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NÎMES : UNE NOUVELLE ESPLANADE POUR UNE INVITATION AU RÊVE… ?

Photo © objectifgard.com / MA

La municipalité de Nîmes avait préparé tout son monde avant l’inauguration officielle annoncée d’un des nombreux chantiers en cours dans la cité romaine. Ce samedi, vers 11h00, sous un beau soleil de printemps, la nouvelle Esplanade Charles de Gaulle, située entre les Arènes et l’avenue Feuchères, est passée de l’ombre à la lumière. Un hectare de verdure et de béton invitant à la flânerie et à la détente…

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Nous étions prévenus. Effectivement, l’ambiance de fête était au rendez-vous, le public accueilli par des « échassiers grooms » à l’une des entrées du site représentées par des tentes positionnées pour l’occasion, le tout sous une douce symphonie proposée dès la fin de matinée par les élèves du conservatoire de Nîmes, applaudis par une esplanade de près d’un hectare, « noire de monde ». Un cocktail offert attendait les riverains et personnes de passage, mais apparemment, ils étaient bien là pour prendre part à ce moment festif… pour ce qu’il offrait de nouveau dans le paysage nîmois. Après le parvis des Arènes inauguré en 2007, la deuxième tranche du projet A.E.F. (pour Arènes Esplanade Feuchères), entamé en 2010 devait bien voir le jour, deux ans après, dans un projet que le sénateur-maire Jean-Paul Fournier a voulu, comme il l’a rappelé dans le discours qu’il a tenu sur l’estrade ce samedi, plus global. Il a en effet relié le chantier A.E.F., qui se poursuit encore cette année avec l’aménagement de l’avenue Feuchère, celui des allées de l’avenue Jean-Jaurès, du TCSP, de l’Eco-quartier de Hoche-Sernam etc., afin ici, de retrouver « un espace dégagé jusqu’aux Arènes », et non plus « un rempart entre l’Ecusson et la Gare », dit-il, ne manquant pas de souligner que les moyens matériels permettront aussi d’accueillir nombre de manifestations (les deux férias, les jeudis de Nîmes, la fête de la musique, les jeux romains…).

Comme l’Architecte paysager responsable du projet qui l’a décroché il y a dix ans avec l’équipe de l'Atelier des paysages, maintes fois remercié à la tribune, de même que les diverses entreprises ayant participé aux travaux sur la partie béton comme sur la partie végétale, Alain Marguerit souhaitait, avec la municipalité, que l’on « retrouve un véritable lieu de vie », « un espace dédié à la rêverie et la flânerie », dit même Jean-Paul Fournier, qui cite d’ailleurs Charles Beaudelaire à la tribune : « un lieu où tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté » (Cf. L’invitation au Voyage - 1821-1867). Un lieu qui fait déjà de l’effet donc…

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Il faut dire qu’il a été rappelé lors de l’inauguration de ce nouvel espace réhabilité de près d’un hectare que celui-ci comporte 24.000 végétaux, dont plus de 70 arbres plantés qui en font « un jardin moderne », dixit l’édile de la ville, qui ne manque pas de « saluer la patience des riverains », notamment des commerçants, dont il n’oublie pas l’influence apparemment, puisqu’il rappelle qu’il « devraient en récolter les fruits, du fait de la nouvelle attractivité des lieux », avec divers kiosques implantés, dont 4 dédiés à la restauration , un espace vert, des bancs, une fontainerie, une pergola implantée sur le pourtour de l’Esplanade et prochainement recouverte par la végétation et qui permettra aux touristes et riverains de s’abriter du soleil. Bref, un vrai petit paradis…

Il n’empêche que ce lieu a aussi une histoire chaotique. L’esplanade historique date du 19e siècle, où elle constituait un lieu de promenade, alors qu’elle avait aussi servi à « accueillir la guillotine » comme le rappelle Jean-Paul Fournier avant de préciser que l’Esplanade avait aussi vu « un discours mémorable de De Gaulle », se souvient-il.

Quant à Alain Marguerit, qui n’a pas toujours été en accord avec la municipalité dans le cadre de l’avancée des travaux, il nous affirme que « c’est le projet que l’on souhaitait, même s’il n’est pas idéal. Les grandes lignes sont respectées ». Pour l’architecte paysagiste, à qui l’on doit entre-autres le réaménagement de la place de la Comédie à Montpellier, le parc et la montée de la grande côte à Lyon et qui a décroché le prix de l’aménagement urbain pour la réalisation du centre-ville de Vaux-en-Velin, « le projet l’idéal, c’est celui qui met en valeur ce qui existe sans trop en faire ». Il poursuit par une image : « Un arbre qui n’a pas de bon sous-sol ne poussera pas. C’est pareil pour la ville ». Un sous-sol riche d’un parking de 1.000 places nous dit-on par ailleurs. Même si M. Marguerit n’évoquait pas ici cette richesse-là, elle a peut-être son importance d’ordre pratique pour certains. Pourtant, quand on parle « voitures », l’artiste de l’aménagement paysager nous confie qu’il aurait bien convaincu Jean-Paul Fournier de renoncer à faire de l’avenue Feuchères une route de transit, laissant la place aux transports en commun et aux piétons. Nous attendons donc confirmation. « L’époque où la voiture dicte l’aménagement de l’espace est révolue », dit-il,  évoquant les questions de coût de carburant, le réinvestissement des grandes enseignes dans le cœur de ville (même si l’on peut se demander encore si en réalité la périphérie n’augmente tout de même pas encore un peu plus son pouvoir d’attraction).

