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UN ÉTÉ DANS LE GARD Crash de Générac : le sacrifice de Franck Chesneau

Franck Chesneau, le pilote Décédé lors du crash du bombardier d'eau (photo D.R)
Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, a décerné le titre de Chevalier de la Légion d’honneur à Franck Chesneau. (Photo Corentin Corger)

Alors qu’il lutte depuis de longues heures contre un gigantesque feu ayant déjà ravagé près de 800 ha autour de Générac, le Tracker T 22 de la base de la Sécurité civile de Nîmes-Garons, s’écrase soudainement au sol, vers 17h20, le 2 août 2019.

« Ça chaudronne ! » s’alarme son pilote, Franck Chesneau, juste avant le crash, lors de son dernier échange radio avec le coordinateur de l’intervention, alors que ce dernier lui demande d’aller larguer du retardant à l’arrière du front de flammes. Quelques instants plus tard, pris dans ces turbulences « l’avion subit une déstabilisation latérale ». Franck Chesneau « rectifie la trajectoire » mais son appareil percute la cime des arbres et s’écrase au sol, tuant le pilote de 49 ans sur le coup, conclut, en juillet 2020, le rapport du Bureau enquête accident pour la sécurité de l’aéronautique d’État (BEA-é).

Gigantesque brasier

Un an après le drame, l’enquête écarte tout problème mécanique, mais évoque une conjonction de facteurs humains et matériels ayant abouti à l’accident : de dangereuses turbulences provoquées par la virulence du feu, des effectifs insuffisants sur la base de Nîmes Garons et la fatigue du pilote, conséquence d’une longue journée de lutte contre les flammes.

Ce jour-là, les températures caniculaires et la violence du feu ont transformé la garrigue de Générac en un gigantesque brasier. Dans cette fournaise, les différents foyers de l’incendie créent un phénomène dit de « chaudron » avec des poches de gaz dans l’air, où « la vitesse verticale de l’air peut atteindre 40 mètres par seconde et les températures s’élèvent jusqu’à 1 500 °C ».

Fatigué après une précédente intervention, la veille en Corse, le pilote est reparti au combat contre le feu après une trop courte nuit de repos. Le lendemain, il enchaîne cinq nouvelles rotations, sans avoir « mangé depuis environ cinq heures », et dans une atmosphère de « chaleur accablante » et « très bruyante ». Sans copilote, faute d’effectifs suffisants ce jour-là sur la base de Garons – où seulement trois pilotes de tracker sont disponibles pour quatre avions – Franck Chesneau « a pu ressentir de la fatigue à l’origine d’une baisse de vigilance. »

« C’est criminel, c’est sûr »

Au-delà des circonstances de ce drame, la Justice enquête depuis trois ans sur les causes des incendies géants de l’été 2019 à Générac. Deux jours avant le drame, un premier incendie ravage déjà près de 500 ha de végétaux sur la même commune. « C’est criminel, c’est sûr. Plusieurs feux qui partent simultanément, à des endroits différents… On est complètement dépassés, il y a du vent, il fait chaud. Mais il faut garder son sang-froid », réagit alors le maire de Générac, Frédéric Touzellier. Mais la piste volontaire n’aboutira jamais. Sur le plan judiciaire, trois informations ont été ouvertes pour les deux incendies et la mort du pilote. Si l’enquête du BEA a conclu à une cause humaine, celles concernant les deux incendies ayant frappé la commune au cours de la même semaine n’ont pour l’instant pas permis d’identifier leurs auteurs.

Depuis son sacrifice, Franck Chesneau est lui devenu le héros de Générac. Le 6 août, lors d’une cérémonie officielle à Garons, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner décerne les insignes de Chevalier de la Légion d’Honneur au pilote chevronné, à titre posthume. Toute la population de Générac lui rendra hommage, le 10 août 2019. « C’est une chape de plomb sur nos épaules. Un combattant du feu vient de perdre la vie sur notre sol. Le temps s’arrête pour nous tous. Rien ne sera plus comme avant à Générac. Cette blessure ne se refermera jamais. », déclare solennellement son maire, Frédéric Touzellier. La place de l’hôtel de Ville sera officiellement rebaptisée en son nom trois mois plus tard.

Pierre Havez

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