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Publié il y a 20 jours - Mise à jour le 10.11.2022 - francois-desmeures - 4 min  - vu 1011 fois

MIDI VILLAGES À Lasalle, Charlotte fait de ses culottes des pièces artistiques, uniques et surtout confortables

Charlotte Piereschi travaille au 76 rue de La Croix, à Lasalle (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Charlotte Piereschi dispose actuellement de beaucoup de modèles en raison des salons d'avant Noël (photo François Desmeures / Objectif Gard)

Après trois années à Sauve, les Culottes de Charlotte ont retrouvé leur atelier de la rue Croix à Lasalle. L'univers coloré et engagé de Charlotte Piereschi s'est enrichi de caleçons pour hommes - ou femmes d'ailleurs - de bikinis et maillots de bain tout en conservant ses modèles de culottes hautes ou basses, menstruelles, ainsi que ses brassières et robes réversibles. Actuellement, c'est bien côté culottes qu'elle travaille le plus pour emmener du stock avec elle lors des salons d'avant Noël. 

C'est une reconversion professionnelle qui aurait pu tourner court : mise sur les rails en 2019, la petite entreprise de Charlotte Piereschi a dû affronter la pandémie de Covid sans aide, puisqu'elle ne pouvait justifier d'aucun bilan précédent. Mais, architecte-paysagiste DPLG, Charlotte était arrivée au bout de l'expérience, sans pour autant regretter ses études au potager du roi, à Versailles, et son master en urbanisme. Corse d'origine, elle s'est un jour arrêtée devant les châtaigniers de Lasalle, pour s'y fixer en tant qu'urbaniste. "Je travaillais environ 55 heures par semaine, avec des aller-retour sur la journée entre Montpellier et Bruxelles, par exemple. C'était chouette mais enchaîner les réunions, passer des marchés publics, défendre ses projets... on aimerait un peu plus d'humain là-dedans."

"J'ai tout arrêté"

Un deuil difficile et la fin de son contrat lasallois mettent Charlotte Piereschi sur la voie d'une réflexion radicale. "J'ai tout arrêté. J'ai ouvert un magasin de recyclage textile, qui faisait mercerie, dépôt-vente, accueil de créateurs, pour trouver des invendus et avoir ainsi accès à de la création à des prix très accessibles." Charlotte remet tout en question, se "forme à la permaculture", façonne des sites Internet pour des gens du coin, tandis qu'elle vend aussi des chocolats et la littérature, en itinérance. Bref, elle s'éparpille sans se fixer véritablement sur une activité. De quoi s'enrichir intérieurement, personnellement, sans pour autant réussir à créer son modèle économique.

Le rayon des culottes... (photo FD)

C'est la couveuse montpelliéraine Context'Art qui va aider Charlotte à entremêler ses envies et ses rêves avec ce qui relève du possible. "Il y avait trop de dispersion, conçoit Charlotte. Au bout d'un an, j'ai commencé à faire des robes modulables, selon les humeurs et envies de la femme qui la porte. Le projet Culottes est sorti au bout de deux ans." Charlotte commence à travailler le jersey, tout en cherchant une matière plus naturelle. En couture, elle se forme au travail élastique, "qui demande un savoir-faire. Celle qui me formait avait une gamme de lingerie. Je me suis dit, "je m'appelle Charlotte, il faut que je fasse des culottes". Si la rime est servie sur un plateau, il reste à lui donner un sens.

Un projet haut en couleurs et en valeurs

Le projet est haut en couleurs, dans tous les sens du terme. Et Charlotte ne tarde pas à vérifier son succès. "Je suis partie faire le salon de Lodève, j'en suis revenu à vide." Rien de mieux pour valider un business-plan à l'échelle cévenole dans un premier temps. Bien au-delà, désormais, avec la boutique en ligne, les couleurs chatoyantes de son habillage et la vision "normale" de ses mannequins amateurs. Et surtout, le choix de son offre : "J'ai quatre modèles de culottes, en lien avec le cycle des femmes." Un cycle d'environ 7 jours chacun, où la production d'hormones, ou son arrêt, rendent la femme plus créative, plus introspective, plus sensible ou parfois plus farfelue. Les modèles portent ainsi, selon le moment du cycle, les noms de l'Intuitive, l'Aventurière, la Coquette ou la Chamboul'tou. "Ce sont des phases qui existent, en fonction de la production d'oestrogènes, de progestérone, mais sans qu'on nous ait expliqué ce qui se passe dans nos corps."

Car les produits de Charlotte se veulent, aussi, résolument féministes, tentant à la fois d'éloigner les femmes des injonctions corporelles habituelles, participant à leur bien-être et à leur liberté de mouvement. Jusqu'à la culotte de règle qui propose des inserts absorbants à changer en fonction du flux, et une forme de ceinture qui peut se garder sous ou sur le pantalon. Des culottes non-élastiquées (ce qui ne veut pas dire qu'elles glissent), modulables, souvent réversibles, et "absolument confortables. La dentelle, c'est plutôt pour le regard, le coton pour le confort". Plus que féministe, Charlotte préfère user du terme "humanisme" : "On n'est plus dans le féminisme des années 60, où il s'agissait d'acquérir des droits. On est dans la force de l'habitude. Ça change doucement, mais les filles restent photoshopées sur les photos..."

... et celui des caleçons (photo FD)

En chemin, Charlotte a entendu les conjoints de possesseuses de culottes râler sur leur sort et s'est associée à Fanny Boix-Sabata pour créer la ligne des Caleçons de Léon ou celle des maillots de bain. Elle vient aussi d'obtenir le label Artisan d'art, qui valide l'authenticité de ses produits, dont elle assure évidemment le service après-vente en cas de besoin. Elle se plie aussi au sur-mesure. Avec un objectif en tête, à terme : réussir à tout fabriquer dans les Cévennes. Les fibres de bambou ou de chanvre pourraient être une idée. Mais il faudra ensuite adoucir ces matières rêches.

"J'ai un univers qui parle aux gens", s'est vite rendu compte Charlotte, qui ne se voit évidemment pas revenir à 55 heures par semaine à enchaîner des réunions. Distribuée via son site et dans quelques boutiques locales, ses culottes le sont peu à son atelier de Lasalle. Ou bien il faut la contacter avant pour être sûr de la trouver (*). Sinon, elle reprend son baluchon de créatrice pour aller vendre lors du salon des artisans-créateurs de Lodève, entre les 24 et 27 novembre, puis à Grenoble, à la halle d'exposition, du 30 novembre au 4 décembre. Elle organise aussi un défilé au musée de la soie de Saint-Hippolyte-du-Fort, le 10 décembre. De quoi se faire une idée des modèles avant de s'offrir un cadeau de Noël.

François Desmeures

francois.desmeuresd@objectifgard.com

(*) Les Culottes de Charlotte sont visibles à la boutique La Bicyclette de Nîmes ; à la boutique de créateurs Le Perroquet zébré, à Sommières, qui compte trois créateurs de Lasalle sur les douze accueillis ; dans une boutique d'Olargues, dans l'Hérault. Pour l'atelier lasallois, appeler le 06 59 82 76 12. www.lesculottesdecharlotte.com

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