Un après-midi de shopping, puis de baignade en famille aurait pu virer au drame, à l’été 2023, dans la commune de Codolet. Un nourrisson, âgé d’à peine quelques semaines, s’est retrouvé à l’hôpital, suspecté d’être atteint du « syndrome du bébé secoué ». Absent à l’audience correctionnelle, Jordane est prévenu d’avoir secoué le jeune Ethan*, lors d’un court moment durant lequel il se serait retrouvé seule en sa compagnie. Cinq minutes. C’est ce qui a suffi pour occasionner ce qui va être considéré comme « un traumatisme crânien non-accidentel » par plusieurs experts. La soirée d’été a d’abord commencé par un moment de convivialité entre la mère de famille, son compagnon actuel, le prévenu, et le père des trois enfants de la famille. Après quelques verres, le père a décidé de quitter l’appartement, raccompagné à son véhicule par son ex-compagne et ses deux plus grands enfants. C’est alors que Jordane est reste seul avec son beau-fils, âgé de quelques semaines.
À l’arrivée des secours, le prévenu est très anxieux. L’appel aux pompiers, passé par la mère de famille, reflète cet état de stress important. Ne souhaitant pas être interrogé par les gendarmes, l’homme raconte avoir entendu l’enfant pleurer lorsqu’il fumait sa cigarette sur le balcon, à l’occasion d’un entretien téléphonique. Une fois qu’il s’est retrouvé auprès de lui, il a constaté qu’il y avait un problème : le nourrisson étant « blanc, inanimé et mou », selon la procédure. Hospitalisé pendant environ 1 mois, le nourrisson souffre alors d’un traumatisme crânien et rétinien, évocateur du syndrome du bébé secoué. Selon sa téléphonie, le prévenu aurait tenté de « semer le doute, pour faire accuser les autres », explique Nathalie Welté, procureure de la République. Accusant d’abord sa compagne, il a également tenté de rejeter la faute sur sa belle-fille, âgée de 8 ans à l’époque.
Un « manipulateur, psychopathe et menteur »
Pourtant, les suspicions se sont rapidement tournées vers lui. D’autant qu’il « n’a pas laissé un bon souvenir » à plusieurs de ses ex-compagnes, selon le président à l’audience. Ces dernières le décrivent comme étant « manipulateur », « psychopathe » ou encore « menteur ». Certaines décrivent même qu’il rencontrerait des difficultés à supporter les cris d’enfants, allant jusqu’à avoir des comportements violents avec ces derniers. Des déclarations nuancées par maître Camille Proix, intervenant pour la défense de Jordane, et décrivant l’absence de plaintes pour ces prétendus faits de violences qui ne seraient « que des paroles », selon elle. « J’ai toujours avoué les faits qui me sont reprochés », dit-il aux enquêteurs. Une allégation qui peine à convaincre le tribunal, ayant déjà été amené à juger le jeune homme, qui n’a pas toujours reconnu les faits lui étant reprochés.
« Il a passé une grande partie de sa vie en prison », décrit le président, tout en égrainant le casier judiciaire du prévenu. Escroquerie, abus de confiance ou encore évasions, Jordane a déjà eu maille à partir avec la justice, et c’est peu dire. Il est actuellement sous le coup d’un mandat d’arrêt suite à une condamnation à 10 ans d’emprisonnement dans le cadre d’un dossier concernant de multiples escroqueries. Une situation expliquant plus son absence à l’audience que la justification exposée. L’homme serait dans l’obligation de garder son beau-fils, âgé d’une dizaine d’années, sa compagne étant à Paris avec Ethan pour les soins de sa fille, atteinte d’un cancer. Toujours en ménage avec sa compagne, Jordane bénéficie de son soutien dans cette affaire. « Elle ne le voit pas comme quelqu’un d’énervé avec ses enfants », lance maître Laurence Bourgeon, avocate des parties civiles, représentant la mère d’Ethan. Dans une plaidoirie relevant plus de la défense que de la partie civile, le conseil a souligné l’existence d’une autre expertise « en totale opposition » avec celles rapportées par le tribunal. Ce rapport n’exclut pas que de tels symptômes ne soient pas liés à une secousse non-accidentelle.
Un second mandat d’arrêt
Justifiant le soutien apporté par la mère de famille en la décrivant comme « prise en étau entre son enfant et l’homme qu’elle aime », la représentante du parquet a rappelé l’existence d’expertises médicales allant dans le sens d’un « syndrome du bébé secoué », émanant d’experts exerçants dans des services spécialisés dans ce type d’atteintes chez l’enfant. Le ministère public a ensuite requis 5 ans d’emprisonnement à l’encontre de Jordan, dont deux ans assortis d’un sursis probatoire pendant trois années, incluant une interdiction de contact avec le jeune garçon. Obligation assortie d’une exécution provisoire et d’un mandat d’arrêt. « Ce garçon, il y tient comme à son fils, relate maître Proix. C’est lui qui était là à l’accouchement. » L’avocate a ensuite souligné l’existence d’erreurs judiciaires faisant suite à des erreurs de diagnostic, notamment liées à des cas de prétendus « bébés secoués ».
Par chance, l’enfant, qui va fêter son quatrième anniversaire demain, semble avoir retrouvé une vie normale. « C’est un jeune garçon joyeux, bavard et solaire », décrit maître Wafae Ezzaïtab, intervenant pour l’Association gardoise d’aide aux victimes (Agavip) et représentant Ethan. Soumis à des scanners et un examen du fond d’œil dans ses premières semaines de vie, il doit à ce jour poursuivre des soins de kinésithérapie et d’orthophonie notamment. Son beau-père à interdiction de rentrer en contact avec lui, il doit donc se retirer du logement familial dès lors qu’Ethan s’y trouve. « Je vous demande de prendre en compte sa qualité de victime », ajoute maître Ezzaïtab. Au terme d’un court délibéré, Jordane a été condamné à 4 ans d’emprisonnement pour ses faits avec décernement d’un mandat d’arrêt. Le second, en l’espace de quelques mois…