Alors que la déclaration d’utilité publique (DUP) pourrait être adoptée dès octobre, l’opposition au projet de ligne à très haute tension (THT) reliant Jonquières-Saint-Vincent à Fos-sur-Mer atteint un niveau sans précédent. Le 19 septembre à 18h30, au théâtre antique d’Arles, une mobilisation massive est prévue. "C’est maintenant ou jamais !", lance Jean-Luc Moya, du collectif Stop THT 13/30, à l'initiative de ce rassemblement.
Car la situation devient progressivement toujours plus explosive. Derrière les débats techniques et politiques, "il y a des drames humains qui se nouent chez les personnes impactées par ce projet, il y a une pression de RTE, il y a des agriculteurs qui perdent l'investissement d'une vie. Après la DUP, le collectif ne pourra plus contenir les initiatives personnelles" alerte le porte-parole du collectif.
Cette crainte, Carole Guintoli la partage. Pour cette agricultrice engagée au sein de l'ASTCC (association de sauvegarde des terres de Camargue et de Crau) et ex-conseillère municipale, "cette mobilisation pourrait bien représenter la dernière possibilité de manifester pacifiquement. Après, il y aura les élections sénatoriales, la DUP, et si le projet est maintenu en aérien, ça va être le bordel." Comme d'autres agriculteurs concernés par le tracé, elle accuse RTE de harcèlement et a déposé plainte-- elle était d'ailleurs entendue ce mercredi 12 août par les gendarmes dans ce cadre. "Les agriculteurs sont à bout. Ils tombent sur des agents, des écologues, de jour comme de nuit, sur leurs terres. Ça va mal finir", alerte-t-elle.
"L’État ne peut pas ignorer la représentativité de ses élus !"
Cette mobilisation du 19 septembre est donc la dernière chance de se faire entendre, "l'ultime chance". Ce jour-là, élus locaux, collectifs, associations, gestionnaires d’espaces naturels, syndicats agricoles et citoyens se réuniront pour dire non aux (désormais) 145 pylônes géants qui menacent de défigurer la Camargue et de mettre à mal la biodiversité. "Ce rassemblement démocratique et citoyen est une réponse politique à une décision que l'on estime uniquement politique, unilatérale, prise sans tenir compte des élus locaux, des députés et des sénateurs qui représentent pourtant le territoire. À une décision politique, celle d'Emmanuel Macron, on oppose une autre décision politique, celle des élus du territoire", explique Jean-Luc Moya.
D'où l'importance de réunir sur la scène du théâtre antique, les élus de Paca et ceux d'Occitanie, conseillers municipaux, départementaux et régionaux. Tous signeront alors une charte destinée au président de la République. L’objectif ? "Montrer que l’État ne peut pas passer en force sans consulter ceux qui vivent et travaillent sur ces terres." Et si cette mobilisation réussit, ce sera un moment historique. "On aura réussit à rassembler sur le territoire l’ensemble des forces politiques, toutes étiquettes confondues. L’État ne peut pas ignorer la représentativité de ses élus !"
Le choix du 19 septembre n’est pas anodin. Cette date coïncide avec les Journées du Patrimoine, un rappel de ce qui est en jeu : "l’avenir d’un territoire unique, avec ses patrimoines paysagers, agricoles, environnementaux, culturels, économiques et sociaux." L'idée n'est pas celle d'un rassemblement militant, mais bien celle d'"un rassemblement populaire, ouvert à tous, insiste le porte-parole du collectif Stop THT 13/30. Et il faut se mobiliser parce que chaque voix compte."
À Arles et Saint-Martin-de-Crau, des points d’information pour sensibiliser
Et parce qu'"il y a encore plein de gens qui découvrent le projet, ou qui n'en ont pas encore entendu parler", des points d'informations ouvrent ces jours-ci à Arles et à Saint-Martin-de-Crau. Ce mercredi s'est d'ailleurs tenue la première permanence du point info THT, situé au 71 rue Portagnel à Arles. L’objectif ? Informer et documenter les citoyens. Ouvert les mercredis d’août de 10h à 13h, puis trois matinées par semaine à partir de septembre, ce lieu propose des ressources détaillées : le projet tel que présenté par RTE, un rapport sur ses impacts environnementaux, mais aussi des scénarios alternatifs et des exemples de projets énergétiques en cours en Europe qui pourraient, demain, rendre cette ligne de 400 000 volts obsolète. Les Arlésiens peuvent également retrouver les bénévoles le samedi matin sur le marché.
À Saint-Martin-de-Crau aussi, un autre point d’information va s'ouvrir dans quelques jours avenue du Foirail. Les permanences se tiendront le vendredi matin, jour de marché.