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Ce qui est sûr, comme l’indique l’architecte, à la tête de ce projet d’aménagement de la ville, c’est bien « qu’en urbanisme, le temps est différent que celui des élus. On doit intégrer les évolutions sociales d’une société ». D’ailleurs, Alain Marguerit ne rejette aucune évolution futures, « dans le cadre de l’enquête publique qui a été imposée par la loi » et au-delà, après une nouvelle enquête publique. En tout état de cause, dans les cinq années qui suivent, « rien n’interdit que l’on n'étudie un changement de matériaux du sol qui recouvre l’esplanade des Arènes [souvent décriés par certains, mais que l’architecte relie à l’histoire de la ville]. « Ce n’est pas une question technique. On ne peut pas faire n’importe quoi. Il faut voir s’il y a un intérêt ou non », précise-t-il, après avoir rappelé que la nouvelle Esplanade n’était pas « un espace virtuel, mais un espace vivant qui évoluera au gré des saisons, un lieu paisible », en échos [peut-être] pour ce dernier point à ce que précisait Jean-Paul Fournier, lorsqu’il parlait d’espace « vidéo protégé ».

On aimerait croire il est vrai à ces discours puisqu’il a été question de « lieux de mixité » et du « vivre ensemble », où tous pourraient venir flâner. Un lieu « accessible aux personnes à mobilité réduite » et « où les activités humaines rencontre la nature dans le respect de la biodiversité ». D’ailleurs M. Marguerit fonde même l’espoir de « voir des ruches » apparaître dans cet espace, déjà agrémenté de végétation méditerranéenne, peu consommatrice en eau.

Qu’en ont-ils pensé ?

Nous avons interrogé une famille nîmoise installée depuis 1988, à 300 mètres de l’Esplanade, globalement satisfaite par le résultat, avec quelques bémols.

Jean-Louis, le mari semble apparemment séduit par les lignes « très géométriques, qui dessinent un carré, par rapport aux rondeurs des Arènes, ainsi que la végétation ».

Florence, sa femme, paysagiste et sans doute plus critique de par sa profession : « Je trouve qu’il manque des arbres, de grands arbres ». Elle s’appuie sur une étude réalisée lors des grandes périodes de sécheresse de 2003, où, à Lyon, on avait noté que selon les endroits, apparaissait des variations de 10° (Celsius) selon que les appartements étaient placés  dans un endroit où se trouvaient des arbres ou non. Mais Florence conclut tout de même par : « c’est un bon compromis au niveau de l’aménagement ». Apparemment sensible à la question des transports dit « propres », ils concluent, leur fille avec eux, « on attend de voir le trambus, et de l’utiliser tous les jours ».

A propos des travaux, « nous n’avons pas eu de désagréments, ni bruit, ni poussière, mais nous ne sommes pas juste à côté du chantier », précise-t-il.

Rencontré un peu plus loin, pour Rufin, à Nîmes depuis quatre ans : « j’en pense tout le bien », nous dit-il d’abord, avant d’ajouter qu’il « n’y a pas assez de sièges » et que « les lieux devraient être davantage fleuris ». Nous n’oublierons pas de faire la remarque aux paysagistes responsables si les premières plantes n’apparaissent pas d’ici peu… Laissons-leur le printemps.

Info Plus :

Le coût de l’opération A.E.F. (Arènes Esplanade Feuchères) est de 36 millions d’euros.

Pour découvrir le carnet botanique, extrait du carnet de plantations conçu par l'Atelier des Paysages, sous la direction d'Alain Marguerit, cliquer ici.

Pour découvrir les panneaux de l'expo "Histoire de l'Esplanade" visible sur place tout le mois d'avril, c’est ici.

Pour en savoir plus sur l'Esplanade, « un espace public à réinvestir », cliquer ici.

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3 réactions sur “NÎMES : UNE NOUVELLE ESPLANADE POUR UNE INVITATION AU RÊVE… ?”

  1. Bonjour,

    Nous sommes les échassiers « Grooms » présents pour l’inauguration de l’esplanade. Je voit que vous avez des photos des artistes. Pouvez vous me les faire parvenir par mail svp? Nous laisserons bien entendu votre logo et crédit photo.

    Merci

    Aurélie
    Artx Company

    1. Bonjour,

      J’étais à l’esplanade le jour de l’inauguration et j’ai fait quelques photos, notamment de l’orchestre, du discours du maire et de la femme faisant des acrobaties aériennes. C’est avec plaisir que je vous enverrai ces images (sans aucune contre partie) si cela vous intéresse.
      Fabrice Blanc

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