Objectif Gard : Vous êtes la nouvelle directrice du Cinéplanet d’Alès depuis quelques mois, pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Nadège Dudicourt : J’ai un parcours assez atypique. J’ai travaillé pendant de nombreuses années en entreprise, notamment en tant que responsable communication à l’international. J’ai aussi exercé dans les achats, toujours avec un rôle transversal autour du marketing et de la communication. En parallèle, j’ai toujours eu une pratique artistique que j’ai professionnalisée pendant une dizaine d’années. Après le Covid, je me suis tournée vers l’administration culturelle. J’ai d’ailleurs déjà travaillé sur le territoire d’Alès, notamment dans le spectacle vivant, et participé à la candidature d’Alès capitale française de la culture 2024.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de rejoindre le Cinéplanet ?
C’est assez simple : j’ai répondu à une annonce. Mais le fait de connaître le territoire et ses acteurs culturels a clairement joué. Quand j’ai lu l’annonce, je me suis reconnue dans le poste. Il est très varié, avec un large champ d’action, et c’est ce qui me passionne. Il y a aussi toute la dimension d’accueil du public, de sécurité, de qualité de service… Faire en sorte que l’expérience spectateur soit la meilleure possible, c’est quelque chose qui m’anime.
« J’aimerais que le Cinéplanet devienne un lieu de vie »
Quelle est votre vision pour le Cinéplanet ?
Je pense qu’on peut encore renforcer la communication. Avant d’y travailler, je ne mesurais pas à quel point il y avait d’événements, de rencontres, ni l’importance de la programmation art et essai. Aujourd’hui, on relance une dynamique avec un nouvel élan. Mon objectif, c’est que le cinéma devienne encore plus un lieu de vie. Que les gens aient envie de passer, de s’arrêter, de voir ce qu’il se passe. À terme, pourquoi pas ouvrir davantage à d’autres disciplines artistiques. Mais pour l’instant, l’essentiel reste de consolider ce qui existe déjà.
Comment vivez-vous votre premier Festival Itinérances en tant que directrice ?
Très bien. C’est bien organisé, donc ce n’est pas plus stressant que d’habitude. Il y a beaucoup de bénévoles et les équipes sont bien préparées. Et puis, j’aime cette effervescence. C’est quelque chose de très stimulant.
Le Cinéplanet accueille encore plus de projections cette année, comment vous êtes-vous adaptés avec la fermeture pour travaux du Cratère ?
On a effectivement plus du double de fréquentation par rapport à une période classique hors vacances scolaires. Mais les équipes sont habituées à gérer ce type d’affluence. Que ce soit en termes de sécurité, d’accueil ou de projection, on sait faire. Il y a simplement des ajustements spécifiques liés au festival, notamment sur l’organisation.
Avec les travaux du Cratère, comment avez-vous relevé le défi ?
En réalité, le défi logistique est surtout du côté d’Itinérances. Pour nous, cela ne change pas fondamentalement les choses. Nous sommes passés d’environ 68 à 91 séances, mais le Cinéplanet a toujours été un pilier du festival. Ce rôle n’est pas nouveau.
« Les professionnels sont surpris par la taille et la modernité »
Quels retours avez-vous du public et des professionnels ?
Les professionnels sont souvent très surpris par la taille du cinéma par rapport à celle de la ville. C’est rare d’avoir un multiplexe de cette envergure ici. Ils soulignent aussi la modernité et la qualité des salles, notamment la salle 8, très utilisée pendant le festival, ou encore la salle Aurore.
Quels enseignements tirez-vous de cette édition ?
Je prends énormément de notes, sur ce qui fonctionne et sur ce qu’on peut améliorer. Comme les travaux du Cratère vont se poursuivre, l’an prochain sera encore une édition particulière. L’objectif est donc de faire encore mieux. Il faut rester vigilant sur tous les aspects, notamment la sécurité, qui est la priorité. Ensuite vient la qualité de l’accueil et le plaisir du public.
Quelle place souhaitez-vous donner au Cinéplanet dans la vie culturelle alésienne ?
Il y a déjà une vraie dynamique portée par la direction du groupe, avec une volonté et un esprit d’innovation, comme avec récemment la salle Lodge. Notre PDG, Philippe Borys Combret, essaye de répondre aussi à des demandes et de donner l'envie et de continuer à transformer. C'est un cinéma auquel il porte toujours une pleine intention.
De mon côté, j’ai beaucoup d’idées. Mon parcours me donne envie de créer des passerelles entre différentes disciplines artistiques. On travaille déjà sur un projet avec le Cratère pour octobre, et pourquoi pas demain avec d’autres structures comme La Verrerie. Il y a énormément de possibilités de collaboration, et on n’est pas du tout dans une logique de concurrence. Mais il faudra d'abord renforcer et consolider ce qui est déjà existant.
Pour conclure, un mot sur votre coup de cœur du festival ?
On est déjà très heureux d’accueillir Yolande Moreau. Mais mon coup de cœur personnel sera sans doute pour la venue de Juliette Binoche. Elle présentera En nous, un projet issu d’un travail avec le chorégraphe Akram Khan. Ce n’est pas seulement une actrice, c’est une artiste très complète. Elle a vraiment une âme d'artiste, je pense puisque je ne la connais pas personnellement. Et son travail avec En Nous m'intéresse énormément. C’est une proposition qui me touche particulièrement, vis-à-vis de ma propre sensibilité. Il va être intéressant de mettre en avant le travail de Juliette Binoche, on a tous hâte de découvrir sa discipline artistique.
À noter : Juliette Binoche présentera En nous au Cinéplanet d’Alès ce dimanche 29 mars à 16h. Le film sortira en salle le 3 juin 2026.