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FAIT DU JOUR La société Amosan Petrochemicals en conflit avec la mairie de Bouillargues

Une partie des salariés d'Amosan Petrochemicals mobilisée contre la mairie de Bouillargues (Photo Objectif Gard)

Située à côté d'une salle de fêtes, la société Amosan Petrochemicals, qui stocke des produits chimiques, se plaint depuis plusieurs années d'agissements à base d'engins pyrotechniques et de feu, pouvant potentiellement entraîner un grave incendie. Devant l'urgence, Sandy Amodeo, le chef d'entreprise, a construit des murs de protection sans autorisation. Il est aujourd'hui poursuivi au pénal par la mairie de Bouillargues. 

"Si ça brûle, c'est une catastrophe comme Lubrizol", ces mots inquiétants sont ceux de Sandy Amodeo. Ce commercial nordiste décide en janvier 2014 de descendre dans le Sud installer son entreprise Amosan Petrochemicals à Bouillargues. Une société spécialisée dans la recherche, le développement, la fabrication de lubrifiants et d'additifs de carburant pour le secteur automobile. Elle commercialise trois exclusivités mondiales dont une concernant la dépollution des filtres à particule et embauche 47 salariés.

Mais pour l'entrepreneur le conte de fées va rapidement virer au cauchemar. Le bâtiment voisin, "vide à mon arrivée" se transforme en 2015 en salle des fêtes. Ce dernier qui vit aussi sur place se plaint rapidement de nuisances sonores et s'inquiète surtout que son stock de produits chimiques prenne feu : "J'ai retrouvé 50 mégots au m3, constaté des fumigènes, feux d'artifice, chichas et même des départs de feux volontaires. Et c'est comme ça tous les week-ends avec parfois 3 000 personnes alors qu'elle peut en recevoir 600 !"

Sandy Amodeo a surtout peur qu'une catastrophe se produise, "si ça saute c'est Lubrizol avec un nuage de contamination sur tout le Languedoc !", insiste-t-il. Des festivités qui paraissent totalement incompatibles par rapport à l'activité chimique sur une propriété non délimitée qui entoure trois des quatre murs d'Amosan.

"Je peux comprendre son inquiétude mais il n'a pas découvert la salle par hasard. S'il n'est pas classé Seveso, ça veut dire que sa menace de risque d'incendie est fausse. Si vraiment son activité représentait un danger les services de la préfecture auraient dû intervenir", minimise Maurice Gaillard, maire de Bouillargues depuis 2009. Le conflit entre les deux parties débute et Sandy s'étonne qu'un ERP (établissement recevant du public) soit installé sur cette zone industrielle de Mailhan comme l'indique le panneau à l'entrée de la rue du Pont des îles.

Sandy Amodeo, patron d'Amosan Petrochemicals (Photo Objectif Gard)

"Ce n'est pas une zone industrielle mais une zone d'activité économique créée il y a plusieurs mandats", assure quant à lui le premier édile comme le précise un autre panneau situé au rond-point de la route d'Arles. Preuve de l'incohérence qui règne autour de cet endroit. Mais cela ne représente pas l'essentiel des tensions. Ce que regrette M. Amodeo c'est l'inaction de M. Gaillard liée pour lui à son lien avec le gérant : "J'ai rapidement découvert qu'il s'agit d'un conseiller municipal influent sur l'électorat du maire". Une non intervention pour protéger un élu ? L'intéressé conteste les faits : "Il était déjà propriétaire quand il est entré au conseil municipal et depuis il a revendu ses parts. À aucun moment cet élu n'a bénéficié d'un avantage par rapport à son poste. Jamais je ne l'aurais accepté. C'est plutôt M. Amodeo qui est fautif dans le sens où il occupait les places de son voisin sans autorisation." 

Deux permis de construire refusés

"On avait un gentlemen's agreement. Je me garais sur son terrain la semaine et les fêtards contre mes murs", se défend le chef d'entreprise. Face à ce conflit de voisinage particulier, ce dernier décide en urgence de remplacer les grillages par des murs et des planchers pour couvrir sa marchandise : "J'ai fait ça de manière logique pour protéger la population et la municipalité m'a refusé deux demandes de permis, dont la seconde le dernier jour légal."

Des réponses négatives confirmées par la ville de Bouillargues au motif que "ça ne correspondait pas aux règles d'urbanisme". Craignant que le pire se produise, le patron d'Amosan monte malgré tout les murs devant et autour de ses locaux dépensant au total plus de 120 000€. En parallèle, un autre sujet de discorde voit le jour lorsqu'un fournisseur renverse du carburant en remplissant une citerne. "Il est implanté à la limite d'une zone de captage. On peut toujours craindre une pollution de l'eau. On avait donc fait appel à la Dreal (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement) pour mener une enquête", explique Maurice Gaillard.

Un des fameux murs de la discorde (Photo Objectif Gard)

Elle n'entraînera aucune sanction mais 15 000€ d'analyses complémentaires à réaliser pour le chef d'entreprise. "Tout ça pour nuire à mon image et être étiqueté comme pollueur", réagit-il. La plainte suivante de la Saur pour pollution des nappes phréatiques ne donnera aussi aucune suite. "Je me rends compte que le nom du gérant de la salle apparaît dans le document du prestataire", poursuit Sandy.

