de renseignement, avec mise en situation des participants ;

- police technique et scientifique – conservation des traces et indices.

Quel est l’objectif de ces « voisins vigilants » finalement ? Organiser la transmission et la remontée, aux forces de l'ordre et informer de ce qui peut être recueillir sur le terrain.

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Les 3 missions essentielles du référent sont :

- exercer des actes élémentaires de prévention concernant les logements momentanément vacants (ramassage du courrier, surveillance) ;

- détecter les comportements suspects ;

- signaler aux forces de l’ordre les faits anormaux (dégradations, incivilités, présence de véhicule semblant en repérage).

Comment fonctionne le dispositif ? Il répond à deux niveaux d’action :

1. Les référents de quartiers centralisent et analysent les informations fournies par les habitants du secteur et les transmettent à un coordonnateur.

2. Le coordonnateur transmet ensuite les informations pertinentes à des interlocuteurs repérés au sein des forces de l'ordre (police nationale et municipale).

Comme le commissaire Janas l’a indiqué lors de la présentation du dispositif ce mercredi, les informations sont transmises par email ou par la plateforme téléphonique du 17, avec un moyen d’identifier à chaque fois les référents, « un filtre pour les informations non-urgentes ».

Quelque doléance et remarques prononcées par les référents lors du tour de table opéré ce mercredi à l’hôtel de police de Nîmes : « qu’il y ait d’autres formations de ce type régulièrement pour les référents », et que « le logo lié à ce dispositif mette en avant la solidarité entre voisin, plutôt que l’utilisation d’un œil par exemple » [intrusif], ou encore « dans ce mariage à trois entre nous police nationale et police municipale, que la police municipale ait une place importante à jouer… » Bref, tout semble se mettre en place, avec des ajustements à venir. Ce que l’on espère dans ces quartiers concernés (secteur pavillonnaires ou péri urbains), c’est l’efficacité du dispositif, puisque nombre d’entre-deux ont subi plusieurs cambriolages. Le temps dira si cette nouvelle solidarité fonctionne.

Infos Plus :

Nombre de cambriolages dans la Gard et à Nîmes (sources, préfecture du Gard) :

- En 2010, 6.253 (dont 4.136 résidences principales) déclarés dans le département et 1914 à Nîmes.

- En 2011 6.678 (dont 4.731 résidences principales) déclarés dans le Gard, et 2158 (+ 13%) à Nîmes.

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