Il n'y a pas que dans les Cévennes que le modèle pastoral souffre. En Mongolie, c'est un mode de vie qui s'accompagne du nomadisme. Et si ce pays a proposé à l'Assemblée des Nations unies, en 2022, de bâtir une année mondiale du pastoralisme, c'est bien que la pratique subit quelques revers là-bas aussi. La proposition a été adoptée et a donné lieu à une résolution des Nations unies.
"Aujourd'hui, la mobilisation est mondiale, constate Ségolène Dubois, directrice de l'Entente interdépartementale des Causses et Cévennes (1) en ce premier mois de l'année. Elle prend bien. Il faut dire que l'enjeu est mondial : la moitié des surfaces émergées, sur terre, sont pastorales. Si bien que très peu de pays ne sont pas concernés. Et que le système nourrit des millions d'habitants." L'alliance mondiale sur le sujet s'est montée avec "180 pays parties prenantes".
Et les problématiques que rencontrent les "pasteurs" cévenols ou caussenards se retrouvent aussi au-delà des frontières : "L'accès aux ressources, la mobilité entravée des troupeaux, la fragmentation des habitats et des routes, la question des femmes ou encore les enjeux transactionnels, liste Ségolène Dubois. On voit une mutation du pastoralisme en Mongolie aussi, avec de plus en plus de sédentarisation." Le fait que l'organisation pratique de l'année ait été confiée à la FAO (organisation pour l'alimentation et l'agriculture, qui dépend de l'ONU) est aussi un signe de l'importance de la pratique dans l'alimentation mondiale.
"Construire un plaidoyer pour porter les enjeux à la connaissance des décideurs publics"
Cette année "pastorale" 2026 "passe par une célébration, avec des animations, des conférences, des projections". Mais elle doit servir à "construire un plaidoyer pour porter les enjeux à la connaissance des décideurs publics". Mais le contexte général a fait hésiter l'Entente sur la participation du territoire. "On est allés voir, pour les impliquer, un certain nombre de bergers, d'éleveurs... Ils ne sont pas à la fête. Beaucoup partent à la retraite et se posent la question de la transmission. Ils n'avaient pas une super envie de fêter quelque chose... On s'est posé la question de la participation."
"Mais un tel coup de projecteur mondial n'arrive pas tous les jours", s'est convaincue Ségolène Dubois, qui pense aussi au "contexte de renouvellement de la PAC en 2027. Il faut donner à voir la réalité des enjeux du métier, des difficultés. Quand bien même nous, on travaille sur un patrimoine, il faut en assurer la pérennité. Le pastoralisme est une solution. On valorise le plus possible la ressource locale."
Ségolène Dubois rappelle l'importance de l'activité sur "les paysages ouverts", favorisant une "biodiversité particulière. C'est la garantie du débroussaillement et de l'entretien des espaces. Sans parler de l'activité productrice, qui nourrit les humains avec de la nourriture de qualité, tout en assurant le bien-être animal. Alors, on entend les réserves des éleveurs et des bergers, ils sont à fleur de peau. Mais on se dit qu'il ne faut pas baisser les bras."
En France, l'ensemble des massifs concernés s'est mobilisé. "Il y a même un groupe de coordination nationale depuis 18 mois. On a vu les territoires se rallier, se parler et se tendre la main. En haute montagne, ils sont structurés depuis longtemps. Dans le Massif central, c'est beaucoup plus récent. En 2023, la loi pastorale a fêté ses 50 ans. Elle créait alors des organisations collectives, que les Alpes ou les Pyrénées ont mieux développé, comme les groupements pastoraux. Elles sont très bénéfiques, mais il faudrait aller encore plus loin."
Pour cette année de fête ou de mise en avant de la pratique, "on essaie de tenir au moins un événement par mois sur le territoire", détaille Ségolène Dubois. Entre Lozère, Gard, Hérault et Aveyron. "Depuis plus d'un an, on anime un groupe de travail avec le Parc national des Cévennes, le parc naturel régional des Grands causses, les Grands sites de France et les quatre chambres d'agriculture. On échange beaucoup pour proposer des actions en lien avec le pastoralisme."
Ce week-end, le festival du jeu de Florac, Floracopoly, ouvre un espace jeux autour du pastoralisme. Le programme implique aussi la population. "Il y a beaucoup de résonnance parce que ça parle aux gens, des Ehpad aux plus jeunes. On a pensé à un concours de sculpture autour du thème des cheptels, trente établissements du territoire ont répondu présent." Les oeuvres seront exposées à Florac, en septembre, lors d'un week-end "du pastoralisme en Causses et Cévennes".
"Des siècles et des millénaires de cohabitation et de co-construction"
Du 23 au 26 mars, à Montpellier, un séminaire de trois jours "va croiser les résultats des recherches pastorales et des témoignages d'éleveurs". Après la fête de la transhumance, l'Observatoire du mont Aigoual devrait accueillir une semaine d'université d'été sur le pastoralisme. En novembre, le musée Maison Rouge de Saint-Jean-du-Gard rendra hommage à Maurice Brisach, "qui a documenté la vie du pastoralisme il y a 50 ans". Le MUCEM de Marseille accueillera un colloque international, en lien avec la reconnaissance de la transhumance comme patrimoine culturel immatériel de l'humanité, actée en 2023. "La reconnaissance s'est accompagnée d'un programme d'actions et des pays européens viendront en témoigner".
"Tous les paysages sont anthropisés, mais ça ne veut pas dire que le nôtre est 'banalisé', explique Ségolène Dubois. Ce sont des siècles et des millénaires de cohabitation et de co-construction." La prédation du loup, aujourd'hui, remet en cause la façon dont les troupeaux sont gardés ainsi que les pratiques pastorales. Sans parler de la voracité de certains promoteurs en panneaux photovoltaïques qui voient les causses comme de potentielles fermes solaires. De quoi justifier, une nouvelle fois, l'engagement de l'Entente interdépartementale dans cette aventure mondiale. "On est contents d'être parvenus à être moteurs et force de proposition au niveau national", se réjouit Ségolène Dubois.
Le programme de toute l'année est à retrouver ici