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FAIT DU JOUR Saadia Tamelikecht, nouvelle sous-préfète : l’exigence au service de la ruralité viganaise

Architecte des Bâtiments de France de Seine-Saint-Denis, Saadia Tamelikecht a aussi été cheffe de l'unité départementale d'architecture et du patrimoine de Seine-Saint-Denis. (Photo Corentin Migoule)

Nommée sous-préfète de l’arrondissement du Vigan en remplacement de Joëlle Gras, l’architecte et urbaniste en chef de l’État, qui a été présidente de l'Association nationale des architectes des Bâtiments de France, a pris ses fonctions ce lundi matin. La veille, Saadia Tameliketcht recevait Objectif Gard. Rencontre.

Par décret du Président de la République, celle qui est née le 8 août 1969 à Neuilly-sur-Seine, était nommée sous-préfète de l'arrondissement du Vigan le 1er février dernier, en remplacement de Joëlle Gras en partance pour l'Aude. Ce dimanche matin, à la veille de sa prise de fonction, Saadia Tamelikecht a accepté de nous recevoir dans le grand salon de la résidence de la sous-préfecture du Vigan, où elle était arrivée de Paris l'avant-veille, au terme d'un trajet dont elle a apprécié les derniers kilomètres et le paysage "saisissant" qui lui a été proposé.

Architecte et urbaniste en chef de l’État, la quinquagénaire arrive dans un département qu'elle "ne connaît pas du tout" et où elle va poser ses valises pour la première fois. Pour autant, le petit bout de femme au sourire facile ne part pas de zéro et identifie d'emblée les spécificités du territoire : "Le risque incendie, les inondations, la ruralité et des difficultés liées à l'emploi", autant d'éléments auxquels elle ajoute : "Des gens dispersés, exerçant une activité professionnelle souvent tributaire des lois de la nature et donc dans l’obligation d’être très reliés les uns aux autres", ne pouvant pas "s’ignorer."

"Un objectif d’utilité décliné en art de vivre"

Arrivée sur sa table fin décembre, la proposition d'une première expérience dans la préfectorale n'a pourtant pas fait l'objet d'un grand questionnement et a été rapidement acceptée. Parce que son parcours "ce n’est pas que la métropole et le Grand Paris" et qu'elle a longuement œuvré pour l'association Maisons Paysannes de France, dont le terrain de jeu est "vraiment le patrimoine rural", la Neuilléenne se dit "attirée" par les Cévennes et se sent "disposée d’un petit préalable pour pouvoir aborder les premières missions avec une précompréhension des dispositifs ruraux."

Saadia Tamelikecht, qui a débarqué au Vigan sans enfants car la nature lui a donné "beaucoup de talents mais pas celui-là", va même jusqu'à définir la ruralité comme "un objectif d’utilité décliné en art de vivre" et apprécie "l'ingéniosité" qui lui incombe. Boulimique de travail, la Francilienne, qui aurait rêvé de faire carrière dans la danse classique qu'elle pratique toujours avant que ses parents n'apposent leur "veto", voulait un job qui ne l'ennuyait pas et l'a trouvé dans l'architecture : "J’ai d'abord fait ce métier en libéral puis j’ai compris que dans le service public d’État, il y avait quelque chose qui satisfaisait pleinement mon souhait d’utilité", déroule-t-elle.

Toujours inspirée par "l'intérêt général", Saadia Tamelikecht s'est alors formée aux monuments historiques, avant de passer le concours lui permettant d'occuper le rôle qu'elle a endossé depuis hier. "Je ne connaissais pas bien le travail des préfets mais je sentais que mon intérêt pour la profession d’architecte des Bâtiments de France dépassait le seul métier d’architecte", justifie la quinquagénaire, qui prévoit de "faire en permanence le lien entre le gouvernement le plus central et le citoyen au pied de sa porte."

Saadia Tamelikecht est née le 8 août 1969 en région parisienne. (Photo Corentin Migoule)

Avec elle, la culture ne devrait pas être oubliée. Décorée en 2016 chevalier de l'ordre national du Mérite, la Neuilléenne a aussi été faite chevalier des Arts et Lettres en 2018. Des distinctions acquises "de manière fulgurante", sans qu'elle ne sache trop expliquer pourquoi. "Un collègue m’avait dit que si je ne savais pas pourquoi, les gens qui m'avaient proposé, eux savaient." Jouissant d'états de service "assez mirobolants", la néo-viganaise le met sur le compte d'un travail accompli toujours "sans peine" et "avec plaisir."

Sa réussite est peut-être à chercher du côté de ses parents, qui lui ont transmis comme à ses deux frères et sa sœur "une exigence tous azimuts." De son père, "entrepreneur à tous crins", elle retient "le libéralisme", et emprunte à sa mère son "immensité culturelle". Un "combo" gagnant pour une scolarité durant laquelle "il n'y avait pas de place pour les excuses." Le résultat devait toujours être le même : la première place.

Une volonté d'exceller partout et tout le temps, que Saadia Tamelikecht promet d'appliquer à chacune de ses sorties. La première aura lieu cet après-midi à l'occasion d'une visite du centre de vaccination du Vigan. Ensuite, une tournée des élus "pour apprendre à les connaître" est au programme. "J’ai déjà prévenu mon chauffeur que j’allais faire quelques kilomètres et que je n’allais pas rester dans ma résidence, aussi confortable soit-elle", ajoute celle qui fait "un métier de terrain."

"On était dans l’ultra-performance financière"

Parce qu'elle a conscience que les premiers postes dans la préfectorale sont "généralement assez courts", la Francilienne se donne un an et demi pour faire ses preuves, en accomplissant "tout ce qu'elle est en capacité de faire". En matière de priorités, sans rien promettre, la nouvelle sous-préfète de l'arrondissement du Vigan "suppose qu’il y aura l’emploi." Et d'ajouter : "J’imagine bien ici des formes extrêmement diverses d’emplois et de portages de projets. Je sais l’importance du volet associatif. Les associations portent souvent des projets sans pour autant développer l’emploi. C’est là qu’entre en jeu l’ingéniosité."

Disposant d'une "grande qualité d’écoute" qui est "un accélérateur obligatoire quand on vient servir l’intérêt général", la quinquagénaire a travaillé deux ans à Londres dans une agence d’architecture qui avait le record de croissance annuel au moment de son passage. "On était dans l’ultra-performance financière", se souvient celle qui pendant ces deux ans, a "compris que la France, sa démocratie chevillée au corps, sa culture du débat, son principe pascalien du doute comme méthode de réflexion", c’est ce qui lui plaisait plus que tout.

Prête à ferrailler en Cévennes, Saadia Tamelikecht, qui imagine passer son temps libre "à contempler les paysages" et à engloutir des bouquins à la médiathèque, espère partir "sans regrets" : "Ce qui va m'animer, c'est d'apprendre ici ce que je n'aurais pas pu apprendre ailleurs."

Corentin Migoule

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