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FAIT DU JOUR L’homme fort des monuments romains de Nîmes

Christophe Beth est le nouveau directeur de l'antenne nîmoise de Culturespaces, la société qui gère les monuments romains de la ville.

Dans son bureau situé à deux pas des Arènes, Christophe Beth ne peut pas oublier la place que prennent les Grands Jeux Romains à Nîmes (Photo Anthony Maurin).

Arrivé depuis le mois de janvier dernier et remplaçant l'ancien directeur Michael Couzigou " monté " à Paris pour y ouvrir l'Atelier des lumières, Christophe Beth découvre non pas une ville qu'il connaît parfaitement mais un métier qu'il apprend tous les jours un peu plus. Interview.

Pouvez-vous vous présenter pour les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Je suis Vendéen d’origine, ma patrie familiale, c’est l’ouest et ma patrie de cœur, c’est le sud entre Castelnaudary, Nîmes et les Baux-de-Provence. J’ai 34 ans, je suis marié depuis un an et serai bientôt papa pour la première fois. J’ai un parcours professionnel assez atypique car j’ai fait 15 ans dans l’Armée. À Saint-Cyr dans un premier temps entre 2002 et 2005, puis en tant qu'officier dans l’Armée de Terre pendant 12 ans, dont sept ans passés à la Légion Étrangère et en grande partie au 2ème REI de Nîmes. J'ai commandé entre 30 et 150 légionnaires, J’ai une forte expérience opérationnelle. C’est une école de vie, du commandement et de l’ouverture vers les autres…

Quelles qualités faut-il pour assurer une telle mission ?

Il faut commander avec naturel, jouer un rôle ne marche pas. Il faut pas être frileux. Il faut une bonne dose d’humilité car je n'avais que 22 ans quand je suis arrivé à la tête de dizaines de légionnaires qui ne parlaient pas forcément ma langue. On doit avoir une forte capacité de remise en cause. Il ne faut pas rester sur une routine et se poser les bonnes questions. Dès la prépa, au lycée, je me suis intéressé à la culture, à l’anthropologie, à la philosophie… Je me suis passionné pour l’archéologie en particulier. Je ressens toujours une sorte de frustration quand je vois des monuments en ruine, un peu comme la sensation du membre fantôme propre aux amputés.

Comment êtes-vous devenu directeur des monuments romains de Nîmes pour Culturespaces ?

Tout est parti d’un échec. Je n’ai pas eu ce que je voulais à un moment de ma carrière. J'ai souhaité rebondir. Je savais que je pouvais encadrer des hommes, j’aime l’histoire et j’ai une formation scientifique qui m’a formaté le cerveau et qui est réutilisable partout. J’avais 32 ans quand j’ai eu cette proposition pour les Baux-de-Provence, j’ai passé les entretiens et comme la culture m’intéresse beaucoup, je suis arrivé là en tant que responsable d’exploitation au Château des Baux et aux Carrières de Lumière, j’étais l’adjoint du directeur et j’ai fait mes armes comme ça. Ce fut aussi une première approche avec la Mairie, les élus et les partenaires de ce village. Aux Baux il y a 350 habitants sur la commune, à Nîmes plus de 150 000, on n’est pas sur la même échelle mais ça permet d’avoir une bonne appréhension.

Dans les Arènes, surplombant la ville et les coulisses du monuments (Photo Anthony Maurin).

Pourquoi n'êtes-vous pas resté en poste aux Baux ?

C’est un imprévu, comme quoi la providence fait des clins d’œil ! Je suis à Nîmes depuis janvier dernier mais je devais prendre la direction des Baux-de-Provence. Il y a eu un jeu de chaises musicales et me voilà. Je suis arrivé avec beaucoup de recul et suis très content de ces premiers mois.

C'est votre profil qui a fait la différence ?

