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PROCÈS DJIHADISTES Le touriste innocent et le djihadiste souriant bouclent les auditions

Le procès de la filière nîmoise de djihadistes s'est ouvert ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Le procès de la filière nîmoise de djihadistes s'est ouvert lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Le troisième jour du procès des cinq nîmois soupçonnés d'appartenir à une filière djihadiste a vu les auditions des deux derniers prévenus, Djéson et Mohamed.

Depuis l'ouverture du procès ce lundi, Mohamed est régulièrement hilare, ce qui lui a valu de multiples rappels à l'ordre de la présidente. Et la journée d'hier, avec l'audition de son co-accusé Djéson, n'échappe pas à la règle. Pourtant, Djéson ne plaisante pas. Les sourcils froncés, l'homme de 31 ans au regard aussi noir que sa barbe mi-longue, se présente comme un "casanier", un homme marié qui tenait un commerce rue de la République à Nîmes.

Depuis le box, droit comme un i, il parle lentement, pesant chacun de ses mots. C'est vrai qu'il en faut du calme et de la réflexion pour raconter l'incroyable histoire qu'il s'apprête à livrer aux juges. Pour faire simple, il explique avoir quitté Nîmes pour la Turquie afin d'intégrer une école et ainsi parfaire sa connaissance de l'Islam. Sachant que le nîmois a déjà quelques idées bien arrêtées comme l'application de la charia dont il se dit "pour à 100%".

Une fois à Istanbul, à peine arrivé et alors qu'il prend un taxi pour se rendre dans le quartier de la Mosquée Bleue, il entend quelqu'un siffler. Quand il regarde par la fenêtre de la voiture, il voit son voisin de box, Mohamed !

-           Pour une surprise, c'est une surprise, ironise la présidente.

Mohamed, lui, est une nouvelle fois hilare devant le récit de Djéson qui lui lance un regard noir. Ce dernier poursuit tout de même son récit de simple touriste qui arrive à Kilis, ville turque proche de la frontière syrienne, où cette fois il croise complètement par hasard un vieil ami d'enfance, Axel. Décidément... Cet ancien camarade de collège est devenu djihadiste et tente par tous les moyens de convaincre Djéson de rejoindre sa cause. Seulement, ce dernier ne mange pas de ce pain-là et ne mettra jamais, à l'écouter, les pieds en Syrie. L'audition, poussive, laisse le tribunal perplexe :

-           Je vous trouve extrêmement confus, avec des zones d'ombre, conclut la juge avant de passer à Mohamed.

Mohamed, du rire aux larmes

Dans son maillot de foot aux couleurs du Barca, ce grand gaillard de 30 ans se lève tout sourire. Peut-être rigole-t-il encore du surprenant voyage de Djéson ? Le sien vers la Syrie est plus classique, plus assumé. Ce "Monsieur tout le monde", comme il se présente, est marié, père de deux enfants dont il a oublié les dates de naissance et travaille dans un snack de la rue de République, face à Djéson qu'il dit pourtant ne pas trop fréquenter. Sa vie change au fur et à mesure de l'évolution du conflit syrien :

-           Je me sentais hypocrite. Des frères musulmans se faisaient bombarder et moi je dormais comme un animal.

Contrairement à Djéson un peu plus tôt, Mohamed raconte son départ pour "se battre contre les chiites". Sur place, il intègre un camp d'entraînement, apprend le maniement des armes, à jeter des grenades "même s'il faut pas être ingénieur", ce qui tombe bien : il ne l'est pas. Après la théorie, place à la pratique. Il "tient un rond-point" et tire sur l'ennemi, sans le voir, mais pour manifester sa présence. Enfin, bien qu'il soit déjà marié en France, il se trouve une nouvelle femme là-bas...

-           Je reste un homme, j'ai des besoins, explique-t-il à la présidente. Mais ma femme, elle est chtarbé. Elle est très radicalisée.

Effectivement, quand quelques semaines après son mariage il lui confie son désir de rentrer en France pour retrouver sa mère et sa vie d'avant, la jeune femme revient avec un fusil à pompe et lui tire dessus ! Hospitalisé, Mohamed parvient quand même à faire deux vidéos de propagande depuis son lit d'hôpital. Il raconte avoir parlé avec le prophète lorsqu'il était entre la vie et la mort.

-           C'était n'importe quoi. Je disais ça pour sauver ma tête. Mais, maintenant, je sais la valeur de la vie. Dans ma tête, c'est terminé. J'essaie de rattraper mes erreurs. Si on m'avait tué, ma mère serait morte aussi.

Pour la première fois en trois jours, quand il évoque sa mère, le sourire de Mohamed s'efface pour laisser place à des larmes semblables à celles des familles de victimes de son combat passé.

Tony Duret

tony.duret@objectifgard.com

 

 

 

 

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Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

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