Un gérant âgé de 42 ans, usé, le visage cerné, qui concède avoir du mal à trouver le sommeil et qui a le sentiment que l'on fait tout pour le faire fuir du village. "Il essaie à tout prix de rester sur place alors qu'on lui propose ailleurs des emplacements plus adaptés", martèle le premier élu bouillarguais.

Mais le natif de Maubeuge est déterminé à rester sur son terrain où il a investi toutes ses économies et fait prospérer sa société : "Le maire a même modifié le PLU (Plan local d'urbanisme) avec une mention orientée sur le stockage de produits chimiques pour que je ne rachète pas les parcelles voisines comme je l'avais prévu".

Sa proposition en solution de remplacement d'investir sur une parcelle de 10 000m2 (pour 700 000€) en face sur la zone Actiparc lui a été refusée par Nîmes métropole : "On m'a invité à m'installer sur la Zac Mitra de Saint-Gilles à 15 km où rien que 200 000€ étaient nécessaires pour des travaux de terrassement." "On est sur du tertiaire, on ne souhaite pas d'entreprises de type industriel sur l'Actiparc", ne cache pas celui qui porte aussi la casquette de conseiller communautaire.

"C'est totalement irresponsable"

Toutes ces péripéties viennent augmenter un sentiment que l'on cherche "à éliminer" Amosan. Le dialogue est rompu entre les deux parties. "C'est un monsieur qui a le verbe haut et qui n'écoute pas ce qu'on lui dit. En fin de compte à chaque rendez-vous je l'invite à quitter le bureau. On passe désormais par nos avocats", confie le maire de Bouillargues.

Son opposant regrette que ce différend n'ait pas pu se régler à l'amiable car il était prêt à financer le coût des barrières "avec 10 000€ c'était réglé" et que l'élu n'ait pas l'effort de venir aux réunions de médiation organisées en préfecture. La querelle s'enlise et pour Sandy le coup de grâce intervient le 20 février 2020. Alors que la crise sanitaire débute et qu'Amosan fabrique du gel qui sera distribué gratuitement aux hôpitaux, une plainte au pénal pour "construction illégale" est déposée.

"Faire tout ça au bout de cinq ans, c'est le comble du ridicule ! Ils ont prémédité leur coup et ont attendu que j'ai fini de monter les murs. Si je suis condamné à démolir, c'est la mort de mon entreprise. C'est totalement irresponsable", s'insurge t-il en colère. "On a pas réalisé de suite mais on l'a quand même averti maintes fois par courrier de l'irrégularité de ses travaux. On s'est rendu compte qu'il avait aussi son logement à l'intérieur et que sur le toit il avait mis un jacuzzi", retourne à la charge Maurice Gaillard.

Maurice Gaillard, maire de Bouillargues et ancien vice-président de Nîmes métropole en charge des Finances (Photo : droits réservés)

Pas sûr que le bon sens d'un autodidacte qui a construit des murs pour sauver des vies vienne convaincre le juge dont la décision finale est liée à des lois. Auditionné le dimanche 20 septembre, l'accusé ne connaîtra pas le verdict avant une, voire plusieurs années. Après sept ans de silence, le père de famille a constitué un lourd dossier et a décidé de rendre publique l'affaire, d'une part dans les médias mais aussi en installant des banderoles sur son bâtiment visibles depuis la route pour alerter sur cette situation. "C'est une personne un peu particulière en conflit avec tous ses voisins. Il essaie de faire pression sur la mairie en disant que l'on empêche des créations d'emploi, ce qui est totalement faux", renchérit le maire.

Amosan souhaite à terme s'étendre davantage et créer 50 emplois supplémentaires, ce qui représente une opportunité énorme pour cette commune de l'ancien canton de la Vistrenque. "Pourquoi il ne veut pas au titre de la sécurité m'accompagner sur l'urbanisme, me laisser faire des murs de huit mètres et régler le problème ? Parce qu'il veut que je m'en aille", concède l'entrepreneur.

"Il peut rester sur place mais il doit respecter les règles d'urbanisme et les règles sociales. Je n'ai jamais vérifié et ce n'est pas de mon ressort mais j'ai eu des retours d'un turnover important et des employés qui ne sont pas bien au travail", conclut le maire qui détourne l'attention sur un autre sujet. En attendant que ce conflit soit tranché par la justice, Sandy Amodeo est déterminé à se battre jusqu'au bout : "J'ai sollicité les ministères de l'Écologie, de l'Emploi et de l'Intérieur. J'espère la venue de Gérald Darmanin. S'ils viennent avec les bulldozers, je me mettrai devant. Cette attitude est criminelle." 

Abdel Samari

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Abdel Samari

Créateur d'ObjectifGard, je suis avant tout passionné par les médias et mon département. Ce qui me motive chaque jour : informer le plus grand nombre sur l'actualité du Gard ! Pari tenu ?

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