J’ai une capacité d’adaptation qui me permet de m’adapter dans toutes les situations. Je suis à l'écoute et je bénéficiais de la confiance de mes équipes. Je suis ravi de l’équipe nîmoise, elle est extraordinaire et fournit un travail incroyable dans une ambiance très sereine, notamment lors des Grands Jeux Romains. Valérie Espin orchestre ça de main de maître, le contexte de travail est très agréable, y compris avec Éric Teyssier et Éric Dars. Les premiers mois sont très positifs.

La Délégation de service public arrive à terme en 2020. Un commentaire ?

Culturespaces est le délégataire depuis 2006. Culturespaces, en la personne de Michael Couzigou, a apporté une qualité de visite et une qualité culturelle aux monuments. Ils étaient sous-exploités et Culturespaces a su redynamiser ces monuments en y apportant des solutions innovantes. Cela a contribué à dynamiser le tourisme à Nîmes et aujourd'hui on ne peut pas oublier les Grands Jeux Romains qui sont extraordinaires. En huit ans d’organisation, on a quasi multiplié par trois la fréquentation. C’est inédit, incroyable et ça contribue au rayonnement touristique de la ville et de ses environnements.

Vous ne comptez pas supprimer les GJR alors ?

Il est hors de question qu’on les supprime ! On peut développer tout ce qui est autour, la partie hors spectacle. C’est un événement riche de sens et qui a une âme. Le tourisme et la culture peuvent être conciliés de la sorte. Les GJR, c’est 500 bénévoles qui viennent chaque année et qui donnent son âme à cet événement. On peut rendre une nouvelle fois hommage à Michael qui a tenu bon car les GJR étaient déficitaires jusqu’à l’an dernier. Il a réussi son pari. Aujourd’hui, on n’envisagerait pas les arènes sans les GJR ! Michael était très engagé dans l’organisation, moi, je n’ai jamais vu les GJR. Je n’ai pas d’a-priori, je prends les faits tels qu’ils sont. Je me suis mis en-dehors de la mêlée même si je serai avec Valérie Espin au toril. Ce regard neuf nous permettra de progresser, je l’espère. Il faut surtout améliorer l’environnement tout en restant à jour sur ce que l’on propose. Pour les GJR, on peut travailler la forme de la reconstitution mais il faut développer ce qu’il y a autour.

Culturespaces est une société privée qui gère des monuments antiques. Normal ?

Partager la culture et l’amour des monuments, des pierres de l’archéologie, c'est tout ce que Culturespaces aime faire et respecte entièrement. Il n’y a rien d’antinomique là-dedans. J’ai toujours été intéressé par les monuments c’est passionnant car on comprend une civilisation par son architecture. Comme les monuments ont vieilli. On essaie de combler ce vide en faisant vivre ces pierres, j’aime cette idée. Culturespaces est le délégataire depuis 2006. Culturespaces, en la personne de Michael Couzigou, a apporté une qualité de visite et une qualité culturelle aux monuments. Ils étaient sous exploités et Culturespaces a su redynamiser ces monuments en y apportant des solutions innovantes. La DSP termine en 2020, on se projettera sûrement sur sa prolongation. Culturespaces a beaucoup apporté à Nîmes et nous souhaitons continuer, nous sommes devenus incontournables, nous apportons tant aux monuments qu’à la ville. Cela serait dommage que ça se termine. Les rapports avec la Ville sont plutôt bons, c’est une grosse mairie mais tout se passe bien avec mes interlocuteurs, on essaie d’avancer dans le bon sens.

Christophe Beth dans les gradins. Sur la piste, le jeune novillero El Rafi, s'entraîne avant la Feria d'Arles (Photo Anthony Maurin).

Nîmes a la chance d'avoir un sacré patrimoine. Les petits plus et petits moins des trio gagnant ?

