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SAUVE La MFR Porte des Cévennes à nouveau menacée de fermeture

(Photo François Desmeures / Objectif Gard)
Lisa, Élisa, Laura et Tessa ne veulent pas finir leur bac pro « services aux personnes et aux territoires » à Gallargues, Castillon ou Ganges, et louent une ambiance familiale au sein de la MFR Porte des Cévennes (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Si elle perd la délégation d’un bac professionnel, qui représente 50% de ses revenus, la Maison familiale rurale (MFR) Porte des Cévennes de Sauve – déjà menacée en janvier – devra fermer ses portes. Une décision profondément injuste pour le président et son équipe pédagogique, qui prend comme prétexte un problème de gouvernance quand la présidence précédente avait laissé un trou de 300 000 € dans la caisse. 

L’accalmie aura été de courte durée. Quatre mois et demi tout au plus, après que la sous-préfète du Vigan avait réussi à faire s’entendre fédération territoriale des MFR et celle de la Porte des Cévennes. Cette fois-ci, c’est le président de la MFR Petite Camargue, à Gallargues-le-Montueux, et sa directrice qui co-signent une lettre adressée au président de la MFR de Sauve, Michel Chiarelli. Le nerf de la guerre reste le bac professionnel services aux personnes et aux territoires (Sapat), que la MFR de Sauve reçoit par délégation de la MFR Petite Camargue. Un accord reconduit tacitement depuis 16 ans, auquel la fédération menaçait de mettre un terme à la fin 2021 via un mail envoyé aux élèves pendant les vacances de Noël (relire ici). En janvier, la convention n’avait été reconduite que pour six mois (relire ici).

« Aucune nouvelle convention de formation ne sera signée après la date du 5 juillet 2022 »

Cette fois-ci, l’explication, sous la plume d’Olivier Bérard, président de la MFR Petite Camargue, est rude. « En raison des différents (sic) qui nous opposent depuis de nombreux mois et des actions de médiation entreprises sans résultat, de nos obligations vis-à-vis du ministère de l’Agriculture et de l’alimentation, des manquements graves de votre gouvernance associative aux valeurs du mouvement MFR, le conseil d’administration de la MFR Petite Camargue a décidé qu’aucune nouvelle convention de formation ne serait signée après la date du 5 juillet 2022. » « Il y a eu des rencontres de médiation au niveau territorial, régional et national et ça n’a apporté aucun résultat », requiert aujourd’hui Olivier Bérard, président de la MFR Petite Camargue mais aussi de la fédération territoriale Occitanie Méditerranée. Quant aux manquements dénoncés, Olivier Bérard explique : « Nous sommes des associations familiales où le conseil d’administration doit être composé majoritairement de parents. Notamment le président. Le président précédent était un ancien parent d’élève. »

Président bénévole, l’actuel, Michel Chiarelli, n’est effectivement pas parent d’élève. « Je ne suis pas venu ici pour faire la guerre mais pour donner un coup de main », plaide cet ancien coordinateur des services de trois Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), qui revient aux origines du mal, le 22 octobre dernier : « C’est depuis cette assemblée générale que les problèmes avec Gallargues ont commencé, quand les parents d’élèves ont décidé de participer au fonctionnement de la MFR. » Car, certes, les parents étaient déjà majoritaires, « mais dans un conseil d’administration avec deux parents, une directrice qui n’avait pas le droit de vote et le président », dixit Michel Chiarelli. Le fonctionnement serait donc beaucoup plus démocratique depuis cette assemblée générale, qui a vu l’implication en masse des parents. Ils avaient lors voté à 70 voix… sur 70 pour la démission de l’ancien président, par ailleurs lui aussi à la fédération territoriale. Et s’ils se sont engagés, ce n’est pas non plus par hasard : sans doute avaient-ils été motivés par les « plus de 300 000 € de difficultés financières », un chiffre reconnu par Olivier Bérard, qui avait néanmoins aperçu « beaucoup de signaux positifs avec l’ancienne présidence qui laissaient entrevoir une issue plus sereine ». Le gouffre ne joue pourtant pas en faveur de la gouvernance précédente même si, d’après Olivier Bérard, les alertes du commissaire aux comptes ne sont venues qu’après le 22 octobre. Michel Chiarelli enfonce le clou : « Il a fallu remonter à fin 2018 pour pouvoir faire le bilan comptable 2021. Les fournisseurs sont désormais payés. »

150 élèves et 25 formateurs sur la sellette

Comme en décembre, si les élèves du bac pro sont au nombre de 65, c’est la structure de 150 élèves et 25 formateurs qui est intégralement menacée. « La pédagogie ne serait pas non plus enseignée correctement », relève Michel Chiarelli, qui se félicite d’avoir vu passer « lundi et mardi derniers une inspection ministérielle ». Une affaire sérieuse, régulière, qui entre dans les détails de la pédagogie pratiquée, avec élèves, enseignants et directrice. « Aucune anomalie », auraient commenté les inspectrices, d’après Michel Chiarelli et le responsable du bac pro, Bruno Rimani, inspectrices qui se seraient même laissées aller à un « très positif » en soulignant l’accompagnement de qualité et une sécurité irréprochable. « Il n’existe pas encore de rapport écrit », relève Olivier Bérard. Qui ajoute que l’avis sur l’aspect pédagogique peut bien être positif, il restera comme reproche « l’adhésion à un mouvement où il faut partager des valeurs, ce que ne fait pas cette association ».

