L’idée est partie d’un constat simple : « On voulait créer une filière farine 100 % gardoise », explique Lydia Picq, en charge du développement du territoire d'Alès Agglo. « Mais on ne pouvait pas le faire seuls. On s’est alliés à Nîmes Métropole, et on a accompagné les boulangers pour lancer la démarche. »
Aujourd’hui, La Belle Gardoise repose sur un réseau solide. Une quinzaine d’agriculteurs répartis dans le Gard, de la plaine céréalière de Barjac au Sud-Alès en passant par Aigues-Mortes, cultivent le blé. Trois meuniers locaux le transforment en farine. Enfin, 40 boulangers désormais, contre 20 au départ, perpétuent ce savoir-faire artisanal.
« L’objectif, c’est de valoriser la filière, les agriculteurs, et de créer du lien avec les consommateurs », précise Romain Biau, animateur de la filière la Belle Gardoise, en lien avec Alès Myriapolis. « On est allés au Salon de l’agriculture, aux Journées méditerranéennes des saveurs… On veut montrer que le blé, la farine et le pain, c’est une histoire locale, avec des vertus : circuit court, traçabilité, et surtout, une rémunération juste. » Les agriculteurs sont ainsi rémunérés à 250 € la tonne, contre 180 € sur le marché classique.
Un blé cultivé durablement, un pain contrôlé de A à Z
Chez Ludovic Ladreyt, maître boulanger médaillé d’or et président adjoint de la fédération des boulangers du Gard, la démarche est claire : « On connaît tous les intervenants, des champs aux meuniers. On peut aller contrôler nous-mêmes où est stocké notre blé. »
La culture est raisonnée, avec un seul passage phytosanitaire. « On n’est pas en bio labellisé AB, mais on s’en rapproche fortement. On a même les taux de cadmium les plus bas d’Europe dans notre département ! », souligne-t-il. « Résultat : un pain sain, que je donne à ma famille sans crainte. »
Et le prix ? « Entre 1,20 € et 1,50 € la baguette, selon les territoires et les recettes », explique Romain Biau. « À Alès, ce matin, on propose une tradition au levain et une au levain de seigle. Chaque boulanger adapte la recette à son territoire. »
L'ambition de nourrir les cantines de l’agglo
La filière ne se contente pas de produire pour les particuliers. « On sert déjà toutes les cantines de l’agglomération : crèches, écoles maternelles et primaires, centres de loisirs », précise Ludovic Ladreyt. « Dix boulangers sont impliqués dans cette démarche. L’idée, c’est de redevenir la référence du goût, et de rééduquer les papilles des enfants. »
« Quand les enfants découvrent ce pain en cantine, ils en parlent à leurs parents. C’est comme ça qu’on crée un cercle vertueux », ajoute-t-il. « On fait aussi des animations dans les cantines, une à deux fois par mois. Les enfants posent des questions, ils sont fascinés. Au début, ils sont timides, puis ils s’y mettent ! »
Une présentation et des dégustations
Ce vendredi matin, la boulangerie Ladreyt – une institution alésienne depuis 50 ans – avait ouvert ses portes pour une animation spéciale. Au programme, dégustation de La Belle Gardoise, sous ses différentes formes : tradition au levain, ou au levain de seigle. Mise en avant des produits phares de la maison, comme la fougasse cévenole ou la fougasse d’Aigues-Mortes, toutes deux médaillées au concours Gard Gourmand.
« On a aussi mis en avant nos partenaires locaux, comme la charcuterie Crouzet, qui nous fournit en grattons », précise Ludovic Ladreyt. Les clients ont pu échanger directement avec les acteurs de la filière, des agriculteurs aux boulangers, pour comprendre chaque étape, du champ à la baguette.
Une tournée qui se termine en juillet
L’animation de ce vendredi s’inscrit dans une tournée plus large : de mi-avril à mi-juillet, La Belle Gardoise investit 15 boulangeries du Gard, de l’Uzège à la Camargue, en passant par les Cévennes. « On était déjà aux Halles de l’Abbaye, au Salon de l’agriculture… Maintenant, on va directement chez les commerçants », explique Romain Biau.
Prochaines étapes : la boulangerie Jérôme Deriaz à Garrigues-Sainte-Eulalie le 26 juin, Il était une Fougasse à Aigues-Mortes le 8 juillet, Au Pain du Gard à Collias le 10 juillet et le Fournil d’Anduze le 16 juillet. À chaque fois, de 10h à 13h, les consommateurs pourront rencontrer les acteurs de la filière, déguster les produits et participer à des jeux avec des lots à gagner.
Une démarche qui prouve que manger local, c’est possible, même pour une simple baguette – et que le goût, la qualité et l’engagement peuvent rimer avec accessibilité. Rendez-vous dans les boulangeries partenaires pour en avoir la preuve !