Pour les Arènes, le petit plus c’est son utilisation contemporaine. On les utilise à leurs fins et je trouve ça génial. Le petit moins c’est peut-être la taille de notre boutique qui est beaucoup trop petite… Pour la Maison carrée, le petit plus est un grand plus, c’est le film qui est super bien fait. On apprend plein de choses. Le petit moins serait justement d’arrêter de croire que la Maison Carrée est un cinéma. C’est bien plus que cela, c’est l’histoire de Nîmes qui y est racontée. Pour la Tour Magne, le plus c’est la vue extraordinaire. Ce site est emblématique, les poètes en ont parlé et quand on parle de Nîmes on imagine la Tour Magne. Monument Volque, il a été repris par les romains, surélevé et est toujours debout. Le petit moins, c’est l’accès qui n’est pas simplifié. Les gens n’y vont pas assez, peut-être à cause d’une signalétique manquante.

De quel œil voyez-vous l'ouverture du Musée de la Romanité début juin?

Le Musée de la romanité est une offre complémentaire à la visite des monuments, un projet de billets combinés est d’ailleurs prévu. Les œuvres n’étaient pas assez mises en valeur, le patrimoine est extraordinaire et le musée le mettra à sa juste place. Mais les monuments resteront incontournables, ce sont des lieux qui ont 20 siècles. Il manquait cette partie scientifique et archéologique même si un musée existait par le passé. La fréquentation sera au rendez-vous.

Nîmes est à la charnière de son histoire future avec une possible inscription de la ville au patrimoine mondial de l'UNESCO ?

Pour l’UNESCO, je soutiens Nîmes, évidemment. C’est une chance pour nous, c’est étonnant que Nîmes n’y soit pas déjà ! C’est une chance pour le tourisme avec +30% de visiteurs attendus, c’est une chance pour la renommée internationale. Il y aura plus d’étrangers car l'UNESCO est aussi gage de rayonnement et de qualité. Ça ne va pas révolutionner la fréquentation des monuments mais ça risque d’augmenter la durée de présence des visiteurs à Nîmes et ça, c’est profitable au bon développement de la ville.

De la Tour Magne à la Cathédrale, Christophe Beth a des idées sur le devenir du tourisme nîmois (Photo Anthony Maurin).

Organiser un événement inédit dans les arènes... Votre rêve le plus fou ?

Rien de fou. Mais j’imagine bien des spectacles nocturnes l’été. Il ne faut pas rester sur le créneau des GJR. Je vois bien un son et lumière, des équestriades, l’histoire de Nîmes racontée dans sa totalité… Il y a des petites anecdotes que peu de gens connaissent et qui sont pourtant excellentes comme celle l’histoire de Saint-Baudile par exemple ou encore celle de la cathédrale. Le passage de François 1er est aussi important et incroyable. C’est lui qui a décidé la préservation des monuments pour leurs qualités architecturales. Il y a aussi les guerres de religions, le XVIIIème siècle…

Les deux mots qui vous viennent à l'esprit à l'évocation de Nîmes ?

Nîmes c’est le crocodile, l’emblème, l’As. L’autre est plus personnel, c’est la Légion. Peut-être que dans quelques années ça sera les GJR !

Vos coins préférés à Nîmes ou dans ses environs ?

J’aime bien les lieux un peu perdus.Je pars en garrigue. J’aime la grotte de la Baume, j’aime beaucoup ce site qui est magique. À Nîmes, les Jardins de la Fontaine, j’y suis bien, c’est un coin de verdure sympa. J’aime aussi le bois des Espeisse pour faire du sport, j’aime le chemin de Tire cul !

Une petite chose à dire aux lecteurs d'Objectif Gard ?

Je suis ravi de revenir dans ce Gard que j’aime beaucoup. Il vaut la peine d’être connu, a une richesse historique que l’on découvre tous les jours alors allez découvrir votre région et profitez de sa diversité. Ça vaut le coup de s’intéresser à l’histoire de votre département, il y a plein de choses à apprendre et qui sont très riches et utiles pour comprendre le temps présent.

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis plus de dix ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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