A la uneActualité générale.ActualitésEconomieEconomie.

GARD : LE PRÊT SUR GAGE, VRAI RÉVÉLATEUR DE LA CRISE ?

Photo D.R.

« Ma tante » se porte bien… Et quand on évoque la bonne santé de celle-ci on ne peut malheureusement pas se réjouir d’une nouvelle qui toucherait l’un des membres de sa famille, mais bien de la santé économique du pays. D’aucuns prétendent d’ailleurs que l’on pourrait en faire une sorte de « baromètre économique » en cette période de récession du fait de l’apparente explosion de l’une des principales activités du crédit municipal, comme l’évoquaient notamment nos confrères du Figaro cette semaine.

Mais de quel artefact s'agit-il ? Nous désignons par ce sobriquet de " Ma Tante " l’héritage du passé qui s’applique aujourd’hui et plus précisément à la pratique du prêt sur gage dont est chargé le crédit municipal, les anciens Monts-de-Piété devenant des « établissements publics à caractère social » par la loi du 24 juin 1851. L’histoire retiendra l’épisode par lequel le Prince de Joinville, troisième fils de Louis-Philippe, qui, pour honorer ses dettes de jeu, avait dû déposer sa montre en gage au Mont-de-Piété.

Aujourd’hui, pour le crédit municipal de Paris, L'activité de «ma tante» serait en constante augmentation depuis le début de la crise. Entre 2007 et 2010, le montant des crédits accordés serait passé de 30 millions d'euros à 50 millions d'euros.

Pour le Gard, on suivrait la même tendance que sur l’ensemble de la région Languedoc-Roussillon, comme nous l’indique Cécile Lhuire, Directrice Développement et Image pour le Crédit Municipal de Nîmes, dont le directeur d’agence, M. Ferralta, chapote l’ensemble des agences de la région (dont Alès, Béziers, Perpignan ou Montpellier). Pour Mme Lhuire, moins qu’un véritable baromètre de la crise, dont elle ne nie pas les effets, remarque davantage que « depuis 2007-2008, on a dédramatisé cette forme d’engagement ». On passerait plus facilement la porte du crédit municipal, ce qui serait dû à une meilleure communication de l’organisme, qui ne correspond pas à un banquier classique. Même s’il propose des services bancaires, des placements ou de l’épargne, sa vocation à caractère, en partie social, avec ses prêts à taux faible, en font une entité à part.

Quoi qu’il en soit, l’effet crise est bien là, et depuis 2007, le crédit municipal en Languedoc-Roussillon, et dans les mêmes proportions pour ses agences du Gard a vu le nombre de ses contrats de prêt sur gage croître de 37 %, sur cinq ans environ, à raison d’un rythme continu, d’après les informations du crédit municipal de Nîmes. Et le capital prêté a doublé sur la période, l’encours en capital passant de 10 millions à 20 millions d’euros (entre 2007 et 2012).

Cécile Lhuire a une autre explication à l’engouement de la clientèle qui a vu sa proportion grimper de 40 %. Celle qui précise que le prêt sur gage concerne essentiellement les bijoux (en or) et non les meubles et autres comme cela peut être le cas pour le crédit municipal de Paris souligne l’importance des valeurs « refuge » : « le prix du gramme d’or a beaucoup évolué. Un même objet déposé en 2007, valait trois plus lorsqu’on le déposait en 2010 ».

Depuis la crise, ce que met en exergue Mme Lhuire, au regard des difficultés de la population, correspond au fonctionnement des banques, à l’accès au crédit bancaire essentiellement : « les crédits revolving sont plus encadrés aujourd’hui comme les crédits plus classiques - et nous y prêtons attention aussi – ce qui fait que les gens trouvent une solution chez nous ».

Toutefois, concernant l’éventuelle difficulté grandissante à rembourser les prêts sur gage : « les choses sont restées stables depuis une dizaine d’année au moins. 93 % des objets sont récupérés aujourd’hui par leurs propriétaires », précise la directrice du marketing du crédit municipale de Nîmes.

D’ailleurs, même si le phénomène se développe avec l’envol du cours de l’or, l’objectif est respecté. Il s’agit de récupérer l’objet laissé en gage, pour l’obtention d’un prêt d’un montant minimum, égal à 50 euros (sans plafond) par contrats successifs de 6 mois, selon que le client a pu rembourser ou non à échéance, soit la totalité, soit les intérêts uniquement, auquel cas, le prêt est prolongé de 6 mois. On procède à une vente aux enchères si le propriétaire ne peut rembourser la totalité de l’emprunt. Si le client souhaite que le crédit municipal procède à la vente, de son bijou en or par exemple, par le biais d’une procédure de « vente requise », contrairement à une « boutique d’or », la personne a trois mois de délai de réflexion pour se rétracter.

Pour la petite histoire, Mme Lhuir nous précise que l’on peut avoir « des pendentifs en gage qui représentent des  choses réalisées sur mesure », que l’on ne trouve pas dans le commerce. Un exemple insolite : « Nous avons déjà eu en gage un habit de torero », témoigne-t-elle. Un dépôt en gage d’un objet très « couleur locale » dira-t-on.

Infos plus :

L’expression "mettre au clou" illustre l’image des objets qui, déposés en gage, étaient autrefois suspendus à des clous.

Origines :

Les Monts de Piété prennent racines dans le Moyen Age où l’usure est un fléau pour le peuple. C’est le moine italien Barnabé de Ternie, qui, venu prêcher à Pérouse vers le milieu du XVème siècle lancera l’idée de faire une quête dont le montant devra servir à constituer une banque charitable où ceux qui manqueront d’argent pour vivre, pourront venir emprunter de petites sommes, sans intérêt, en laissant un gage de sûreté. Appelé Monto di Pio (monte, dans le sens de masse), le fonds du Mont de Piété n’est alors pas seulement constitué d’argent mais de grains et autres denrées.

Quelques dates concernant la caisse municipale de Nîmes :

- En 1577, le premier Mont-de-piété fait son apparition en France à Avignon

- Le 6 mars 1828, uite à une ordonnance Royale de Charles X, le Mont-de-piété est fondé à Nîmes

- En 1851, Louis Napoléon Bonaparte réforme les Mont-de-piété et les déclare d’utilité publique

- 24 octobre 1918, les Mont-de-piété deviennent des Caisses de Crédit Municipal qui sont habilitées à ouvrir des comptes de dépôts. Et c’est cette même année le Crédit Municipal de Nîmes étend son rayonnement jusqu’à Tarbes.

- En 1966, l’agence de Montpellier est créée

- En 1984, la loi bancaire reconnaît les Caisses de Crédit  Municipal comme établissements de crédit

- En 1992, les Caisses de Crédit Municipal obtiennent le statut d’Établissement Public Communal et la fonction d’aide sociale avec le maintien des prêts sur gage

- En 2001, le Crédit Municipal déménage à la Coupole de Nîmes

- En 2004, l’agence de Nîmes Métropole est créée

- En 2006, l’agence d’Alès est créée

- En 2010, création de la Caisse Sociale de Développement.

Etiquette

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Bouton retour en haut de la page
Fermer
Fermer

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité