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Publié il y a 9 mois - Mise à jour le 23.02.2022 - corentin-corger - 6 min  - vu 3129 fois

FAIT DU JOUR Rémi Salou (USAM) : "J’ai eu une fatigue chronique pour ne pas dire une dépression"

Rémi Salou a repris la course après avoir vécu une longue période difficile (Photo Corentin Corger)

Rémi Salou est éloigné des terrains depuis avril 2021 (Photo USAM)

Sur le plan physique, Rémi Salou n'a pas été épargné durant toute sa carrière où il a dû subir neuf opérations. Le pivot de 34 ans, arrivé à l'USAM Nîmes Gard en 2016, sort tout juste d'une longue période difficile. À force de cumuler problèmes familiaux, enfants à bas âge qui ne dorment pas et le stress lié à son retour à la compétition, Rémi a connu une fatigue extrême sous fond de dépression.

Un accumulation de problèmes qui lui a provoqué une inflammation du système digestif. Cloué au lit, il a perdu 22 kilos en un mois. Aujourd'hui, le Breton a repris des forces mentales et physiques et veut terminer sa carrière en jouant un dernier match, voire plus si possible. C'est justement après une séance au CrossFit de Nîmes, qu'il a accepté de se confier sur ce moment difficile.

Objectif Gard : Il y a un an votre état de santé à commencé à s’empirer. Que s’est-il passé ?

Rémi Salou : Après le premier confinement, j’ai commencé à avoir de gros problèmes digestifs. Ça a traîné. Après mes deux opérations successives au genou gauche, les entraînements, le stress des matches qui reviennent : mon état s’est vraiment empiré vers mi-avril 2021. J’ai encore la gorge hyper rouge. J’ai une œsophagite, c’est tout le système digestif qui est enflammé. J’ai commencé à ne plus pouvoir manger et digérer. J’étais extrêmement fatigué, à tel point que je n’arrivais pas à sortir de mon lit. J’avais du mal à respirer, à me lever, j’avais des vertiges. J’ai perdu 22 kilos en un mois et demi. Du coup tu te poses pas mal de questions. J’avais un corps d’athlète grec (rires). Je suis passé de 116 kilos à 94 kilos. Ça a été très compliqué physiquement.

À quoi était lié cet état de fatigue générale ?

Dans un premier temps, avec les médecins, on n’a pas trop compris ce qu’il se passait. Je suis allé voir différents spécialistes. Les délais étaient longs avant d’avoir une réponse. Quand potentiellement tu attends pour que l’on te dise que tu es atteint d’une grave maladie, ça n’aide pas à se calmer. Je suis rentré dans un cercle un peu vicieux de stress et d’angoisse. J’ai fait des examens jusqu’à fin septembre. Globalement, j’ai eu un syndrome de fatigue chronique pour ne pas dire de dépression. C’est le terme que les médecins emploient. Après, j’ai le système digestif inflammé qui me gêne même si ça va mieux. Les deux sont complètement liés. Est-ce que mon corps a voulu dire stop à un moment donné ? Peut-être que je me cachais la vérité. Je travaille encore là-dessus de manière approfondie. Encore aujourd’hui j’ai envie de nier ça. J’ai du mal à l’accepter. A priori, on est là-dessus. Ce qui est plutôt rassurant dans un premier temps. C’est un autre travail qui arrive après.

Est-ce la peur de ne pas revenir au niveau après cette quatrième opération au genou gauche qui a entraîné cette forte pression ?

Oui, il y a eu ce sentiment. Plein de choses sont bouleversées : la fin de carrière, la reconversion... Quand tu commences à stresser tu imagines les pires choses donc ça ne t’aide pas. Tu as intérêt d’avoir une famille autour de toi qui t’accompagnes et qui est présente. Je remercie aussi le club de l’USAM qui a été plus que correct et très compréhensible concernant ma situation. David (Tebib, le président, NDLR) et Franck (Maurice, l’entraîneur, NDLR) en tête de gondole. Les joueurs ont été vraiment super. Je me sentais coupable par moment quand je n’étais pas bien et que je ne pouvais pas être à l’entraînement, d’abandonner le groupe. À aucun moment, ils ne m’ont fait ressentir cela. L’équipe a toujours été présente pour me dire le contraire et me soutenir. Beaucoup ont pris des nouvelles. C’est comme une famille. C’était important pour moi.

"Je ne mérite pas trop de disparaître des radars de cette façon"

Aujourd’hui comment vous sentez-vous ?

J’ai repris depuis quelques mois au fur et à mesure. J’ai encore du mal de temps en temps à fournir des efforts. Je viens d'entamer une reprise un peu plus intensive. On va essayer de revenir sur le terrain à l’entraînement la semaine prochaine puis dans un premier temps avec la réserve voir ce que ça donne en fin de saison. Mais ça sera au jour le jour. Je ne peux rien promettre car je n’ai pas encore touché un ballon. Là, j'ai repris la musculation et la course. Le plus important c’est ma santé. Si ça ne suit pas, que ça me met trop de pression et que je n’arrive pas à suivre, je prendrai plus de temps.

Durant cette période compliquée, Rémi a pu compter sur le soutien de ses coéquipiers (Photo Norman Jardin)

Est-il vraiment envisageable de vous revoir sur un terrain ?

J’ai envie de bien finir l’aventure avec ce groupe et me redonner une chance d’essayer pour ne pas finir comme ça. À la fois pour l’équipe et pour ma carrière. Je ne mérite pas trop de disparaître des radars de cette façon. J’aimerais bien finir sur un match de handball. Si demain tout va bien que je reprends du plaisir à faire du hand, à me préparer, à souffrir pourquoi pas continuer. Mais ce n’est pas un objectif en soi. Le but c’est de prendre du plaisir. Peut-être jouer des matches et bien finir l’histoire. Je ne veux pas me mettre la pression, c’est le meilleur moyen de ne pas y arriver et de retomber un peu dans le stress.

Quel a été le déclic pour vous relever ?

Il y a eu plein de choses dans ma vie qui se sont passées avant. Je ne vais pas raconter tous les détails mais ma vie familiale a été compliquée sur plusieurs aspects. Ma fille aînée (Lana, 6 ans) n’a pas dormi pendant deux ans et donc moi non plus, la deuxième (Ambre, 3 ans) pendant un an. Donc cela fait trois ans où j’ai dû avoir deux, trois heures de sommeil par nuit. C’est un ensemble de choses qui s’est cumulé, à la fois mentale et physique. Comme m’a dit un médecin : on accumule tous des pierres dans son sac à dos et à un moment donné il y a la pierre de trop qui fait tout dégringoler. C’était ça, j’ai mis de côté mes problèmes sans vouloir les affronter.

"Il ne faut pas avoir honte d’en parler"

Êtes-vous suivi par un ou une psychologue ?

Oui je fais un vrai boulot sur moi-même. On se voit quasiment toutes les semaines. Si je peux faire passer un message : c’est perçu pour beaucoup comme une honte d’aller voir un psychologue alors que l’on devrait tous au moins une fois dans notre vie, même si l’on n’a pas de problèmes, aller échanger. C’est très intéressant, on peut apprendre plein de choses sur soi-même. Avant même d’avoir des problèmes, c’est intéressant de faire de la prévention. Les sportifs de haut niveau devraient tous avoir un suivi là-dessus. Quand souvent on est à fleur de peau, c’est que l’on range mal les trucs dans notre tête. Il ne faut pas avoir honte d’en parler.

Peut-on dire que tout cela est derrière vous ?

Non, ça va mettre du temps. Ça ne va pas passer du jour au lendemain. J’ai repris des kilos, je suis remonté à 100 kilos mais j’ai des jours où c’est plus compliqué que d’autres. Ça va mieux... après je ne peux pas dire que je suis totalement guéri et rétabli à 100%. Ça va peut-être mettre plusieurs années parce que ça faisait déjà longtemps que j’étais dans cet état-là et que je ne m’en rendais pas compte. J’avais déjà eu des crises avant. Mais ça allait donc je ne réglais pas le problème. Ça correspondait sûrement à des crises d’angoisse.

En tout cas, il y a du positif…

Oui je suis debout, je suis là, je m’entraîne. Je retourne au Parnasse voir les matches. Je suis allé voir celui contre Aix-en-Provence, c’était la première fois que je revenais. Ça n’a pas été simple, j’étais crispé. J’ai même eu du mal à regarder les matches à la télé. Le président m’avait proposé à un moment donné d’aider un peu le staff mais je ne pouvais pas c’était trop dur pour moi. J’avais vraiment besoin d’une coupure, de me recentrer. Il y avait des choses prioritaires pour moi. Je vais essayer de reprendre sans me remettre la pression. J’ai aussi des problèmes physiques avec mes genoux au point que je pourrais me faire réopérer tellement j’ai des trucs qui coincent. Je me donne quelques mois pour bien finir cette aventure. Dans ma tête, jouer devant le public ça serait bien. Mais est-ce que mon corps va vouloir ?

Propos recueillis par Corentin Corger

Corentin Corger

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