C'est un fait ! Alors que les protestants ont toujours été sur-représentés dans les gouvernements précédents, il n'apparaissent plus en politique aujourd'hui. A partir de là, l'éditorialiste Alain Duhamel et l'historien Patrick Cabanel, dans le cadre choisi du Musée du désert à Mialet, s'interrogeaient mercredi soir sur la nature et l'évolution des liens qui lient le protestantisme et les protestants à la politique en France.
Pour Patrick Cabanel il apparait évident que si le vote des français varie en fonction de plusieurs facteurs aussi différends que l'âge, le niveau social, l'habitat... le facteur confessionnel, lorsqu'il entre en jeu, y prédomine. "Ainsi d'une manière générale depuis l'après-guerre et jusqu'aux années 80 on peut dire que les catholiques votent à droite et que les protestants votent à gauche, ce qui donne lieu parfois à des situations extrêmes comme à Mazamet où la bourgeoise patronale lainière vote à gauche parce qu'elle est protestante et que les ouvriers, pourtant engagés dans les syndicats, votent à droite parce qu'ils sont catholiques" commente l'historien. Ce vote à gauche durera tant que l'engagement des protestants sera nécessaire à la construction d'une république laïque, il cessera avec l'apparition du Marxisme... "Ce que l'on peut dire c'est que les protestants se sentent aujourd'hui tellement "normaux" dans la société française qu'il n'ont plus à se réfugier dans un votre identitaire ou minoritaire..." analyse l'historien.
A partir de ce constat, Alain Duhamel souhaite pour sa part soulever plusieurs hypothèses et proposer des interprétations. S'il rappelle la grande qualité des protestants engagés en politique et leur apport indéniable, il s'interroge avec une légère provocation : "Leur originalité n'est-elle pas d'abord liée à leur statut de minorité ?" et propose une interprétation : "Si les protestants ont réussi en politique, c'est qu'ils avaient commencé par un échec. C'est cela qui les a placé du côté du Progrès. Mais de la même manière, il me semble que si les protestants ont perdu leur influence aujourd'hui, c'est parce qu'ils ont précisément gagné sur le terrain. Ce qui faisait leur originalité était d'introduire en France de la tolérance, du pluralisme, de faire exister les vertus de la responsabilité à côté de celles du risque. Ils ont ainsi participé à la mise en œuvre des grandes lois sur la liberté des syndicats, de la presse, des lois sur l'Education Nationale et des premières mesures sociales en faveur des ouvriers...." Pour Alain Duhamel plusieurs étapes s'enchaînent ainsi : "Persécutions.., Tolérance..., Liberté..., Influence... pour aboutir aujourd'hui à un sentiment de banalisation."
C'est autour de cette question, nourrie des précisions de l'historien "Dés que la France sort des périodes de rupture : Révolution, Monarchie de Juillet, années 80... l'influence des protestants qui ne représente que 2% de la population diminue avec même des passages à vide.." et des anecdotes et des faits cités par l'éditorialiste politique sur les hommes politiques qu'il a côtoyés, que ces hypothèses ont été tour à tour argumentées, étayées et débattues devant un public passionné et venu très nombreux dans ce haut lieu du protestantisme cévenol.
Raphaël MOTTE
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