Plutôt que d’évoquer la gouvernance, Michel Chiarelli dit son écoeurement de voir une nouvelle tentative d’abattre autant d’efforts pour ce qui ne sont, selon lui, « que des querelles de personnes et d’égo ». « On a eu plus de 95% de réussite au bac, notre accompagnement est reconnu partout, on a un savoir-faire spécifique avec beaucoup d’élèves déscolarisés ou en échec. On a des formateurs qui ne comptent pas leurs heures, que je vois dans les couloirs à 18h et ne me réclament pas d’heures supplémentaires. Le mercredi, certains viennent chercher les internes pour les emmener dans les associations sportives… » Le tout dans un cadre effectivement enchanteur, et avec six autres formations ou BTS qui viennent compléter l’offre mais ne pourront être poursuivis si la MFR perd 50% de ses revenus et de son activité. « Le 3 janvier, après nous avoir retiré nos étudiants, ils n’étaient pas en capacité d’accueillir ces mêmes élèves à qui ils faisaient arrêter l’année entre les MFR de Gallargues et Castillon-du-Gard, rembobine Michel Chiarelli. Ils ont même dû appeler le Roc blanc à Ganges, un concurrent privé, pour savoir s’il était en capacité de reprendre de nos étudiants. » Le président actuel compte sur une nouvelle mobilisation des élus locaux pour permettre aux élèves de poursuivre leur scolarité sur place. « On voudrait au moins avoir un agrément précaire de deux ans, pour que les lycéens actuels travaillent sereinement », réclame Bruno Rimani.

« On est beaucoup à avoir pris un nouveau départ ici »

Ces lycéens, dont Olivier Bérard affirme qu’ils sont, avec leur famille, « sa préoccupation principale. Aujourd’hui, on s’engage à proposer une solution à chaque jeune, à Gallargues, Castillon ou d’autres établissements avec lesquels on a des passerelles. » Faisant référence à la manifestation des élèves et personnels en janvier, devant la MFR de Sauve, Olivier Bérard commente : « À la MFR de Sauve, ils savent très bien prendre les élèves en otage », façon de dire que les adolescents avaient alors agi en service commandé. Quatre de ces « otages » ont tenu à témoigner ce lundi après-midi : Laura, Élisa, Lisa et Tessa. Et leurs réflexions de jeunes filles de 17 ans ne semblent pas avoir été soumises à un lavage de cerveau. « On n’a pas envie de partir », résume Laura. « En plus, en Première, on commence les épreuves pour le bac, argumente Élisa. Si on va à Gallargues, ils n’en seront pas forcément au même point du cours. » « Ici, les profs sont exceptionnels et disponibles pour nous, reprend Laura. Ça m’a aidé à me relever, je me suis sentie bien et intégrée. » « On est beaucoup à avoir pris un nouveau départ ici », renchérit Tessa. « À Gallargues, il y a beaucoup plus de classes, abonde Lisa. Alors qu’ici, on est plutôt une grande famille. C’est quelque chose que je n’ai pas trouvé ailleurs. » « Nous, les ados, on aimerait être écoutées et comprises », souligne Élisa. « Et puis, conclut Tessa comme pour enterrer le débat, on est dans un bac « services à la personne ». Eh bien, on ne retrouve pas ces valeurs chez nos supérieurs… »

Ce mardi 24 mai, la MFR Porte des Cévennes doit mobiliser députée, sénateur, direction régionale de l’alimentation de l’agriculture et de la forêt (Draaf), préfecture. Puis, consulter un avocat en fin de semaine, alors qu’une plainte a déjà été déposée, pour propos calomnieux, par le responsable de la formation. En face, la fédération territoriale Occitanie Méditerranée a déjà produit un outil de communication pour la presse, afin de rendre sa décision plus lisible. À l’intérieur, elle y précise une nouvelle mesure, au-delà de la menace : reprenant ce qu’elle estime être un refus de négocier – « quand on faisait un pas en avant, ils en faisaient un en arrière », commente de son côté Michel Chiarelli – la fédération communique qu’en « conséquence et face aux manquements graves de la gouvernance associative aux valeurs du mouvement MFR, l’Union Nationale a décidé d’exclure cette association (la MFR Porte des Cévennes de Sauve, NDLR) du réseau ».

François Desmeures

francois.desmeures@objectifgard.com

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