Il y a presque un an jour pour jour, la Galerie NegPos FotoLoft était la cible d’un acte d’une violence inouïe. L’exposition Benzine Cyprine de Kamille Lévèque-Jégo était alors détruite, l’espace entièrement saccagé. NegPos, lui, n’oublie pas.
Liberté de genre
Initiée par Patrice Loubon (Negpos), cette nouvelle exposition remet frontalement sur la table les questions de liberté de genre, de sexualité, de représentation et de création. Une manière “d’enfoncer à nouveau un clou dans la tête des intolérances”, selon le directeur artistique du centre d’art nîmois. La date du vernissage, le 8 mai, jour de la Libération, n’a rien d’anodin. “Pour moi, c’est une expo qui incarne cette liberté retrouvée, la liberté d’être soi”, explique-t-il.
Photographies, vidéos et installations composent un parcours traversé par les notions de frontières, de regard et de construction identitaire. Patrice Loubon parle de “frontières physiques mais aussi mentales”. L’exposition réunit les travaux de Fabien Dupoux, Noncedo Gxekwa, Sophie Mabille, Alejandro Perez Alvarez, Yomer Montejo Harrys, Pauline Sauveur et Carla Yovane, auxquels s’ajoutent plusieurs œuvres issues du fonds NegPos.
Le Français Fabien Dupoux ouvre le parcours par une série en noir et blanc réalisée dans les coulisses d’un opéra chinois, où des hommes grimés en femmes brouillent les repères et les identités. Le Cubain Alejandro Perez Alvarez documente durant trois ans un cabaret transformiste de La Havane. Ses images saturées de couleurs observent sans voyeurisme les corps et les trajectoires de vie de ses protagonistes.
L’artiste sud-africaine Noncedo Gxekwa détourne les codes de la mode et de la publicité dans Gender Bender. Ses portraits de femmes puissantes, presque sculpturales, jouent volontairement sur les ambiguïtés du regard et de la domination. Plus loin, Pauline Sauveur suit une transition de genre dans Presqu’îl-e, série qui mêle gestes quotidiens, traitements hormonaux et questionnements identitaires. Carla Yovane photographie, elle, des prostitués masculins chiliens dans des motels de Santiago. Quant au Cubain Yomer Montejo Harrys, radiographe de métier, il expose des images aux allures médicales qui auscultent un Cuba traversé par le tourisme sexuel et les rapports de domination.
Sophie Mabille
Née à Paris, Sophie Mabille découvre la photographie à 12 ans. “L’appareil est devenu comme un nouvel organe de sens”, raconte-t-elle. Après des années passées dans la photographie corporate et la mode, elle quitte cet univers dans lequel elle s’étouffait afin de revenir à des projets plus personnels, autobiographiques et instinctifs.
Au premier étage, le travail de Sophie Mabille occupe une place particulière. La photographe parisienne présente une série née d’une rencontre au Bois de Boulogne. D’abord aperçue de loin, Joanna devient peu à peu un sujet photographique, puis une amie. “Je ne savais pas si je devais dire elle ou il”, raconte Sophie Mabille. Ce flottement devient le point de départ d’un travail sur la féminité, le regard et la projection de soi.
La photographe a suivi cette femme trans durant plusieurs années. “À travers Joanna, c’est ma propre féminité que j’interroge”, confie-t-elle. Loin d’un travail documentaire classique, ses images cherchent davantage une sensation, un trouble. Joanna apparaît dans les bois, surgissant de la nature, dans des poses qu’elle construit elle-même. “Elle se met en scène, elle se met en beauté, elle est fière”, décrit Sophie Mabille.
Les photographies, réalisées en lumière naturelle avec un simple flash, sont présentées dans de grands formats panoramiques. L’artiste travaille aussi la manière dont le visiteur traverse les images. Elles sont suspendues sur des structures métalliques contre le mur.
Infos pratiques
Genre, Sexe et Transgression
Galerie NegPos FotoLoft, 1 cours Némausus à Nîmes
Jusqu’au 31 juillet 2026
Du lundi au vendredi de 13h à 18h ou sur rendez-vous
NegPos